Vallée du fleuve : une réunion agricole vire au bras de fer entre le ministre et le patron de la SAED

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 30 Septembre 2026 à 12:21 modifié le Mercredi 30 Septembre 2026 14:21

Ce qui devait être une réunion officielle consacrée aux difficultés du monde agricole dans la vallée du fleuve Sénégal s’est transformé, hier, en une scène de vive tension entre le ministre de l’Agriculture et le directeur général de la SAED. En quelques minutes, les échanges ont quitté le terrain technique pour prendre les accents d’un véritable règlement de comptes à ciel ouvert.

À l’origine de cette brusque montée de fièvre : la colère des agriculteurs, qui ont dressé un réquisitoire sans concession sur les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Retards ou insuffisances dans la mise à disposition des intrants, blocages dans la production, problèmes persistants d’aménagement hydroagricole : les griefs se sont accumulés, visant directement la gestion du secteur et, par ricochet, la direction de la SAED.

Pris à partie par les critiques venues du terrain, le directeur général de la société d’aménagement et d’exploitation des terres du delta du fleuve Sénégal , Alassane Ba, a tenté de répondre point par point. Mais son intervention allait rapidement tourner court. À peine engagé dans ses explications, il est interrompu par le ministre de l’Agriculture, qui l’invite sèchement à revenir à l’ordre du jour.

L’échange se tend. « Laissez-moi terminer, Monsieur le Ministre », aurait alors lancé le directeur général, manifestement agacé. Mais une nouvelle interruption ministérielle met le feu aux poudres. Visiblement excédé, le patron de la SAED finit par quitter la salle, laissant derrière lui une assistance médusée.

Dakarposte a appris que le ministre, Dr Cheikhou Oumar Ba, pour sa part, reste imperturbable et poursuit la réunion comme si de rien n’était. Mais derrière cet incident, dont la brutalité a frappé les esprits, se dessine une fracture qui semble dépasser le simple désaccord de méthode.

La question est désormais sur toutes les lèvres : s’agit-il d’un banal conflit de tutelle entre un ministère et une direction générale, d’un désaccord profond sur la conduite de la politique agricole dans la vallée, ou d’un affrontement plus politique entre différentes sensibilités au sein du pouvoir ?

Le contexte nourrit, en tout cas, les interrogations. Maintenu à la tête de la SAED dans le cadre d’un contrat spécial de quatre ans, le directeur général est désormais confronté à une tutelle ministérielle qui entend manifestement exercer pleinement ses prérogatives. Entre autonomie revendiquée, autorité ministérielle et divergences de méthode, les lignes de fracture semblent désormais clairement apparentes.

Une chose est certaine : après cette scène publique, le malaise n’est plus feutré. Il s’est donné à voir, au grand jour, devant les acteurs du monde agricole. Et dans les couloirs du pouvoir comme dans ceux de la vallée, beaucoup s’interrogent déjà sur les conséquences de cette spectaculaire passe d’armes sur l’avenir du directeur général de la SAED.

Mamadou Ndiaye
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