Donald Trump, Marine Le Pen, le Prince Andrew, Bill et Hillary Clinton ou encore Jack Lang. Au fil des années, la liste des personnalités publiques citées dans l’affaire Epstein ne cesse de s’allonger. Le 30 janvier, le ministère de la justice américaine a publié près de trois millions de pages issues du dossier. Une masse considérable de documents, dont il reste difficile de tirer des conclusions précises. Tant les accusations, les insinuations et les interprétations se multiplient. Au-delà du volet principal concernant Jeffrey Epstein lui-même, condamné une première fois en 2008, puis incarcéré de nouveau en 2019 avant de se donner la mort, les « Epstein Files » (les dossiers d’Epstein) alimentent depuis plusieurs mois de nombreuses polémiques. Tout commence par une première série de documents publiée en janvier 2024, sur ordre de la juge Loretta Preska. Cette publication marque le point de départ d’une véritable chasse aux noms. Des figures connues y apparaissent, tandis que d’autres personnalités restent toujours anonymisées.
L’ancien «ministre du ciel et de la terre» en bonne place
Parmi les trois millions de pages d’e-mails et de dossiers financiers rendus publics, le nom de Karim Wade, ancien tout-puissant ministre sé, apparaîtrait en bonne place. Ces documents révéleraient l’existence d’échanges directs entre le défunt financier américain et l’ancien responsable politique. Les documents révèlent une correspondance suivie entre 2010 et 2011, période durant laquelle Wade-fils occupait le « super-ministère » de la Coopération internationale, des Transports aériens et des Infrastructures. Dans un message daté de 2011, Jeffrey Epstein écrit à Wade : « Je suis avec le Prince Andrew chez moi à New York, appelle si tu as un moment. Nous discutons des opportunités en Afrique. » En novembre 2010, Karim Wade écrit à Epstein : « J’ai essayé de vous appeler à la demande de Sultan Bin Sulayem de Dubai World pour rencontrer Jeffrey Epstein. Je suis actuellement à Paris jusqu’à mardi. » D’autres échanges en 2011 évoquent des déplacements incessants entre Riyad, Paris et Pékin, ainsi que des discussions portant sur des projets non spécifiés et des références à des opérations bancaires offshore.
Influencer des dossiers sensibles liés au Sénégal
Une série de courriels échangés entre 2012 et 2016, attribués à Jeffrey Epstein et à plusieurs avocats, responsables politiques et intermédiaires américains, jettent une lumière crue sur des démarches discrètes visant à influencer des dossiers sensibles liés au Sénégal, notamment celui de Karim Wade, ancien ministre et fils de l’ex-président Abdoulaye Wade. Ces échanges font apparaître un enchevêtrement d’interventions financières, de pressions diplomatiques, de lobbying politique à Washington et de discussions autour de projets économiques stratégiques. Dans des messages datés de janvier 2016, Jeffrey Epstein affirme avoir personnellement réglé un solde financier « dû », expliquant agir dans le but de « récupérer son ami ». Cette intervention est accueillie avec un soulagement manifeste par son interlocutrice, qui le remercie chaleureusement après avoir appris qu’un paiement avait effectivement été effectué. Les échanges laissent entendre qu’il s’agissait d’une action décisive dans un contexte sensible, mêlant urgence et enjeux personnels.
Exercer des pressions sur Macky Sall et son administration
Au-delà de cet aspect financier, les courriels révèlent une mobilisation diplomatique de haut niveau. Bob Crowe, avocat et partenaire du cabinet américain Nelson Mullins, indique avoir tenu des réunions au Département d’État américain. Selon lui, des contacts internes travaillent « en coulisses » pour exercer des pressions sur le Président sénégalais Macky Sall et son administration. Il précise également que l’ambassadeur des États-Unis serait impliqué dans ces démarches. L’objectif affiché est d’internationaliser le dossier Karim Wade, notamment en cherchant à faire mentionner sa détention dans le rapport 2017 du Département d’État américain sur les droits de l’homme au Sénégal. Les échanges font également état d’un lobbying actif auprès du Congrès américain. Vinoda Basnayake, avocate et responsable des relations gouvernementales à Washington au sein du cabinet Nelson Mullins, informe ses correspondants de la participation de collaborateurs influents du Congrès à une mission au Sénégal, organisée avec l’appui de l’Aspen Institute. Elle cite notamment Yebbie Watkins, chef de cabinet du « Whip » de la Chambre des représentants James Clyburn, présenté comme l’un des collaborateurs les plus influents du Capitole. Celui-ci aurait été briefé sur la situation de Karim Wade et se serait montré disposé à rencontrer des membres de son entourage afin d’accroître l’attention politique autour de son incarcération.
Projets bancaires et portuaires impliquant Cheikh Kanté
Toutefois, ces efforts auraient rencontré des résistances, en particulier après la publication des Panama Papers, qui ont ravivé les soupçons de corruption et rendu politiquement plus délicates certaines initiatives de soutien à Washington. D’autres courriels, plus anciens, datés de 2012, élargissent encore le champ des révélations. Ils évoquent des discussions autour de projets bancaires et portuaires au Sénégal, impliquant notamment Cheikh Kanté, alors Directeur général du Port Autonome de Dakar (PAD). Il y est question d’un projet bancaire évoqué lors d’une rencontre avec le Président Macky Sall à Dakar, ainsi que de relations avec le groupe DP World et des partenaires basés à Dubaï. Ces messages suggèrent des interactions étroites entre responsables sénégalais, hommes d’affaires internationaux et réseaux d’intermédiation.
Entre diversité et porosité des réseaux mobilisés
Un autre message plus informel mentionne un dîner réunissant plusieurs personnalités internationales, dont un ressortissant sénégalais influent, avec l’idée d’évoquer l’aide à apporter à un « ami », illustrant la diversité et la porosité des réseaux mobilisés autour de ces dossiers. Pris dans leur ensemble, ces courriels, systématiquement assortis de mentions de confidentialité, de secret professionnel et de privilège avocat-client, dessinent les contours d’un système d’influence transnational dans lequel Jeffrey Epstein apparaît comme un acteur central. Ils suggèrent que certaines affaires majeures concernant le Sénégal, officiellement traitées dans un cadre judiciaire ou institutionnel national, ont également fait l’objet de manœuvres, de pressions et de négociations à l’international, notamment aux États-Unis, soulevant de sérieuses interrogations sur le poids réel des réseaux d’influence étrangers dans la gestion des affaires publiques sénégalaises.
Donald Trump dévoilé en 2025 par The Wall Street Journal
Parmi les figures influentes citées, Donald Trump occupe une place centrale. Son nom est notamment dévoilé en 2025 par The Wall Street Journal, après la révélation de l’existence d’une lettre à caractère sexuel adressée à Jeffrey Epstein, dont le Président américain nie être l’auteur. Peu après, le journal affirme que Donald Trump aurait été informé de la présence de son nom dans les documents liés à Epstein, ce qu’il conteste, assurant n’en avoir jamais été averti. La même année, plusieurs documents et courriels compromettants sont rendus publics. Certains laissent entendre que Donald Trump avait connaissance des activités de Jeffrey Epstein à l’époque où elles avaient lieu. Celui-ci nie et affirme notamment que l’existence d’une liste de personnalités complices relèverait d’une invention orchestrée par les Démocrates. Il ordonne également le transfert de Ghislaine Maxwell, ancienne compagne d’Epstein condamnée en 2022 à vingt ans de prison pour complicité, vers un établissement pénitentiaire à faible sécurité.
France : Marine Le Pen, Bruno Le Maire, Louis Alliot…
Toutes les personnes citées ne sont toutefois pas accusées d’avoir participé au trafic sexuel. Certaines voient leur nom apparaître pour avoir travaillé avec Epstein, correspondu avec lui, ou l’avoir rencontré. C’est dans ce contexte que le nom de Marine Le Pen, cité à 88 reprises, a attiré l’attention. Son ex-compagnon, Louis Alliot, aurait rencontré Steve Bannon, conseiller de Donald Trump, qui aurait sollicité des financements pour le Rassemblement national auprès de Jeffrey Epstein. L’ancien ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire apparaît également dans les documents. Dans un échange de courriels, Jeffrey Epstein y décrit une rencontre avec le ministre français à New York. Figurent aussi Jack Lang et sa fille Caroline Lang. Cette dernière aurait notamment cofondé en 2016 une société offshore aux Îles Vierges avec Jeffrey Epstein, à une période où les agissements du milliardaire étaient déjà connus, celui-ci ayant déjà été condamné et inscrit sur le registre des délinquants sexuels.
Cinq millions de dollars à la fille de Jack Lang
Deux jours avant sa mort, Epstein aurait même signé un testament léguant cinq millions de dollars à la fille de l’ancien ministre de la culture. Caroline Lang affirme ne pas avoir eu connaissance de ce document avant les révélations de Mediapart. Celle-ci a décidé de démissionner lundi 2 février de la présidence d’un syndicat de producteurs de cinéma à la suite des révélations. Jack Lang lui-même reconnaît avoir entretenu des relations avec Jeffrey Epstein. Il l’aurait notamment invité aux célébrations des trente ans de la Pyramide du Louvre 2019. L’ancien ministre a déclaré assumer « pleinement les liens » qu’il avait pu nouer avec l’homme d’affaires américain, précisant qu’ils s’inscrivaient dans « une époque où rien ne laissait supposer (qu’il) pouvait être au cœur d’un réseau de criminalité ». En définitive, une multitude de noms apparaît dans les « Epstein Files », pour des raisons très diverses. Toutes les personnes citées ne sont pas, a priori, soupçonnées d’avoir participé directement au trafic sexuel, mais d’avoir entretenu, à un moment ou à un autre, une proximité ou un contact avec Jeffrey Epstein.
Mamadou L. Ndiaye
L’ancien «ministre du ciel et de la terre» en bonne place
Parmi les trois millions de pages d’e-mails et de dossiers financiers rendus publics, le nom de Karim Wade, ancien tout-puissant ministre sé, apparaîtrait en bonne place. Ces documents révéleraient l’existence d’échanges directs entre le défunt financier américain et l’ancien responsable politique. Les documents révèlent une correspondance suivie entre 2010 et 2011, période durant laquelle Wade-fils occupait le « super-ministère » de la Coopération internationale, des Transports aériens et des Infrastructures. Dans un message daté de 2011, Jeffrey Epstein écrit à Wade : « Je suis avec le Prince Andrew chez moi à New York, appelle si tu as un moment. Nous discutons des opportunités en Afrique. » En novembre 2010, Karim Wade écrit à Epstein : « J’ai essayé de vous appeler à la demande de Sultan Bin Sulayem de Dubai World pour rencontrer Jeffrey Epstein. Je suis actuellement à Paris jusqu’à mardi. » D’autres échanges en 2011 évoquent des déplacements incessants entre Riyad, Paris et Pékin, ainsi que des discussions portant sur des projets non spécifiés et des références à des opérations bancaires offshore.
Influencer des dossiers sensibles liés au Sénégal
Une série de courriels échangés entre 2012 et 2016, attribués à Jeffrey Epstein et à plusieurs avocats, responsables politiques et intermédiaires américains, jettent une lumière crue sur des démarches discrètes visant à influencer des dossiers sensibles liés au Sénégal, notamment celui de Karim Wade, ancien ministre et fils de l’ex-président Abdoulaye Wade. Ces échanges font apparaître un enchevêtrement d’interventions financières, de pressions diplomatiques, de lobbying politique à Washington et de discussions autour de projets économiques stratégiques. Dans des messages datés de janvier 2016, Jeffrey Epstein affirme avoir personnellement réglé un solde financier « dû », expliquant agir dans le but de « récupérer son ami ». Cette intervention est accueillie avec un soulagement manifeste par son interlocutrice, qui le remercie chaleureusement après avoir appris qu’un paiement avait effectivement été effectué. Les échanges laissent entendre qu’il s’agissait d’une action décisive dans un contexte sensible, mêlant urgence et enjeux personnels.
Exercer des pressions sur Macky Sall et son administration
Au-delà de cet aspect financier, les courriels révèlent une mobilisation diplomatique de haut niveau. Bob Crowe, avocat et partenaire du cabinet américain Nelson Mullins, indique avoir tenu des réunions au Département d’État américain. Selon lui, des contacts internes travaillent « en coulisses » pour exercer des pressions sur le Président sénégalais Macky Sall et son administration. Il précise également que l’ambassadeur des États-Unis serait impliqué dans ces démarches. L’objectif affiché est d’internationaliser le dossier Karim Wade, notamment en cherchant à faire mentionner sa détention dans le rapport 2017 du Département d’État américain sur les droits de l’homme au Sénégal. Les échanges font également état d’un lobbying actif auprès du Congrès américain. Vinoda Basnayake, avocate et responsable des relations gouvernementales à Washington au sein du cabinet Nelson Mullins, informe ses correspondants de la participation de collaborateurs influents du Congrès à une mission au Sénégal, organisée avec l’appui de l’Aspen Institute. Elle cite notamment Yebbie Watkins, chef de cabinet du « Whip » de la Chambre des représentants James Clyburn, présenté comme l’un des collaborateurs les plus influents du Capitole. Celui-ci aurait été briefé sur la situation de Karim Wade et se serait montré disposé à rencontrer des membres de son entourage afin d’accroître l’attention politique autour de son incarcération.
Projets bancaires et portuaires impliquant Cheikh Kanté
Toutefois, ces efforts auraient rencontré des résistances, en particulier après la publication des Panama Papers, qui ont ravivé les soupçons de corruption et rendu politiquement plus délicates certaines initiatives de soutien à Washington. D’autres courriels, plus anciens, datés de 2012, élargissent encore le champ des révélations. Ils évoquent des discussions autour de projets bancaires et portuaires au Sénégal, impliquant notamment Cheikh Kanté, alors Directeur général du Port Autonome de Dakar (PAD). Il y est question d’un projet bancaire évoqué lors d’une rencontre avec le Président Macky Sall à Dakar, ainsi que de relations avec le groupe DP World et des partenaires basés à Dubaï. Ces messages suggèrent des interactions étroites entre responsables sénégalais, hommes d’affaires internationaux et réseaux d’intermédiation.
Entre diversité et porosité des réseaux mobilisés
Un autre message plus informel mentionne un dîner réunissant plusieurs personnalités internationales, dont un ressortissant sénégalais influent, avec l’idée d’évoquer l’aide à apporter à un « ami », illustrant la diversité et la porosité des réseaux mobilisés autour de ces dossiers. Pris dans leur ensemble, ces courriels, systématiquement assortis de mentions de confidentialité, de secret professionnel et de privilège avocat-client, dessinent les contours d’un système d’influence transnational dans lequel Jeffrey Epstein apparaît comme un acteur central. Ils suggèrent que certaines affaires majeures concernant le Sénégal, officiellement traitées dans un cadre judiciaire ou institutionnel national, ont également fait l’objet de manœuvres, de pressions et de négociations à l’international, notamment aux États-Unis, soulevant de sérieuses interrogations sur le poids réel des réseaux d’influence étrangers dans la gestion des affaires publiques sénégalaises.
Donald Trump dévoilé en 2025 par The Wall Street Journal
Parmi les figures influentes citées, Donald Trump occupe une place centrale. Son nom est notamment dévoilé en 2025 par The Wall Street Journal, après la révélation de l’existence d’une lettre à caractère sexuel adressée à Jeffrey Epstein, dont le Président américain nie être l’auteur. Peu après, le journal affirme que Donald Trump aurait été informé de la présence de son nom dans les documents liés à Epstein, ce qu’il conteste, assurant n’en avoir jamais été averti. La même année, plusieurs documents et courriels compromettants sont rendus publics. Certains laissent entendre que Donald Trump avait connaissance des activités de Jeffrey Epstein à l’époque où elles avaient lieu. Celui-ci nie et affirme notamment que l’existence d’une liste de personnalités complices relèverait d’une invention orchestrée par les Démocrates. Il ordonne également le transfert de Ghislaine Maxwell, ancienne compagne d’Epstein condamnée en 2022 à vingt ans de prison pour complicité, vers un établissement pénitentiaire à faible sécurité.
France : Marine Le Pen, Bruno Le Maire, Louis Alliot…
Toutes les personnes citées ne sont toutefois pas accusées d’avoir participé au trafic sexuel. Certaines voient leur nom apparaître pour avoir travaillé avec Epstein, correspondu avec lui, ou l’avoir rencontré. C’est dans ce contexte que le nom de Marine Le Pen, cité à 88 reprises, a attiré l’attention. Son ex-compagnon, Louis Alliot, aurait rencontré Steve Bannon, conseiller de Donald Trump, qui aurait sollicité des financements pour le Rassemblement national auprès de Jeffrey Epstein. L’ancien ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire apparaît également dans les documents. Dans un échange de courriels, Jeffrey Epstein y décrit une rencontre avec le ministre français à New York. Figurent aussi Jack Lang et sa fille Caroline Lang. Cette dernière aurait notamment cofondé en 2016 une société offshore aux Îles Vierges avec Jeffrey Epstein, à une période où les agissements du milliardaire étaient déjà connus, celui-ci ayant déjà été condamné et inscrit sur le registre des délinquants sexuels.
Cinq millions de dollars à la fille de Jack Lang
Deux jours avant sa mort, Epstein aurait même signé un testament léguant cinq millions de dollars à la fille de l’ancien ministre de la culture. Caroline Lang affirme ne pas avoir eu connaissance de ce document avant les révélations de Mediapart. Celle-ci a décidé de démissionner lundi 2 février de la présidence d’un syndicat de producteurs de cinéma à la suite des révélations. Jack Lang lui-même reconnaît avoir entretenu des relations avec Jeffrey Epstein. Il l’aurait notamment invité aux célébrations des trente ans de la Pyramide du Louvre 2019. L’ancien ministre a déclaré assumer « pleinement les liens » qu’il avait pu nouer avec l’homme d’affaires américain, précisant qu’ils s’inscrivaient dans « une époque où rien ne laissait supposer (qu’il) pouvait être au cœur d’un réseau de criminalité ». En définitive, une multitude de noms apparaît dans les « Epstein Files », pour des raisons très diverses. Toutes les personnes citées ne sont pas, a priori, soupçonnées d’avoir participé directement au trafic sexuel, mais d’avoir entretenu, à un moment ou à un autre, une proximité ou un contact avec Jeffrey Epstein.
Mamadou L. Ndiaye