Woyofal : face aux interrogations des consommateurs, Senelec sommée de lever le voile sur la facturation de l’électricité

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 2 Septembre 2026 à 18:44 modifié le Mercredi 2 Septembre 2026 20:44

Près de 4 000 consommateurs mobilisés, une plateforme citoyenne et une même interrogation qui revient avec insistance : combien coûte réellement l’électricité achetée à travers Woyofal ? Pour obtenir des réponses précises et mettre un terme aux zones d’ombre entourant le système de prépaiement, le collectif citoyen « #30JoursPourLeJustePrix » a officiellement saisi la Commission de régulation du secteur de l’énergie (CRSE), le 1er septembre.

La démarche intervient dans un contexte où la confiance d’une partie des usagers à l’égard de Senelec semble sérieusement mise à l’épreuve. Et il convient de le préciser sans ambiguïté : Woyofal n’est pas géré par une société indépendante. Il s’agit d’un service de prépaiement de Senelec, la Société nationale d’électricité du Sénégal, qui assure la production, le transport et la distribution de l’électricité. Senelec commercialise elle-même les crédits Woyofal, assure le fonctionnement du dispositif et reçoit les réclamations des clients.

C’est donc directement à Senelec que les consommateurs demandent aujourd’hui des comptes. Au cœur de leurs préoccupations figurent la méthode exacte de calcul du crédit, la structure des tarifs, les éventuels frais annexes, l’équivalence entre les montants payés en prépaiement et ceux facturés sur les compteurs classiques, ainsi que les modalités de prise en charge des dysfonctionnements.

Le malaise est d’autant plus profond que de nombreux usagers disent éprouver des difficultés à comprendre les variations de quantité d’énergie obtenues pour un même montant de recharge. Cette incompréhension alimente le sentiment d’une tarification difficilement lisible, voire excessivement coûteuse pour les ménages déjà confrontés à une forte pression sur leur pouvoir d’achat. Or, le principe même du Woyofal, tel que présenté par Senelec, repose précisément sur la possibilité pour le client de maîtriser sa consommation et son budget en achetant de l’électricité selon ses moyens.

Plus préoccupant encore, ces interrogations ne semblent pas nouvelles. Dans ses travaux sur Senelec, la CRSE a déjà relevé des questions relatives à la tarification du prépaiement Woyofal, à la nécessité de renforcer l’information des clients sur son fonctionnement et à l’évaluation de l’application des tarifs. Le régulateur a également engagé une enquête indépendante destinée à vérifier la fiabilité des systèmes de comptage et de facturation, aussi bien en postpaiement qu’en prépaiement Woyofal.

Dans ces conditions, la contestation portée par #30JoursPourLeJustePrix dépasse largement la simple réclamation commerciale. Elle pose une question fondamentale de transparence dans un secteur aussi sensible que celui de l’électricité. Lorsqu’un consommateur recharge son compteur, il doit pouvoir savoir précisément ce qu’il paie, à quel tarif, pour quelle quantité d’énergie et en fonction de quels mécanismes tarifaires.


La responsabilité de Senelec est, à cet égard, directement engagée. L’entreprise ne peut durablement demander aux usagers de faire confiance à un système dont les mécanismes leur paraissent obscurs. La multiplication des explications techniques ne saurait remplacer une information simple, vérifiable et accessible sur le prix réel du kilowattheure, les différentes tranches tarifaires, les taxes et prélèvements appliqués, ainsi que les raisons précises des variations constatées sur les recharges.

En saisissant la CRSE sur la base du droit d’accès à l’information, le collectif citoyen cherche ainsi à transformer un mécontentement diffus en une exigence formelle de transparence. Il entend documenter ce qu’il considère comme une « cherté excessive » de l’électricité, obtenir des données permettant de comparer objectivement les différents modes de facturation et, au besoin, organiser des actions citoyennes, y compris des opérations de boycott ciblées.

Pour Senelec, l’enjeu est désormais difficile à éluder : il ne s’agit plus seulement de promouvoir Woyofal comme un outil de maîtrise de la consommation, mais de démontrer, chiffres à l’appui, que son système de facturation est compréhensible, équitable et conforme aux règles tarifaires établies par le régulateur. Tant que ces réponses ne seront pas apportées de manière suffisamment claire, chaque recharge dont le montant semble produire un volume d’électricité différent continuera de nourrir la suspicion.

Face à une mobilisation qui prend de l’ampleur, Senelec a donc intérêt à sortir d’une communication essentiellement institutionnelle et à répondre sur le fond. Car derrière les tokens, les tranches tarifaires et les compteurs prépayés, c’est une question beaucoup plus élémentaire qui est désormais posée : le consommateur sénégalais paie-t-il le juste prix de son électricité, et peut-il réellement le vérifier ?

Mamadou Ndiaye
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