Sénégal : Le débat sur le passage au septennat suscite une levée de boucliers politique et juridique

Rédigé par Dakarposte le Samedi 1 Aout 2026 à 23:56 modifié le Dimanche 2 Aout 2026 01:56

Dakar, le 1er août 2026 – La scène politique sénégalaise est de nouveau secouée par une vive controverse constitutionnelle. L'éventualité d'un allongement du mandat présidentiel de cinq à sept ans, évoquée par plusieurs voix proches de la mouvance présidentielle, suscite l'indignation de la société civile et de la communauté juridique, qui y voient une menace pour la stabilité démocratique du pays.

Au cœur de la contestation, Babacar Ba, juriste et coordonnateur du Forum du Justiciable, est monté au créneau sur le réseau social X. Il a vivement fustigé les propositions d'Arona Coumba Ndoffene Diouf, membre du mouvement Kiiray - Les Patriotes Républicains.
Qualifiant cette initiative de « débat malsain qui menace directement la cohésion nationale et constitue une atteinte grave à la stabilité institutionnelle », le leader de la société civile a exigé des sanctions fermes. Selon lui, les promoteurs de cette idée devraient faire l’objet de poursuites judiciaires pour « trouble à l'ordre public ».


Une offensive concertée de la mouvance présidentielle

Cette levée de boucliers intervient alors que les prises de position en faveur du septennat se multiplient. Baye Mayoro Diop, directeur du Centre régional des œuvres universitaires sociales (CROUS) de Bambey, a publiquement soutenu la démarche d'Arona Coumba Ndoffene Diouf.

De son côté, le guide religieux Cheikh Ibrahima Diallo, également affilié à Kiiray – Les Patriotes Républicains, a formellement plaidé pour une révision constitutionnelle actant ce basculement chronologique.

Pour de nombreux observateurs, cette succession de déclarations s'apparente à un « ballon de sonde » destiné à tester l'opinion publique.
Toutefois, dans un contexte marqué par un marasme économique persistant, l'acceptation d'une telle réforme par la population semble hautement improbable.


L'obstacle de l'intangibilité et la jurisprudence Macky Sall

Sur le plan purement légal, le débat se heurte à des verrous constitutionnels majeurs. La Charte fondamentale sénégalaise consacre en effet la durée et le nombre de mandats présidentiels au sein de ses clauses d'intangibilité, communément appelées « clauses d'éternité », les rendant théoriquement inviolables.
De plus, les experts rappellent l'existence d'une jurisprudence contraignante en la matière. Lors de son premier mandat, l'ancien président Macky Sall avait exprimé la volonté de réduire son septennat à cinq ans.
Le Conseil constitutionnel avait alors opposé un veto catégorique, statuant qu'un mandat appartient exclusivement au peuple souverain et ne peut être ni diminué ni rallongé en cours d'exercice.

En vertu de ce principe de parallélisme, le président Bassirou Diomaye Faye, ayant été élu par les Sénégalais pour un quinquennat, ne dispose d'aucune prérogative légale pour prolonger son mandat actuel. Face au droit positif sénégalais, la perspective d'un glissement vers le septennat demeure, à ce jour, une pure illusion politique.
Mamadou Ndiaye
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