Ziguinchor : Seydou Sané quitte l’APZ pour Kiiraay et ravive la rivalité entre Diomaye et Sonko

Rédigé par Dakarposte le Lundi 19 Octobre 2026 à 11:06 modifié le Lundi 19 Octobre 2026 13:41

L’analyse de ce que le quotidien Les Échos s’empresse de qualifier de « coup de tonnerre » révèle, sous le scalpel de la science politique, les lignes de fracture d'une reconfiguration partisane majeure au sein de la mouvance présidentielle.

En actant la dissolution de son mouvement Agir pour Ziguinchor (APZ) au profit de Kiiraay, le parti du président Bassirou Diomaye Faye, l’ancien premier adjoint au maire Seydou Sané ne réalise pas seulement une spectaculaire contorsion idéologique ; il jette une lumière crue sur la rivalité sourde, mais de plus en plus féroce, qui oppose la formation du chef de l'État au Pastef d'Ousmane Sonko.

Dans la capitale du Sud, ce ralliement hautement stratégique fait office de déclaration de guerre feutrée. En appelant ouvertement les responsables locaux de Kiiraay à s'unir pour faire face à Pastef, Seydou Sané tente de structurer un pôle de résistance inédit.

Pour Kiiraay, l'enjeu est de s'implanter durablement en Casamance, un bastion historique jusqu'ici verrouillé par l'hégémonie d'Ousmane Sonko. Cette OPA sur les anciens réseaux de notables locaux vise à offrir au président de la République une base électorale autonome, affranchie de la tutelle de son ex Premier ministre, dans la perspective cruciale de la présidentielle de 2029.

Cependant, cette guerre d'influence à bas bruit entre les deux piliers de l'exécutif se heurte à la réalité du terrain ziguinchorois, où la greffe d'une telle alliance transhumante suscite un profond scepticisme.

Dans les artères et les grands-places de Ziguinchor, les langues – aussi bienveillantes que sournoises – se plaisent en effet à dégonfler le storytelling du séisme politique. Les observateurs les plus caustiques s'interrogent légitimement sur la nature de ce prétendu bouleversement, rappelant que Seydou Sané n'a jamais été un militant de la rupture, encore moins un sympathisant de la doctrine patriotique originelle.

L'histoire politique locale retient de lui la trajectoire d'un voltigeur d'une remarquable constance dans le compagnonnage des régimes successifs : tour à tour sous les projecteurs du pouvoir avec Robert Sagna, dans les rangs du Parti Socialiste d'Abdou Diouf, converti au bleu du PDS d'Abdoulaye Wade, puis allié indéfectible d'Abdoulaye Baldé sous la bannière de l'UCS, le voilà qui déploie aujourd'hui ses voiles sous le pavillon de Kiiraay.

Pour ses détracteurs, il incarne cette vieille garde habituée au sucre des dividendes du pouvoir et au confort des faveurs étatiques, prompte à rallier le vainqueur du jour.

Cette logique de captation des ressources pose une équation électorale complexe pour l'avenir des relations entre Kiiraay et Pastef.
Un tel profil, qualifié de « recyclé politique » par la base militante, peut-il réellement apporter une plus-value électorale à Bassirou Diomaye Faye face à la machine de guerre de Pastef ?
L'arithmétique des urnes rappelle qu'en tant qu'adversaire farouche d'Ousmane Sonko, Seydou Sané n'a jamais réussi à s'imposer localement, essuyant de régulières déconvenues jusqu'au niveau de son propre bureau de vote.

En accueillant ces débris des anciens régimes pour contrer Pastef, Kiiraay prend le risque d'éroder la promesse de rupture qui a porté le chef de l'État au pouvoir, tout en exacerbant les tensions internes au sommet de l'État. À Ziguinchor, le pari de substituer une politique de notables à la ferveur populaire de Pastef s'annonce hautement périlleux.



Édouard
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