Analyse

Les investitures pour les législatures du 30 juillet prochain à Dakar s’annonce très difficiles pour le président de la République. En effet, Macky Sall est appelé à faire l’arbitrage entre la demande de plus en plus pressante de certains alliés et l’ambition des responsables de son parti notamment, concernant la tête de liste de la mouvance présidentielle.


MACKY SALL, PRIS ENTRE MILLE FEUX
La date du 29 mai s’annonce périlleuse pour Macky Sall, le président de la République, président de l’Alliance pour la République et de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar (Bby). Cinq années après sa prouesse dans la mise en place d’une liste consensuelle de la coalition Bby pour les législatives de 2012, le chef de l’État est encore appelé à réaliser le même exploit. En effet, avec un total de 7 postes à pouvoir sur la liste majoritaire, le nombre de députés affectés au département de Dakar s’est révélé aujourd’hui en deçà des ambitions de la majorité. 
 
Et, cette situationn’est pas du tout à rendre la tâche facile à l’actuel chef de l’Exécutif, en dépit de sa détermination à laver le double affront subi par sa formation politique dans la capitale, lors des Locales de 2014 et des élections des membres du Haut conseil des collectivités territoriales (Hcct) en 2016, devant le maire de Dakar Khalifa Sall. Pour arriver à cette fin, certains responsables de l’Apr se positionnent déjà comme volontaire pour cette grande bataille annoncée de Dakar contre Khalifa Sall, actuellement en prison dans le cadre de l’affaire dite de la caisse d’avance de la mairie de Dakar, néanmoins pressenti pour être tête de liste de l’opposition unifiée à Dakar. 
 
À cela s’ajoutent également les appels du pied de certains alliés à l’endroit du président de la république pour un meilleur traitement dans le choix des candidats à la députation au niveau de la capitale. En effet, après la razzia ou de la boulimie des partisans du président de la République sur les investitures, lors des locales de 2014, ces alliés qui fustigent également leur marginalisation dans les nominations aux postes de responsabilités attendent d’être servis. Conformément à leurs attentes.
 
 L’autre principale équation que le patron de l’Apr (parti au pouvoir) devra également résoudre dans son arbitrage est celle concernant le choix entre les nouveaux prétendants à la députation et les 7 députés sortants. Pour cause, hormis le président du groupe parlementaire Bennoo Bokk Yaakaar Moustapha Diakhaté qui a déclaré son intention de ne pas se présenter pour la prochaine législature et la députée Rewmiste Ndèye Maguette Dièye dont le parti n’est plus membre de la mouvance, le chef de l’Etat devra décider de la reconduction ou non des cinq autres députés qui avaient été élus sur la liste majoritaire en 2012 et qui sont naturellement pressentis comme candidats à leur propre succession. Il s’agit notamment de Penda Seck Dieng, Doudou Issa Niasse, Ndèye Fatou Diouf, Papa Diallo dit Zator Mbaye et Alioune Badara Diouf. Il faut dire que dans ce groupe, c’est la place du député d’Alioune Badara Diouf qui est la plus menacée. 
 
En effet, avec le parachutage aux Parcelles assainies du ministre de l’Économie et des Finances, Amadou Bâ, également pressenti pour être tête de file de Bennoo Bokk Yaakaar à Dakar, ce proche du ministre d’Etat Mbaye Ndiaye pourrait voir son nom remplacé par celui de l’argentier de l’État si le président de la République décide de faire d’Amadou Bâ la tête de liste de Bby à Dakar. 
 
Outre cette équation, le président de la République est également appelé à trancher qui des ministres Abdoulaye Diouf Sarr et Amadou Bâ devra diriger la liste majoritaire à Dakar. Ce premier nommé, en charge de la Gouvernance, du développement local et de l’aménagement du territoire, de surcroît patron de l’Apr à Yoff, et son collègue de l’Économie et des Finances, patron de l’Apr aux Parcelles Assainies, sont aujourd’hui tous les deux pressentis par leur base respective pour être porte-étendard de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar à Dakar. Mais, il faut dire qu’en plus de ces deux responsables du parti au pouvoir, il y a également Abdoulaye Makhtar Diop dont le nom est agité pour diriger la liste de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar à Dakar. 
 
 
 
 

Nando Cabral Gomis

La conduite du président Sall montre que le diptyque indépendance-liberté n’est pas inscrit au cœur de son action


Discours présidentiel : Un condensé de billevesées

03 avril 2017, pendant 13 minutes, le président de la  République s’est adressé à la Nation. Au niveau de la forme, le chef de l’Etat Macky Sall a rompu avec les discours soporifiques et kilométriques de son prédécesseur Abdoulaye Wade. 
  
Le mot-force de son discours, c’est l’action. «Sous l’autorité du Premier ministre, j’ai assigné au gouvernement la tâche de rester mobilisé dans l’action, en ayant comme code de conduite le culte du résultat», a dit le président. Ce qui veut dire que depuis qu’il a pris les rênes du pays en 2012, il a mis en relief la philosophie de l’action inscrite au cœur de sa politique. 
  
Mais on s’est rendu compte que les premières années de la deuxième alternance ont été concentrées sur la traque des biens mal acquis ou sur la traque particulière de Karim Wade. Presque pendant trois ans, le seul programme du «Yoonu Yokkute» était d’en finir avec le fils d’Abdoulaye. Et ce n’est pas étonnant de voir que le Plan Sénégal émergent (PSE), succédané du «Yoonu Yokkute» inefficace, n’a émergé que lorsque le fils du président Abdoulaye Wade a pris ses quartiers à Rebeuss. 
  
Seulement le PSE, que les vendeurs de vents ont tant chanté les vertus et performances, tarde à livrer les fruits de la croissance qu’on pointe à 6.7. A l’ouverture de l’atelier national sur la revue annuelle conjointe 2016, le 23 juillet 2016, le ministre en charge du Suivi du PSE, Abdoul Aziz Tall, avait déclaré que «les projets et réformes phares, lancés dans la première vague du Plan Sénégal émergent (Pse), connaissent un niveau de réalisation assez satisfaisant». A quelques mois du terme de la première phase des actions prioritaires (2014-2018) du PSE, la demande sociale pressante reste la chose la mieux partagée des Sénégalais. 
  
Certes des investissements ont été consentis dans plusieurs domaines (infrastructures, agriculture, santé, éducation, électricité, loyer…) mais malheureusement les Sénégalais demeurent plus que jamais pauvres. La raison est liée à l’interventionnisme de l’Etat-Providence au détriment d’un secteur privé, normalement pourvoyeur d’emplois décents, en déliquescence. 
  
On ne le dira jamais assez, la croissance dont s’enorgueillit, à chaque occurrence, le ministre de l’Economie et des Finances, Amadou Ba, et qui étoffe les tablettes des institutions de Bretton Woods, est un indicateur trompe-l’œil puisqu’elle n’est pas inclusive. 

Ainsi nous pouvons emprunter au juriste Alain Bouikalo qui qualifiait, en 2013, la croissance ivoirienne de farce voire de mensonge. Pour dire donc que «cette croissance n’a aucun effet sur les ménages. La croissance et le train de vie des ménages suivent des trajectoires différentes. Plus l’on parle d’une embellie économique, moins le citoyen parvient à vivre décemment. Quel paradoxe ! Ne sommes-nous pas en face d’une croissance qui appauvrit ? Evidemment cette croissance est une véritable farce, un gros mensonge d’Etat. Si tel n’est pas le cas, alors à qui profite la croissance ? Sinon qu’à un groupuscule perché au sommet ou rôdant autour de la famille présidentielle». 

L’essentiel des richesses produites par notre pays prend la direction de Paris, de Pékin, d’Istanbul et de Rabat. Tous les marchés publics d’envergure sont confiés aux étrangers. 

Les Chinois qui exploitent ILA Touba ont même fait venir de leur pays 200 camions et les gros engins pour assurer le transport du matériel de construction de l’autoroute et la transformation des intrants. Et même des brouettes et des pelles. Ceux qui les conduisent sont des Chinois. Ainsi, sur toute la ligne, les Chinois ont prêté au Sénégal les 400 milliards pour l’érection de Ila Touba, assurent le transport du matériel et la construction de la route. Où est Jean Lefebvre Sénégal de Bara Tall, la CSE, l’entreprise Mapathé Ndiouck ? 
  
Aujourd’hui l’entreprise Semer, filiale du groupe français Poma, a en charge la construction de tous les bureaux et autres bâtiments de la Nouvelle ville de Diameniadio. Aujourd’hui beaucoup de ces entreprises de BTP traversent des difficultés à cause de leur Etat qui préfère enrichir plus leurs concurrents étrangers que de promouvoir leurs entreprises. 
  
On pourrait en dire autant pour le Train express régional (TER). Où est passé la préférence nationale ? Pourtant ce n’est pas l’expertise qui manque, ni le matériel de construction. Pour faire des passeports biométriques, ou construire une université, on préfère enrichir à coup de milliards Adama Bictogo (un ivoirien poursuivi chez lui pour escroquerie portant sur plusieurs milliards) qui n’a créé son entreprise de BTP qu’après avoir obtenu ledit marché avec la complicité du maire de Touba.   
  
Dans le discours présidentiel, outre la part léonine réservée à la culture, il y a eu deux autres annonces fortes à connotation politicienne. La première concerne la salarisation des chefs de village. En le faisant, Macky ne fait réparer une erreur voire une injustice après avoir confisqué les véhicules que le président Wade leur avait octroyés. D’ailleurs indigné par cet acte, le député Iba Der Thiam avait fait parvenir au président de l’Assemblée nationale une proposition de loi attribuant aux chefs de village un véhicule de fonction.  

Ce qui permettrait, pour Iba Der, à «ces notables de se déplacer pour percevoir la taxe rurale et de venir en aide aux populations confrontées à des problèmes d’évacuation sanitaire des personnes malades, de femmes enceintes en voie d’arriver à terme, de déplacement de personnes décédées vers leur lieu d’enterrement et d’autres activités sociales auxquelles la communauté villageoise est confrontée». Et à quelques mois d’élections législatives assez risquées, voilà que le Président se réveille brusquement pour décider de salarier les chefs de village. Autant donc dire une décision fortement électoraliste ! 
  
Le Chef de l’Etat a rappelé la décision de transformer les titres précaires en titres fonciers. Mais à ce niveau, il faut rendre à César ce qui lui appartient. La transformation des permis d’habiter et titres similaires en titres fonciers est consacrée depuis la loi 2011-06 du 30 mars 2011 publiée au journal officiel n°6598 du samedi 25 JUIN 2011. Ce qui veut donc dire qu’Abdoulaye Wade en est l’initiateur. Il ne reste que le décret d’application pour que la chose soit effective. 
  
Dans l’épilogue de son discours, Macky Sall a souligné que «l’indépendance signifie et magnifie notre vocation naturelle à être et rester un peuple libre». Oui «indépendance» et «liberté» sont les denrées les plus recherchées dans la gouvernance mackyste. L’indépendance dont souffre la Justice conduit cette dernière à priver, à la moindre incartade, de liberté aux opposants du président le République. Aujourd’hui, celui qui en est la principale victime est le maire de Dakar, Khalifa Sall. 
  
Des magistrats qui souffrent d’indépendance l’ont privé de liberté. Il croupit en prison pour avoir seulement eu des ambitions d’occuper démocratiquement le palais en 2019. L’indépendance dont le Sénégal a besoin, après 57 ans de souveraineté internationale, n’est pas institutionnelle mais économique et judiciaire. Une économie assujettie aux capitaux étrangers n’est pas productrice de croissance inclusive, ni vecteur de développement. Un pouvoir judiciaire aux ordres qui obéit au doigt à l’œil à l’exécutif n’est pas gage de stabilité sociale dans un Etat de droit. Malheureusement la conduite du président Sall montre que le diptyque indépendance-liberté n’est pas inscrit au cœur de son action. 
  
Serigne Saliou Guèye 
Dirpub Lessentiel.sn

Bamba Fall à l’hôpital – Des conséquences politiques en vue…
Le procureur de la République ne savait sans doute pas que le maire de la Médina, Bamba Fall était atteint de diabète. Sinon il n’aurait sûrement pas pris le risque de le maintenir en prison en faisant appel de la décision du juge de la chambre d’accusation qui venait juste de lui accorder la liberté provisoire. Certes les charges qui pèsent sur Bamba Fall sont lourdes. Il est accusé par un plaignant, en l’occurrence Ousmane Tanor Dieng patron du Parti socialiste, de tentative d’assassinat, association de malfaiteurs et autres joyeusetés de nature à la conduire droit à Reubeuss s’il est jugé coupable. Malgré toutes les requêtes de ses avocats pour lui faire obtenir la liberté provisoire, le procureur campe sur sa position et persiste à le maintenir en prison.
Aujourd’hui Bamba Fall est souffrant. Son diabète s’est aggravé et il serait atteint de coma diabétique. Du coup toute la Médina est en train de prier afin qu’il sorte indemne de cette épreuve et, au –delà des populations de ce quartier c’est tout Dakar qui est en émoi. Tout le monde formule des prières afin qu’il se rétablisse vite et obtienne cette liberté provisoire qui le ramènera vers les siens. D’ailleurs le président de  la République lui-même devrait se mettre à prier afin qu’il n’arrive rien au maire de la Médina car, personne ne le souhaite mais si l’état de santé de Bamba Fall venait à se compliquer alors qu’il est «entre les mains du pouvoir» comme l’estiment les Dakarois, cela aurait de lourdes conséquences pour la suite de sa carrière politique.

Le PDS : Tel le roseau qui plie mais ne rompt pas
A lire cet extrait du livre de Mody Niang, «Qui est cet homme qui dirige le Sénégal ?», on comprend aisément les conditions dans lesquelles le Parti démocratique sénégalais (PDS) est porté sur les fonts baptismaux. Il a y eu une évolution dans les concepts. De la contribution, on est arrivé à l’opposition mais pas tout à fait radicale puisque sur le long itinéraire qui a mené Abdoulaye Wade au pouvoir, il y a des séquences collaborationnistes qui ont semé parfois le doute sur la vraie position politique du PDS et de son créateur. 
  
 «En 1974, se tenait à Mogadiscio, capitale de la Somalie, le Xe sommet de l’Organisation de l’Unité africaine. Le président Léopold Sédar Senghor dirigeait la délégation sénégalaise. Me Wade prenait part à ce sommet en sa qualité de président du groupe des experts de l’OUA. Il saisit l’opportunité pour se faire recevoir par le président Senghor. Il lui fit connaître ses intentions, avec des amis, de créer un parti politique. L’homme tombait à pic et Senghor accueillit favorablement la demande. Il lui donna l’assurance qu’il téléphonerait à Jean Collin (alors ministre de l’Intérieur) pour l’en informer et que dès son retour au pays, il pouvait déposer son dossier. On était le 31 juillet 1974. Abdoulaye Wade n’étant pas homme à perdre du temps, déposa, une fois à Dakar, son dossier auprès du gouverneur de la région de Cap-Vert (actuelle région de Dakar). 
  
Les choses ne traînèrent pas : le 8 août, le ministère de l’Intérieur enregistra la naissance du Parti démocratique sénégalais (PDS) qui était officiellement retenu. Mais à la grande surprise des Sénégalais, Wade présenta le PDS comme un parti de «contribution» et non comme un parti d’opposition… Devant le tollé soulevé par cette déclaration qui fit naitre beaucoup de doute dans beaucoup d’esprit, Maître Wade en bon avocat et en homme nuancé comme on dirait aujourd’hui s’expliqua : «Arrivé à Dakar, quand on m’a posé la question, j’ai répondu que ce n’était pas un parti d’opposition mais de contribution à l’évolution du Sénégal». 

Le PDS : De la contribution à l’opposition  

Et le congrès constitutif se tient du 30 janvier au 1er février 1976. Mais Abdoulaye se voit contraint de modifier les statuts de son parti dont l’idéologie est d’essence socialo-travailliste avec multipartisme limité instauré par Senghor avec la loi 76-26 du 6 avril 1976. A son corps défendant, il choisit le courant libéral et démocratique puisque déjà le Socialisme démocratique revenait l’Union progressiste sénégalaise de Senghor (UPS). Le Courant communiste était dévolu au Parti africain de l’indépendance (PAI) de Majmouth Diop et le Courant conservateur au Mouvement républicain sénégalais (MRS) de Me Boubacar Guèye. 

Les tournées que Wade effectue à l’intérieur du pays, dès l’obtention du récépissé du PDS, et le discours musclé et critique qu’il distille sur la gestion du pouvoir senghorien, laisse transparaitre que le PDS est une véritable force d’opposition qui veut constituer une alternative à l’UPS. Et c’est surtout l’article 35 de la loi 76-27 du 6 avril 1976 qui fait du Premier ministre le dauphin constitutionnel du président en cas de vacance du pouvoir qui pousse Abdoulaye Wade à se poser comme l’opposant N°1 de Senghor. 

Ce dernier est sur le point de briser le rêve d’Abdoulaye Wade comme son successeur légitime et démocratique à la tête du pays. Les élections générales de 1978 seront les premières d’Abdoulaye Wade. Il est battu par Senghor avec un score stalinien de 82,02 % à la présidentielle et de 83 députés contre 17. Désormais le PDS est le premier parti d’opposition du Sénégal en face de l’UPS devenu Parti socialiste (PS). Ce qui semblait être un compromis pour appuyer le régime socialiste n’était en réalité qu’une ruse politique pour créer officiellement un parti et s’engager pour la conquête du pouvoir. 
  
Wade et la dynamique de la massification (de 1978 à 2000)  

Au sortir des élections de 1978 avec un groupe parlementaire, Abdoulaye Wade dispose d’une tribune pour croiser le fer avec les socialistes de plus en plus rejetés par les Sénégalais surtout par le front social. Les syndicats dirigés pour la plupart par des militants de partis politiques communistes interdits s’expriment à travers les mouvements de grève. D’ailleurs les luttes syndicales enclenchées depuis 1976 ont atteint leur paroxysme en 1979-1980 avec une forte paralysie du système scolaire. Et dans un tel bouillonnement politico-syndical ajouté au contexte politique africain marqué par la fréquence des coups d’Etat (9 coups d’Etat entre 1978 et 1980), Abdoulaye peut vouer aux gémonies Senghor, victime de l’usure du pouvoir. Mais l’annonce du retrait du pouvoir par Senghor en décembre 1980 fait l’effet d’un séisme chez Wade qui caresse l’espoir de le remplacer au pouvoir. L’article 35 est passé par là. 

Le PDS, victime de la transhumance 

Abdou Diouf installé aux commandes du pouvoir donne un nouvel espoir aux Sénégalais avec un discours de rupture. Déjà sept autres députés rallient le PS au point de faire perdre au Pds son groupe parlementaire. La plus marquante de ces défections est celle de Famara Mané, co-fondateur du PDS, qui a démissionné dudit parti pour rejoindre le PS le 15 janvier 1982 avant de se retrouver par la suite au consulat du Sénégal en Guinée Bissau. Mamadou Puritain Fall, président de l’Union des travailleurs libres sénégalais (UTLS), quitte le PDS en janvier 1982 pour devenir indépendant. Certains y ont vu une transhumance déguisée puisqu’il ne cessait de s’attaquer à ses collègues libéraux de l’Assemblée nationale. Ainsi entre 1978 et 1983, le nombre de députés libéraux passe de 18 à 10. 
  
Et aux élections présidentielle et législatives de 1983, Abdou Diouf améliore légèrement le score de son prédécesseur. Il obtient à la présidentielle 83,45% et Wade recule avec 14,79%. Sur les 120 députés, le PS rafle la mise avec 111 sièges et Wade se contente de la portion congrue de 8 députés. Soit un recul 11 députés par rapport à la législature précédente. Abdoulaye Wade dégringole et Diouf remet en selle un PS en quasi-déliquescence. 

La crise économique fut un héritage lourd à supporter. Et pour relancer la machine économique à l’arrêt, il faut se plier aux injonctions des Institutions de Bretton Woods. C’est l’ère des politiques d’ajustement structurel qui, par essence, sont antipopulaires. Le terrain pour massifier le PDS est favorable. Les années 84 à 88 sont troubles avec la résurgence des grèves scolaires, universitaires et syndicales, des manifestations publiques, des affrontements avec les forces de l’ordre et des voitures piégées. A ces troubles violents s’ajoute celui des rebelles casamançais qui revendiquent leur indépendance depuis que Diouf est a pris les rênes du pouvoir. 

Fara Ndiaye et Serigne Diop quittent le PDS 

Mais en 1986, Wade subit un coup dur. Fara Ndiaye, numéro du Pds, quitte la galaxie libérale. Il démissionne en même temps de son poste de député. Abdou Diouf en fait son Conseiller spécial en lui confiant le projet de Canal du Cayor. En 1987, son poulain Serigne Diop crée une scission avec la création du Pds/Rénovation. On soupçonne la main de Collin pour déstabiliser le PDS. La campagne électorale de 1988 bat son plein et Abdoulaye Wade draine du monde partout où il passe au point de laisser croire à une victoire certaine du Pape du Sopi. Cette année aussi, c’est l’année de l’émergence d’Idrissa Seck qui s’est fait distinguer par un message télévisé retentissant lors du temps de parole accordé aux partis en lice. 

Mais le code électoral qui manque de transparence favorise des fraudes massives. Diouf obtient 73,20 % et Wade améliore son score jusqu’à 25,80 %. Aux législatives, le PS se retrouve avec 103 députés, et le PDS remonte à 17. Malgré cette amélioration qui consacre la chute de Diouf et de son parti, Wade se déclare gagnant de ces élections au point de se retrouver en prison. La tension ne baisse de rythme que lorsque le leader du PDS est sorti de prison. Une table ronde inclusive entre le PS et les partis d’opposition est initiée pour discuter des problèmes politiques du Sénégal. Elle fera long feu puisque rien de concret n’y est sorti, certains accusant Jean Collin d’avoir, à travers ses plénipotentiaires, torpillé la table ronde. 

Wade et l’entrisme 

Avril 1991 est marqué par la restauration du poste de Premier ministre et l’entrisme. Ainsi entre avril 1991 et novembre 1992, Wade et certains de ses responsables se retrouvent dans le gouvernement de la «majorité présidentielle élargie» dirigé par Habib Thiam. Certains hommes politiques, avec qui ils partagent la même coalition, parlent de trahison. Aux élections de 1993, le pays bascule à nouveau dans la violence électorale avec comme point d’orgue l’assassinat du juge constitutionnel Babacar Sèye. Son score aussi bien à la présidentielle qu’aux législatives s’améliore tandis que son challenger Diouf chute dangereusement. 

Mais dans la même année, Jean-Paul Dias est exclu du PDS pour avoir critiqué ouvertement les choix du Secrétaire général national, en l’occurrence Me Wade. Entre 1995 et 1998, il participe à nouveau au gouvernement de la «majorité présidentielle élargie» du président Abdou Diouf. Même si ses entrées et sorties agacent certains de ses partisans ou alliés, il demeure que le Pape du Sopi ne démord pas de ses ambitions présidentielles. En 1998, il crée la CIS (Cellule d’initiatives et de stratégies) du PDS où il appelle tous les intellectuels à venir soutenir son projet politique. Et c’est à cette occasion que Macky Sall rallie le PDS pour diriger la CIS. 

Mais le 11 juin 1998, Ousmane Ngom démissionne du PDS et crée le Parti libéral sénégalais (PLS). Les législatives de 1998 sont un indicateur de la descente aux enfers du PS. Le PS n’est plus presque majoritaire avec ses 50,20 %. La cause principale est la sortie de Djibo Ka qui a emporté une bonne partie de l’électorat socialiste. Et en 2000, Abdou Diouf, lésé par le départ de Moustapha Niasse dans l’opposition, est battu par Abdoulaye au second tour, le 19 mars. Le PDS, qui n’avait pas encore atteint la popularité (quoique déclinante) du PS, s’attelle aux premières heures de l’alternance à massifier le parti sans morale politique. 

L’ère de la massification-transhumance 

Ainsi Idrissa Seck, directeur de cabinet du président Wade, théorise la transhumance à outrance et l’institutionnalise. Beaucoup de socialistes, qui étaient aux responsabilités sous le magistère de Diouf, ont tourné casaque quand ils étaient épinglés par des audits. La crainte de poursuites pénales ou la recherche de prébendes a poussé certains responsables socialistes à transhumer au Pds. Ils ont été absous curieusement par la justice. C’est le prix de la transhumance au nouveau pouvoir. 

 Ainsi Abdoulaye Diack, Aïda Mbodj, Sada Ndiaye, Léna Fall Diagne, Adama Sall, Abdourahmane Sow, Cora Fall, Mbaye Diouf, Aïda Ndiongue et sa sœur Bakhao et époux Mame Birame Diouf, la défunte Tieo Cissé Doucouré, André Sonko, Paul Ndong, Balla Moussa Daffé, Salif Bâ, feu Assane Diagne, Lobatt Fall, Alassane Dialy Ndiaye etc., quittèrent sans vergogne le navire socialiste qui tanguait dans les eaux troubles de la défaite électorale pour transhumer vers les prairies bleues. 

Les responsables socialistes pétris de convictions profondes comme Abdou Aziz Tall de la Lonase, qui refusaient de quitter le PS pour le PDS, ont été jetés en prison avant d’être blanchis. Abdoulaye Babou, transfuge socialiste, a transhumé à l’Alliance des Forces de progrès (AFP) avant d’être attiré par les sirènes bleues. Serigne Mbacké Ndiaye trahira sans scrupule son leader Abdou Rahim Agne avant rejoindre le PDS. Contrairement à Abdou Diouf, Abdoulaye Wade a toujours casqué des millions pour dérouler le tapis rouge aux transhumants socialistes. Ce qui pose un problème d’éthique politique. 

Toutefois, cette transhumance a pris de façon séquentielle une allure policée notamment avec les fusions-absorptions avec le parti au pouvoir. C’est le cas de la Convention des démocrates et des patriotes Garap-gi du professeur Iba Der Thiam qui s’est diluée dans le PDS depuis mai 2005. Ce dernier a été le chantre de «Abdo Niou Doy», mouvement politique qui soutient Abdou Diouf en 1988. 
Ainsi les Sénégalais se sont demandé pourquoi le PDS, qui a tant souffert de cette pathologie de la transhumance dans sa longue marche vers le pouvoir, l’a théorisée et encouragée dès son accession au pouvoir. 
  
Les effets pervers du pouvoir (2000-2012) 

Le pouvoir conquis, il fallait engager les réformes et procéder aux changements promis lors de la campagne électorale. La première à engager est institutionnelle. Il faut changer la Constitution et ramener le septennat à cinq ans. La nouvelle Loi fondamentale renforce les pouvoirs présidentiels au point que les premières lignes de fissure apparaissent entre le président de la République et deux de ses alliés en l’occurrence Talla Sylla et Amath Dansokho qui ont appelé à voter contre la nouvelle Constitution. En bon disciple de Machiavel, Wade n’est plus tenu de se respecter ses engagements. Son missi dominici Idrissa Seck manœuvre pour le limogeage du Premier ministre Moustapha Niasse et ses partisans et alliés. Mame Madior Boye subit le même sort après le drame du Joola. 

Les ambitions brisées d’Idrissa Seck 

Le 04 novembre 2002, Idrissa Seck accède à la Primature et met en place un réseau constitué, pour la plupart, de ses amis et fidèles partisans, lesquels se voient nommés à des postes stratégiques dans l’appareil étatique. C’est l’ère du fameux coup d’Etat rampant. Une dyarchie s’installe à la tête de l’Etat. Soupçonné de guigner le fauteuil présidentiel, il devient l’homme à abattre. Les faucons du palais exploitent le froid entre Wade et son Premier ministre pour liquider politiquement ce dernier. Les chantiers de Thiès seront le prétexte pour offrir à Idy un enterrement de première classe. 

Le Président Wade débarque «son fils» le 21 avril 2004 en l’accusant, lors d’un rassemblement politique, de malversations financières dans les chantiers de Thiès. Macky Sall s’installe à la Primature et fait sortir de terre les premiers chantiers de Wade. En juillet 2005, Idy est envoyé à Rebeuss pour six mois 17 jours au terme desquels il est libéré sur fond de moult tractations appelées pudiquement «le protocole de Rebeuss». Mais en 2004, Karim Wade, jusque-là conseiller de son père, se voit confier l’organisation de l’OCI avec Abdoulaye Baldé. 

Kyrielle de scandales financiers 

De 2000 à 2012, le pouvoir de Wade est caractérisé par une kyrielle de scandales financiers dont les plus remarquables sont la réparation de l’avion présidentiel à hauteur de 10 milliards et l’indemnisation d’une partie de la famille du juge Babacar Sèye assassiné en 1993 à 200 millions de francs CFA dans la plus stricte opacité. Les 7 milliards de Taïwan destinés à des projets sociaux seront gracieusement distribués aux ministres même si après l’éclatement du scandale, l’alors Premier ministre, Macky  Sall, a procédé à un simulacre de répartition publique des fonds incriminés. 

Jamais Karim Wade n’a rendu compte des 432 milliards dépensés pour l’Anoci. Les responsables libéraux avec à leur tête leur mentor sont tellement préoccupés par la course à l’enrichissement que l’organisation du Pds en pâtit. Mais cela n’empêchera à Wade d’être réélu en 2007 à la présidence de la République. Aux scandales financiers s’ajoutent ceux des tripatouillages constitutionnels. En 2008, le renouvellement des instances du Pds aboutit à un flop. Seule la constante Wade décide de la vie et de la mort de ses militants. 

L’émergence de la "Génération du concret" 

Mais il faut aussi signaler que, depuis que le chef de l’Etat a lancé en 2004 les travaux de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique dont le fils Karim Wade est le président du conseil de surveillance, une rivalité sourde et feutrée est née entre ce dernier et le Premier ministre Macky. Le mouvement qu’il dirige appelé «Génération du concret (G.C)», tisse sa toile en infestant et en investissant les fédérations du parti fondé par son propre père. 

Cette G.C, sous la houlette de Karim Wade et de Hassan Bâ membre de la cellule de communication du Président, a battu sa campagne électorale parallèle en investissant, mallette d’argent en main, la banlieue qui capitalise l’essentiel de l’électorat du département de Dakar. Au lendemain de sa victoire au premier tour à l’élection présidentielle, Macky est porté en triomphe par l’heureux élu et plusieurs militants libéraux. Cette victoire qui augmente sa crédibilité et conforte sa puissance lui attire encore des inimitiés au sein même du PDS. 

Et avant même que le Conseil constitutionnel ne valide officiellement les résultats, Abdoulaye Wade organise une conférence de presse où il sabre les principaux ténors de l’opposition que sont Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse, Amath Dansokho et Idrissa Seck en les menaçant de réactiver certains dossiers judiciaires comme pour leur dire de se tenir à carreau. Par la même occasion, il dresse le profil de celui qui doit lui succéder un jour ou l’autre à la tête du pays. 

Ce portrait correspond typiquement à celui de son fil bien-aimé Karim, leader de la Génération du concret et président du conseil de surveillance de l’Anoci. Ce dernier développe un réseau de fidèles et d’opportunistes dans le cadre non-officiel de la Génération du concret. Il a son pré-carré ministériel dans le gouvernement. Ladite structure devait être la rampe de lancement pour permettre à Karim Wade d’accéder au palais. Désormais, Wade père manœuvre pour adouber son fils. Le parti ne l’intéresse plus mais seulement la carrière politique de Karim. 

La fronde anti-Macky en branle 

Pendant la campagne des législatives de 2007, Abdoulaye Baldé qui est le directeur exécutif de l’Anoci et second de Karim a été le premier à ouvrir le feu sur Macky en l’accusant de ne pas lui avoir pas donné son budget de campagne pour sa localité Ziguinchor. Ces diatribes constituent les prodromes de la  fronde anti-Macky. Partout où le PM Macky passe, les «concrétistes» l’accueillent avec des pancartes estampillées G.C. et ponctuées de huées. Dès fois, les partisans des deux camps antagoniques en viennent aux mains. C’est comme si c’est à défaut d’avoir sur le terrain l’opposition significative, qu’ils se dénigrent et se battent entre eux. 

A l’instar de la présidentielle, la victoire aux législatives est brillante même si le boycott de l’opposition a assombri cette nouvelle performance de Macky. Maintenant que la présidentielle a été gagnée et les législatives remportées, voici venue l’heure de se séparer de ce fils d’emprunt qui gagne de jour en jour de l’estime et de la popularité chez bon nombre de citoyens. D’abord grâce aux nombreux chantiers réalisés en quatre ans de primature et ensuite à ses succès électoraux. 

Et le 15 octobre 2007, depuis l’Arabie Saoudite, le ministre Farba Senghor sonne la charge en accusant Macky d’être irresponsable en s’attaquant à sa famille notamment à son fils. Le 21 octobre, le jeune Mouhamed Lamine Mansaly, Président du conseil d’administration de la Société des Infrastructures de réparation navale (Sirn) accuse au cours d’un point de presse Macky d’avoir acquis des biens immobiliers aux Etats-Unis dans des conditions qui défient toute orthodoxie et d’avoir irrégulièrement convoqué le président de l’Anoci. Le 24 octobre Khoureychi Thiam, député à l’Assemblée nationale exige au cours d’une conférence de presse la destitution de Macky de son poste de N°2 du parti et de celui du président de l’Assemblée nationale. Et le 28 octobre, le député Abdou Fall vice-président à l’Assemblée nationale, sur les ondes de Sud FM, enfonce le clou en demandant à Macky «d’aller discuter avec son patron ou rendre le tablier». 

Macky tire sa révérence 

Pour délester Macky de son pouvoir constitutionnel de remplacer le Président en cas d’empêchement ou de décès, le mercredi 23 juin 2008, le congrès du Parlement (réunissant Sénat et Assemblée nationale) est convoqué par décret présidentiel pour voter le règlement intérieur qui donne la prééminence de la Chambre haute sur la Chambre basse. 
Ainsi le Président du Sénat Pape Diop et ses huit vice-présidents deviennent les supérieurs hiérarchiques du Président de l’Assemblée nationale. La loi Sada  Ndiaye 2008-67 relative à la modification de l’article 62 de la Constitution visant la réduction du mandat en cours du président de l’Assemblée nationale de cinq à un an est votée puis promulguée. Et le 09 novembre 2008, Macky rend le tablier pour créer quelque temps après l’Alliance pour la République (APR). 

Rêves brisés de Karim Wade 

Mais les locales de 2009 qui doivent servir de tremplin à Karim pour accéder à la stratégique mairie de Dakar anéantissent le rêve de ce dernier. Mais obnubilé par la carrière politique de son fils, il le nomme, la même année, ministre avec 4 portefeuilles juteux (Infrastructures, Coopération internationale, Transports aériens et de Energie). Karim et ses courtisans concrétistes développent une excroissance au sein du PDS. Etant confronté à un problème de succession dans son parti, Abdoulaye Wade annonce en septembre 2009 sa candidature à la présidentielle de 2012 pour un troisième mandat. Et en 2011, il porte un projet de loi instituant le ticket présidentiel qui instaurerait l’élection simultanée du président de la République avec seulement 25 % des suffrages exprimés. 

On accuse Wade de dévolution monarchique du pouvoir. Mais le peuple à travers les organisations politiques et la société civile est déterminé à barrer la route aux Wade. Le projet de loi sur le ticket présidentiel est retiré grâce à la détermination du peuple du M23 mais la candidature à un troisième mandat est validée par le Conseil constitutionnel sur fond de violence mortifère. Et le 25 mars 2012, Wade et le PDS retourne dans l’opposition. Le parti qui voulait rester au pouvoir, pour au moins un demi-siècle, n’aura fait 12 ans à cause des calculs politiciens de son chef Abdoulaye Wade.             

La saignée après la chute 

Au soir de sa déchéance, la donne change. Le retour dans l’opposition pour le PDS s’avère dur. Abdoulaye Wade confie les rênes du PDS à Omar Sarr. Si Wade a choisi le moins charismatique de ses responsables, c’est pour lui demander de chauffer la place en attendant de connaître le sort de son fils traqué pour enrichissement illicite. Mais le parti libéral connait dès les premières heures d’opposition des défections majeures, surtout, lorsque la traque des biens mal acquis est lancée. 

Pape Diop crée son parti et rompt avec le PDS suivi en cela par Abdoulaye Baldé, Alioune Sow, Thierno Lô, Aminata Lô, Sitor Ndour, Kalidou Diallo et Abdou Fall. Aïda Mbodj, Habib Sy, Serigne Mbacké Ndiaye créent leurs courants politiques et «restent» au sein du PDS. Adama Sall, Serigne Mboup « Pétrosen », Ndèye Khady Diop, Innocence Ntap, Awa Ndiaye, Adama Ba, Ngoné Ndoye, El Hadji Malick Guèye tournent casaque et déposent leurs baluchons à l’APR. 

Ousmane Ngom a créé sa structure politique qui, en réalité, n’est qu’un mouvement de soutien à l’APR du président Macky Sall. Aïda Mbodj a fondé son mouvement politique «Alliance Nationale pour la Démocratie/Saxal Sénégal» tout en restant au sein du Pds. Habib Sy a fait de même avec sa «Vision pour un Sénégal nouveau». Serigne Mbacké Ndiaye a mis sur pied son courant politique «Convergence libérale patriotique» qui s’est mué en parti politique ou mouvement de soutien à l’APR. Modou Diagne Fada, accusé d’activités fractionnistes a été exclu du PDS avant de créer sa propre formation politique. Souleymane Ndéné Ndiaye a fait de même quand Karim Wade a été investi candidat du PDS en 2019. 

Un problème de leadership 

Un problème de leadership se pose et Wade s’impose toujours comme la seule constante. Omar Sarr n’a pas l’étoffe d’un leader. Avant qu’Abdoulaye ne fasse un retour au Sénégal presque après deux ans d’absence, le coordonnateur du PDS ne parvenait même pas à diriger les rares réunions du Comité directeur. Les caciques libéraux tels que Madické Niang, Cheikh Tidiane Sy, Ousmane Ngom, Mamadou Seck semblent avoir pris leur retraite politique. Karim Wade, investi candidat du PDS pour 2019, et exilé à Qatar, ne parvient pas à contrôler le parti. 

Aujourd’hui la saignée continue avec l’exclusion d’apparatchiks tels que Farba Senghor et Pape Samba Mboup. Mais le comportement de ces derniers, qui faisaient une tournée nationale pour désavouer le candidat du PDS et jeter l’opprobre sur Omar Sarr, était suspect. D’ailleurs, une telle attitude laisse croire, pour certains libéraux, que ces deux pontes libéraux qui n’ont aucune base populaire, sont les taupes de Macky au sein du PDS. Au plan symbolique, un pan est tombé, mais au plan politique, l’exclusion de ces deux apparatchiks n’entame en rien la représentativité populaire du parti d’Abdoulaye Wade. 

Serigne Saliou Guèye A lire cet extrait du livre de Mody Niang, «Qui est cet homme qui dirige le Sénégal ?», on comprend aisément les conditions dans lesquelles le Parti démocratique sénégalais (PDS) est porté sur les fonts baptismaux. Il a y eu une évolution dans les concepts. De la contribution, on est arrivé à l’opposition mais pas tout à fait radicale puisque sur le long itinéraire qui a mené Abdoulaye Wade au pouvoir, il y a des séquences collaborationnistes qui ont semé parfois le doute sur la vraie position politique du PDS et de son créateur. 
  
 «En 1974, se tenait à Mogadiscio, capitale de la Somalie, le Xe sommet de l’Organisation de l’Unité africaine. Le président Léopold Sédar Senghor dirigeait la délégation sénégalaise. Me Wade prenait part à ce sommet en sa qualité de président du groupe des experts de l’OUA. Il saisit l’opportunité pour se faire recevoir par le président Senghor. Il lui fit connaître ses intentions, avec des amis, de créer un parti politique. L’homme tombait à pic et Senghor accueillit favorablement la demande. Il lui donna l’assurance qu’il téléphonerait à Jean Collin (alors ministre de l’Intérieur) pour l’en informer et que dès son retour au pays, il pouvait déposer son dossier. On était le 31 juillet 1974. Abdoulaye Wade n’étant pas homme à perdre du temps, déposa, une fois à Dakar, son dossier auprès du gouverneur de la région de Cap-Vert (actuelle région de Dakar). 
  
Les choses ne traînèrent pas : le 8 août, le ministère de l’Intérieur enregistra la naissance du Parti démocratique sénégalais (PDS) qui était officiellement retenu. Mais à la grande surprise des Sénégalais, Wade présenta le PDS comme un parti de «contribution» et non comme un parti d’opposition… Devant le tollé soulevé par cette déclaration qui fit naitre beaucoup de doute dans beaucoup d’esprit, Maître Wade en bon avocat et en homme nuancé comme on dirait aujourd’hui s’expliqua : «Arrivé à Dakar, quand on m’a posé la question, j’ai répondu que ce n’était pas un parti d’opposition mais de contribution à l’évolution du Sénégal». 

Le PDS : De la contribution à l’opposition  

Et le congrès constitutif se tient du 30 janvier au 1er février 1976. Mais Abdoulaye se voit contraint de modifier les statuts de son parti dont l’idéologie est d’essence socialo-travailliste avec multipartisme limité instauré par Senghor avec la loi 76-26 du 6 avril 1976. A son corps défendant, il choisit le courant libéral et démocratique puisque déjà le Socialisme démocratique revenait l’Union progressiste sénégalaise de Senghor (UPS). Le Courant communiste était dévolu au Parti africain de l’indépendance (PAI) de Majmouth Diop et le Courant conservateur au Mouvement républicain sénégalais (MRS) de Me Boubacar Guèye. 

Les tournées que Wade effectue à l’intérieur du pays, dès l’obtention du récépissé du PDS, et le discours musclé et critique qu’il distille sur la gestion du pouvoir senghorien, laisse transparaitre que le PDS est une véritable force d’opposition qui veut constituer une alternative à l’UPS. Et c’est surtout l’article 35 de la loi 76-27 du 6 avril 1976 qui fait du Premier ministre le dauphin constitutionnel du président en cas de vacance du pouvoir qui pousse Abdoulaye Wade à se poser comme l’opposant N°1 de Senghor. 

Ce dernier est sur le point de briser le rêve d’Abdoulaye Wade comme son successeur légitime et démocratique à la tête du pays. Les élections générales de 1978 seront les premières d’Abdoulaye Wade. Il est battu par Senghor avec un score stalinien de 82,02 % à la présidentielle et de 83 députés contre 17. Désormais le PDS est le premier parti d’opposition du Sénégal en face de l’UPS devenu Parti socialiste (PS). Ce qui semblait être un compromis pour appuyer le régime socialiste n’était en réalité qu’une ruse politique pour créer officiellement un parti et s’engager pour la conquête du pouvoir. 
  
Wade et la dynamique de la massification (de 1978 à 2000)  

Au sortir des élections de 1978 avec un groupe parlementaire, Abdoulaye Wade dispose d’une tribune pour croiser le fer avec les socialistes de plus en plus rejetés par les Sénégalais surtout par le front social. Les syndicats dirigés pour la plupart par des militants de partis politiques communistes interdits s’expriment à travers les mouvements de grève. D’ailleurs les luttes syndicales enclenchées depuis 1976 ont atteint leur paroxysme en 1979-1980 avec une forte paralysie du système scolaire. Et dans un tel bouillonnement politico-syndical ajouté au contexte politique africain marqué par la fréquence des coups d’Etat (9 coups d’Etat entre 1978 et 1980), Abdoulaye peut vouer aux gémonies Senghor, victime de l’usure du pouvoir. Mais l’annonce du retrait du pouvoir par Senghor en décembre 1980 fait l’effet d’un séisme chez Wade qui caresse l’espoir de le remplacer au pouvoir. L’article 35 est passé par là. 

Le PDS, victime de la transhumance 

Abdou Diouf installé aux commandes du pouvoir donne un nouvel espoir aux Sénégalais avec un discours de rupture. Déjà sept autres députés rallient le PS au point de faire perdre au Pds son groupe parlementaire. La plus marquante de ces défections est celle de Famara Mané, co-fondateur du PDS, qui a démissionné dudit parti pour rejoindre le PS le 15 janvier 1982 avant de se retrouver par la suite au consulat du Sénégal en Guinée Bissau. Mamadou Puritain Fall, président de l’Union des travailleurs libres sénégalais (UTLS), quitte le PDS en janvier 1982 pour devenir indépendant. Certains y ont vu une transhumance déguisée puisqu’il ne cessait de s’attaquer à ses collègues libéraux de l’Assemblée nationale. Ainsi entre 1978 et 1983, le nombre de députés libéraux passe de 18 à 10. 
  
Et aux élections présidentielle et législatives de 1983, Abdou Diouf améliore légèrement le score de son prédécesseur. Il obtient à la présidentielle 83,45% et Wade recule avec 14,79%. Sur les 120 députés, le PS rafle la mise avec 111 sièges et Wade se contente de la portion congrue de 8 députés. Soit un recul 11 députés par rapport à la législature précédente. Abdoulaye Wade dégringole et Diouf remet en selle un PS en quasi-déliquescence. 

La crise économique fut un héritage lourd à supporter. Et pour relancer la machine économique à l’arrêt, il faut se plier aux injonctions des Institutions de Bretton Woods. C’est l’ère des politiques d’ajustement structurel qui, par essence, sont antipopulaires. Le terrain pour massifier le PDS est favorable. Les années 84 à 88 sont troubles avec la résurgence des grèves scolaires, universitaires et syndicales, des manifestations publiques, des affrontements avec les forces de l’ordre et des voitures piégées. A ces troubles violents s’ajoute celui des rebelles casamançais qui revendiquent leur indépendance depuis que Diouf est a pris les rênes du pouvoir. 

Fara Ndiaye et Serigne Diop quittent le PDS 

Mais en 1986, Wade subit un coup dur. Fara Ndiaye, numéro du Pds, quitte la galaxie libérale. Il démissionne en même temps de son poste de député. Abdou Diouf en fait son Conseiller spécial en lui confiant le projet de Canal du Cayor. En 1987, son poulain Serigne Diop crée une scission avec la création du Pds/Rénovation. On soupçonne la main de Collin pour déstabiliser le PDS. La campagne électorale de 1988 bat son plein et Abdoulaye Wade draine du monde partout où il passe au point de laisser croire à une victoire certaine du Pape du Sopi. Cette année aussi, c’est l’année de l’émergence d’Idrissa Seck qui s’est fait distinguer par un message télévisé retentissant lors du temps de parole accordé aux partis en lice. 

Mais le code électoral qui manque de transparence favorise des fraudes massives. Diouf obtient 73,20 % et Wade améliore son score jusqu’à 25,80 %. Aux législatives, le PS se retrouve avec 103 députés, et le PDS remonte à 17. Malgré cette amélioration qui consacre la chute de Diouf et de son parti, Wade se déclare gagnant de ces élections au point de se retrouver en prison. La tension ne baisse de rythme que lorsque le leader du PDS est sorti de prison. Une table ronde inclusive entre le PS et les partis d’opposition est initiée pour discuter des problèmes politiques du Sénégal. Elle fera long feu puisque rien de concret n’y est sorti, certains accusant Jean Collin d’avoir, à travers ses plénipotentiaires, torpillé la table ronde. 

Wade et l’entrisme 

Avril 1991 est marqué par la restauration du poste de Premier ministre et l’entrisme. Ainsi entre avril 1991 et novembre 1992, Wade et certains de ses responsables se retrouvent dans le gouvernement de la «majorité présidentielle élargie» dirigé par Habib Thiam. Certains hommes politiques, avec qui ils partagent la même coalition, parlent de trahison. Aux élections de 1993, le pays bascule à nouveau dans la violence électorale avec comme point d’orgue l’assassinat du juge constitutionnel Babacar Sèye. Son score aussi bien à la présidentielle qu’aux législatives s’améliore tandis que son challenger Diouf chute dangereusement. 

Mais dans la même année, Jean-Paul Dias est exclu du PDS pour avoir critiqué ouvertement les choix du Secrétaire général national, en l’occurrence Me Wade. Entre 1995 et 1998, il participe à nouveau au gouvernement de la «majorité présidentielle élargie» du président Abdou Diouf. Même si ses entrées et sorties agacent certains de ses partisans ou alliés, il demeure que le Pape du Sopi ne démord pas de ses ambitions présidentielles. En 1998, il crée la CIS (Cellule d’initiatives et de stratégies) du PDS où il appelle tous les intellectuels à venir soutenir son projet politique. Et c’est à cette occasion que Macky Sall rallie le PDS pour diriger la CIS. 

Mais le 11 juin 1998, Ousmane Ngom démissionne du PDS et crée le Parti libéral sénégalais (PLS). Les législatives de 1998 sont un indicateur de la descente aux enfers du PS. Le PS n’est plus presque majoritaire avec ses 50,20 %. La cause principale est la sortie de Djibo Ka qui a emporté une bonne partie de l’électorat socialiste. Et en 2000, Abdou Diouf, lésé par le départ de Moustapha Niasse dans l’opposition, est battu par Abdoulaye au second tour, le 19 mars. Le PDS, qui n’avait pas encore atteint la popularité (quoique déclinante) du PS, s’attelle aux premières heures de l’alternance à massifier le parti sans morale politique. 

L’ère de la massification-transhumance 

Ainsi Idrissa Seck, directeur de cabinet du président Wade, théorise la transhumance à outrance et l’institutionnalise. Beaucoup de socialistes, qui étaient aux responsabilités sous le magistère de Diouf, ont tourné casaque quand ils étaient épinglés par des audits. La crainte de poursuites pénales ou la recherche de prébendes a poussé certains responsables socialistes à transhumer au Pds. Ils ont été absous curieusement par la justice. C’est le prix de la transhumance au nouveau pouvoir. 

 Ainsi Abdoulaye Diack, Aïda Mbodj, Sada Ndiaye, Léna Fall Diagne, Adama Sall, Abdourahmane Sow, Cora Fall, Mbaye Diouf, Aïda Ndiongue et sa sœur Bakhao et époux Mame Birame Diouf, la défunte Tieo Cissé Doucouré, André Sonko, Paul Ndong, Balla Moussa Daffé, Salif Bâ, feu Assane Diagne, Lobatt Fall, Alassane Dialy Ndiaye etc., quittèrent sans vergogne le navire socialiste qui tanguait dans les eaux troubles de la défaite électorale pour transhumer vers les prairies bleues. 

Les responsables socialistes pétris de convictions profondes comme Abdou Aziz Tall de la Lonase, qui refusaient de quitter le PS pour le PDS, ont été jetés en prison avant d’être blanchis. Abdoulaye Babou, transfuge socialiste, a transhumé à l’Alliance des Forces de progrès (AFP) avant d’être attiré par les sirènes bleues. Serigne Mbacké Ndiaye trahira sans scrupule son leader Abdou Rahim Agne avant rejoindre le PDS. Contrairement à Abdou Diouf, Abdoulaye Wade a toujours casqué des millions pour dérouler le tapis rouge aux transhumants socialistes. Ce qui pose un problème d’éthique politique. 

Toutefois, cette transhumance a pris de façon séquentielle une allure policée notamment avec les fusions-absorptions avec le parti au pouvoir. C’est le cas de la Convention des démocrates et des patriotes Garap-gi du professeur Iba Der Thiam qui s’est diluée dans le PDS depuis mai 2005. Ce dernier a été le chantre de «Abdo Niou Doy», mouvement politique qui soutient Abdou Diouf en 1988. 
Ainsi les Sénégalais se sont demandé pourquoi le PDS, qui a tant souffert de cette pathologie de la transhumance dans sa longue marche vers le pouvoir, l’a théorisée et encouragée dès son accession au pouvoir. 
  
Les effets pervers du pouvoir (2000-2012) 

Le pouvoir conquis, il fallait engager les réformes et procéder aux changements promis lors de la campagne électorale. La première à engager est institutionnelle. Il faut changer la Constitution et ramener le septennat à cinq ans. La nouvelle Loi fondamentale renforce les pouvoirs présidentiels au point que les premières lignes de fissure apparaissent entre le président de la République et deux de ses alliés en l’occurrence Talla Sylla et Amath Dansokho qui ont appelé à voter contre la nouvelle Constitution. En bon disciple de Machiavel, Wade n’est plus tenu de se respecter ses engagements. Son missi dominici Idrissa Seck manœuvre pour le limogeage du Premier ministre Moustapha Niasse et ses partisans et alliés. Mame Madior Boye subit le même sort après le drame du Joola. 

Les ambitions brisées d’Idrissa Seck 

Le 04 novembre 2002, Idrissa Seck accède à la Primature et met en place un réseau constitué, pour la plupart, de ses amis et fidèles partisans, lesquels se voient nommés à des postes stratégiques dans l’appareil étatique. C’est l’ère du fameux coup d’Etat rampant. Une dyarchie s’installe à la tête de l’Etat. Soupçonné de guigner le fauteuil présidentiel, il devient l’homme à abattre. Les faucons du palais exploitent le froid entre Wade et son Premier ministre pour liquider politiquement ce dernier. Les chantiers de Thiès seront le prétexte pour offrir à Idy un enterrement de première classe. 

Le Président Wade débarque «son fils» le 21 avril 2004 en l’accusant, lors d’un rassemblement politique, de malversations financières dans les chantiers de Thiès. Macky Sall s’installe à la Primature et fait sortir de terre les premiers chantiers de Wade. En juillet 2005, Idy est envoyé à Rebeuss pour six mois 17 jours au terme desquels il est libéré sur fond de moult tractations appelées pudiquement «le protocole de Rebeuss». Mais en 2004, Karim Wade, jusque-là conseiller de son père, se voit confier l’organisation de l’OCI avec Abdoulaye Baldé. 

Kyrielle de scandales financiers 

De 2000 à 2012, le pouvoir de Wade est caractérisé par une kyrielle de scandales financiers dont les plus remarquables sont la réparation de l’avion présidentiel à hauteur de 10 milliards et l’indemnisation d’une partie de la famille du juge Babacar Sèye assassiné en 1993 à 200 millions de francs CFA dans la plus stricte opacité. Les 7 milliards de Taïwan destinés à des projets sociaux seront gracieusement distribués aux ministres même si après l’éclatement du scandale, l’alors Premier ministre, Macky  Sall, a procédé à un simulacre de répartition publique des fonds incriminés. 

Jamais Karim Wade n’a rendu compte des 432 milliards dépensés pour l’Anoci. Les responsables libéraux avec à leur tête leur mentor sont tellement préoccupés par la course à l’enrichissement que l’organisation du Pds en pâtit. Mais cela n’empêchera à Wade d’être réélu en 2007 à la présidence de la République. Aux scandales financiers s’ajoutent ceux des tripatouillages constitutionnels. En 2008, le renouvellement des instances du Pds aboutit à un flop. Seule la constante Wade décide de la vie et de la mort de ses militants. 

L’émergence de la "Génération du concret" 

Mais il faut aussi signaler que, depuis que le chef de l’Etat a lancé en 2004 les travaux de l’Agence nationale pour l’organisation de la conférence islamique dont le fils Karim Wade est le président du conseil de surveillance, une rivalité sourde et feutrée est née entre ce dernier et le Premier ministre Macky. Le mouvement qu’il dirige appelé «Génération du concret (G.C)», tisse sa toile en infestant et en investissant les fédérations du parti fondé par son propre père. 

Cette G.C, sous la houlette de Karim Wade et de Hassan Bâ membre de la cellule de communication du Président, a battu sa campagne électorale parallèle en investissant, mallette d’argent en main, la banlieue qui capitalise l’essentiel de l’électorat du département de Dakar. Au lendemain de sa victoire au premier tour à l’élection présidentielle, Macky est porté en triomphe par l’heureux élu et plusieurs militants libéraux. Cette victoire qui augmente sa crédibilité et conforte sa puissance lui attire encore des inimitiés au sein même du PDS. 

Et avant même que le Conseil constitutionnel ne valide officiellement les résultats, Abdoulaye Wade organise une conférence de presse où il sabre les principaux ténors de l’opposition que sont Ousmane Tanor Dieng, Moustapha Niasse, Amath Dansokho et Idrissa Seck en les menaçant de réactiver certains dossiers judiciaires comme pour leur dire de se tenir à carreau. Par la même occasion, il dresse le profil de celui qui doit lui succéder un jour ou l’autre à la tête du pays. 

Ce portrait correspond typiquement à celui de son fil bien-aimé Karim, leader de la Génération du concret et président du conseil de surveillance de l’Anoci. Ce dernier développe un réseau de fidèles et d’opportunistes dans le cadre non-officiel de la Génération du concret. Il a son pré-carré ministériel dans le gouvernement. Ladite structure devait être la rampe de lancement pour permettre à Karim Wade d’accéder au palais. Désormais, Wade père manœuvre pour adouber son fils. Le parti ne l’intéresse plus mais seulement la carrière politique de Karim. 

La fronde anti-Macky en branle 

Pendant la campagne des législatives de 2007, Abdoulaye Baldé qui est le directeur exécutif de l’Anoci et second de Karim a été le premier à ouvrir le feu sur Macky en l’accusant de ne pas lui avoir pas donné son budget de campagne pour sa localité Ziguinchor. Ces diatribes constituent les prodromes de la  fronde anti-Macky. Partout où le PM Macky passe, les «concrétistes» l’accueillent avec des pancartes estampillées G.C. et ponctuées de huées. Dès fois, les partisans des deux camps antagoniques en viennent aux mains. C’est comme si c’est à défaut d’avoir sur le terrain l’opposition significative, qu’ils se dénigrent et se battent entre eux. 

A l’instar de la présidentielle, la victoire aux législatives est brillante même si le boycott de l’opposition a assombri cette nouvelle performance de Macky. Maintenant que la présidentielle a été gagnée et les législatives remportées, voici venue l’heure de se séparer de ce fils d’emprunt qui gagne de jour en jour de l’estime et de la popularité chez bon nombre de citoyens. D’abord grâce aux nombreux chantiers réalisés en quatre ans de primature et ensuite à ses succès électoraux. 

Et le 15 octobre 2007, depuis l’Arabie Saoudite, le ministre Farba Senghor sonne la charge en accusant Macky d’être irresponsable en s’attaquant à sa famille notamment à son fils. Le 21 octobre, le jeune Mouhamed Lamine Mansaly, Président du conseil d’administration de la Société des Infrastructures de réparation navale (Sirn) accuse au cours d’un point de presse Macky d’avoir acquis des biens immobiliers aux Etats-Unis dans des conditions qui défient toute orthodoxie et d’avoir irrégulièrement convoqué le président de l’Anoci. Le 24 octobre Khoureychi Thiam, député à l’Assemblée nationale exige au cours d’une conférence de presse la destitution de Macky de son poste de N°2 du parti et de celui du président de l’Assemblée nationale. Et le 28 octobre, le député Abdou Fall vice-président à l’Assemblée nationale, sur les ondes de Sud FM, enfonce le clou en demandant à Macky «d’aller discuter avec son patron ou rendre le tablier». 

Macky tire sa révérence 

Pour délester Macky de son pouvoir constitutionnel de remplacer le Président en cas d’empêchement ou de décès, le mercredi 23 juin 2008, le congrès du Parlement (réunissant Sénat et Assemblée nationale) est convoqué par décret présidentiel pour voter le règlement intérieur qui donne la prééminence de la Chambre haute sur la Chambre basse. 
Ainsi le Président du Sénat Pape Diop et ses huit vice-présidents deviennent les supérieurs hiérarchiques du Président de l’Assemblée nationale. La loi Sada  Ndiaye 2008-67 relative à la modification de l’article 62 de la Constitution visant la réduction du mandat en cours du président de l’Assemblée nationale de cinq à un an est votée puis promulguée. Et le 09 novembre 2008, Macky rend le tablier pour créer quelque temps après l’Alliance pour la République (APR). 

Rêves brisés de Karim Wade 

Mais les locales de 2009 qui doivent servir de tremplin à Karim pour accéder à la stratégique mairie de Dakar anéantissent le rêve de ce dernier. Mais obnubilé par la carrière politique de son fils, il le nomme, la même année, ministre avec 4 portefeuilles juteux (Infrastructures, Coopération internationale, Transports aériens et de Energie). Karim et ses courtisans concrétistes développent une excroissance au sein du PDS. Etant confronté à un problème de succession dans son parti, Abdoulaye Wade annonce en septembre 2009 sa candidature à la présidentielle de 2012 pour un troisième mandat. Et en 2011, il porte un projet de loi instituant le ticket présidentiel qui instaurerait l’élection simultanée du président de la République avec seulement 25 % des suffrages exprimés. 

On accuse Wade de dévolution monarchique du pouvoir. Mais le peuple à travers les organisations politiques et la société civile est déterminé à barrer la route aux Wade. Le projet de loi sur le ticket présidentiel est retiré grâce à la détermination du peuple du M23 mais la candidature à un troisième mandat est validée par le Conseil constitutionnel sur fond de violence mortifère. Et le 25 mars 2012, Wade et le PDS retourne dans l’opposition. Le parti qui voulait rester au pouvoir, pour au moins un demi-siècle, n’aura fait 12 ans à cause des calculs politiciens de son chef Abdoulaye Wade.             

La saignée après la chute 

Au soir de sa déchéance, la donne change. Le retour dans l’opposition pour le PDS s’avère dur. Abdoulaye Wade confie les rênes du PDS à Omar Sarr. Si Wade a choisi le moins charismatique de ses responsables, c’est pour lui demander de chauffer la place en attendant de connaître le sort de son fils traqué pour enrichissement illicite. Mais le parti libéral connait dès les premières heures d’opposition des défections majeures, surtout, lorsque la traque des biens mal acquis est lancée. 

Pape Diop crée son parti et rompt avec le PDS suivi en cela par Abdoulaye Baldé, Alioune Sow, Thierno Lô, Aminata Lô, Sitor Ndour, Kalidou Diallo et Abdou Fall. Aïda Mbodj, Habib Sy, Serigne Mbacké Ndiaye créent leurs courants politiques et «restent» au sein du PDS. Adama Sall, Serigne Mboup « Pétrosen », Ndèye Khady Diop, Innocence Ntap, Awa Ndiaye, Adama Ba, Ngoné Ndoye, El Hadji Malick Guèye tournent casaque et déposent leurs baluchons à l’APR. 

Ousmane Ngom a créé sa structure politique qui, en réalité, n’est qu’un mouvement de soutien à l’APR du président Macky Sall. Aïda Mbodj a fondé son mouvement politique «Alliance Nationale pour la Démocratie/Saxal Sénégal» tout en restant au sein du Pds. Habib Sy a fait de même avec sa «Vision pour un Sénégal nouveau». Serigne Mbacké Ndiaye a mis sur pied son courant politique «Convergence libérale patriotique» qui s’est mué en parti politique ou mouvement de soutien à l’APR. Modou Diagne Fada, accusé d’activités fractionnistes a été exclu du PDS avant de créer sa propre formation politique. Souleymane Ndéné Ndiaye a fait de même quand Karim Wade a été investi candidat du PDS en 2019. 

Un problème de leadership 

Un problème de leadership se pose et Wade s’impose toujours comme la seule constante. Omar Sarr n’a pas l’étoffe d’un leader. Avant qu’Abdoulaye ne fasse un retour au Sénégal presque après deux ans d’absence, le coordonnateur du PDS ne parvenait même pas à diriger les rares réunions du Comité directeur. Les caciques libéraux tels que Madické Niang, Cheikh Tidiane Sy, Ousmane Ngom, Mamadou Seck semblent avoir pris leur retraite politique. Karim Wade, investi candidat du PDS pour 2019, et exilé à Qatar, ne parvient pas à contrôler le parti. 

Aujourd’hui la saignée continue avec l’exclusion d’apparatchiks tels que Farba Senghor et Pape Samba Mboup. Mais le comportement de ces derniers, qui faisaient une tournée nationale pour désavouer le candidat du PDS et jeter l’opprobre sur Omar Sarr, était suspect. D’ailleurs, une telle attitude laisse croire, pour certains libéraux, que ces deux pontes libéraux qui n’ont aucune base populaire, sont les taupes de Macky au sein du PDS. Au plan symbolique, un pan est tombé, mais au plan politique, l’exclusion de ces deux apparatchiks n’entame en rien la représentativité populaire du parti d’Abdoulaye Wade. 

Serigne Saliou Guèye 
Dirpub Lessentiel.sn

Exclusion de Mboup et Farba Senghor – Les «visiteurs de minuit» vus au grand jour ?
Le fait a été à l’ordre du jour dans la journée du mardi 28 mars 2017. Au cours de la soirée de lundi 27 mars, la hiérarchie du Pds sortait -comme annoncé en exclusivité par dakarposte- un communiqué pour annoncer l’exclusion des «frères» Pape Samba Mboup et Farba Senghor du parti de Wade.
Aussitôt, la presse s’est intéressée aux réactions de ces derniers et, dès les premières éditions du matin du mardi on pouvait connaître la réaction des incriminés. Ils avaient déjà répondu aux questions des «requins» de l’information tapis dans les rédactions des radios privées et leurs propos avaient fait la Une des quotidiens. Mboup en rigole encore, Farba Senghor ne décolère pas contre Karim Wade qu’il accuse d’être à la base de cette décision.
Si l’un et l’autre ont des attitudes différentes face à leur exclusion, les deux ne s’en remettent pas au fond car, hors du Pds ils perdent leur crédibilité et donc leur… âme politique.
En faisant montre de sarcasme, Mboup semble faire croire que le Pds ne l’intéresse guère car il n’y est devenu une personnalité importante que par le bon vouloir de maître Wade.
Or Wade ne peut plus revenir au pouvoir et… Karim était l’un des personnages qu’il n’a jamais pu piffer pendant les douze années d’opulence qu’il a connues aux côtés d’un président de la République. De même que Farba Senghor dont l’arrogance et le manque de culture urbaine avaient largement participé à la perte du pouvoir par le régime de Wade. Le même Farba Senghor a toujours combattu tous les numéros deux que Wade avait librement choisis.
De Mame Madior Boye à Idrissa Seck, en passant par Macky Sall et Souleymane Ndéné Ndiaye, Farba Senghor a toujours été parmi les faucons les plus agressifs contre les numéros deux du Pds. Il a été de tous les combats pour virer les responsables les plus proches que le président et patron du Pds s choisissait mais il n’a jamais été apprécié ni par les militants libéraux, ni par les Sénégalais lambda qui, d’ailleurs ont largement exprimé cette opinion avec la défaite de Wade en 2012.
Tout comme Pape Samba Mboup, Farba Senghor n’a pas aimé la montée en puissance de Karim Wade et de la «Génération du concret» qui, de 2009 (date qui correspond aux élections municipales perdues à Dakar par le Pds) à 2012 a infiltré et infesté le parti en imposant ses militants à Pa’ Wade.
Mboup et Farba ont pourtant tous bénéficié de la générosité de Wade car leur cursus assez modeste ne leur aurait jamais permis d’atteindre les positions qu’ils occupaient entre 2000 et 2012. S’ils ont pu avoir villas, voitures et liquidités à volonté il leur manque sans doute un compte en banque très fourni ces derniers temps parce qu’ils ont «mangé leur pain en blé». Face à la dure réalité, incapables d’adhérer directement à l’Apr parce qu’ils tirent le diable par la queue mais ne souhaitent pas que cela se sche, ils sont sur la «voie de contournement» que décriait Abdoulaye Wade au lendemain de la perte du pouvoir.
On les appelle les «visiteurs de minuit de Macky Sall», non sans raison car la plupart d’entre eux ne peuvent justifier les  fortes dépenses en carburant, frais d’hôtels et «motivation» des troupes folkloriques qui les accueillent dans les départements et villages qu’ils visitent sans qu’ils ne soient mandatés par le Pds s’ils ne sont financés de manière occulte. Même s’ils prétendent avoir l’onction de Wade pour dire leur position car le Pds «accepte l’existence de courants en son sein», même s’ils prétendent que le candidat officiel du Pds, Karim Wade n’est pas libre de ses mouvements et qu’il convient en conséquence de préparer un plan B dans la perspective de la présidentielle de 2017, ce n’est pas une raison valable pour critiquer les décisions du Pds prises depuis Paris ou… Doha car c’est de là que doivent provenir les directives des décideurs. Wade, premier décideur a imposé Karim, son fils comme candidat du Pds aux prochaines présidentielles alors que ce dernier était en prison. Il avait, auparavant décidé que son «intérimaire» dans le parti n’est autre qu’Oumar Sarr, celui qui hormis le défunt Laye Diop Diatta a toujours battu le Ps et les autres adversaires du Pds à Dagana.
Wade est donc toujours le chef du Pds malgré son âge et son retrait (et non pas sa retraite) dans sa résidence de Versailles. Comme le dieu du Pds, Oumar Sarr est son représentant sur la terre du Sénégal et s’opposer aux directives et recommandations de ce dernier correspond à… s’allier à Cheytaan Apr.
Farba Senghor et Pape Samba Mboup risquent de faire les frais de leur inconséquence car il ne leur reste plus, s’ils veulent aller au bout de leur logique qu’à rallier un «frère libéral» chef d’un parti où les transhumants sont les bienvenus juste lorsque leur nom apparaît dans la presse comme nouveaux membres de l’Apr. Transhumance par voie de contournement !
En vérité il n’y aura aucune conséquence majeure pour le Pds car ces deux responsables élus ont toujours été parachutés par Wade et, aujourd’hui, leur train de vie habituel est en cause. Mboup s’est fait élire à la municipalité de Grand Yoff au titre de conseiller du quartier Khar Yalla mais il n’a jamais siégé. Farba a quitté son village de Nguelou pour briguer la mairie du Plateau à Dakar, il a été écrasé. Ne pouvant donc, par leur absence de représentativité dans le Pds revendiquer légitimement leur présence sur une liste pour les législatives, ils ont multiplié les manœuvres pour se rapprocher du salon où l’on donne l’argent au-delà de minuit. C’est la vision d’un des analystes anonymes de Dakarposte et, à y regarder de près ceci explique sans doute cela.

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