Yoff : Tahirou Sarr, le retour en scène du « Tout-Puissant » de l’immobilier

Rédigé par Dakarposte le Lundi 14 Septembre 2026 à 16:20 modifié le Lundi 14 Septembre 2026 18:21

Le feuilleton immobilier de Yoff n’a décidément pas fini de livrer ses épisodes. Avec la dernière décision du juge de l’exécution du Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Dakar, ordonnant la poursuite des opérations d’expulsion de CISSIMMO au profit de SOFICO, un vieux dossier refait surface. Et avec lui, une figure devenue familière des grands contentieux fonciers sénégalais : Tahirou Sarr, l’homme d’affaires que certains avaient fini par surnommer, non sans ironie, le « Tout-Puissant ».

Le 21 août 2026, le juge de l’exécution a rejeté la demande de suspension introduite par CISSIMMO et autorisé la poursuite de l’expulsion de l’immeuble de Yoff, objet du titre foncier n° 5.411/NGA. Une décision qui remet SOFICO, société associée à Tahirou Sarr, au centre de l’échiquier judiciaire.

L’affaire est loin d’être anodine. Elle plonge ses racines dans une ordonnance de référé rendue en octobre 2023, puis dans un commandement de déguerpir signifié quelques semaines plus tard.

En 2026, la procédure d’exécution a repris, malgré les recours invoqués par CISSIMMO. Le juge a finalement considéré que l’ordonnance demeurait pleinement exécutoire et qu’aucun obstacle sérieux ne justifiait la suspension des opérations.

Mais derrière ce nouvel épisode judiciaire se profile surtout le retour en pleine lumière de Tahirou Sarr. L’homme d’affaires avait pourtant connu ces derniers mois une traversée de zone de turbulences particulièrement intense.

Arrêté dans le cadre d’une vaste procédure financière, il avait été poursuivi, avec d’autres personnes, notamment pour association de malfaiteurs, escroquerie portant sur des deniers publics et blanchiment de capitaux, sur fond d’enquête concernant des opérations financières évaluées à plusieurs dizaines de milliards de francs CFA.

En janvier 2026, la justice lui a accordé une liberté provisoire assortie d’un contrôle judiciaire.

Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que le nom de Tahirou Sarr se retrouvait mêlé à de retentissants dossiers fonciers. Son activité de rachat de créances liées notamment à des opérations d’expropriation avait déjà été au cœur de controverses et de procédures.

Dans le dossier de Yoff, des héritiers l’avaient notamment poursuivi pour des faits qualifiés de faux, usage de faux et escroquerie au jugement, accusations que l’intéressé a contestées.

Il faut également rappeler que la société SOFICO, dirigée par Tahirou Sarr, s’est retrouvée au cœur de plusieurs contentieux relatifs à des créances issues d’expropriations.

Une commission d’enquête parlementaire s’était notamment penchée sur ces opérations dans le cadre de l’affaire dite des 94 milliards, en examinant les modalités de cession de créances et les relations entre les sociétés concernées et les familles détentrices de droits sur certains terrains.

Aujourd’hui, le paysage semble pourtant lui être de nouveau favorable. Pendant que certains dossiers continuent de suivre leur cours devant les juridictions, les décisions judiciaires rendues sur le terrain immobilier redonnent à l’homme d’affaires une visibilité qu’on pouvait croire durablement compromise.

Ainsi va l’étrange trajectoire de Tahirou Sarr : un homme que les tempêtes judiciaires ont momentanément éloigné des projecteurs, mais qui semble, à la faveur des dernières évolutions, reprendre progressivement pied dans le paysage des affaires.

À Yoff, la justice vient de lui offrir un nouvel épisode. Le « Tout-Puissant » n’a peut-être pas dit son dernier mot.

Mamadou Ndiaye
Recommandé Pour Vous