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Affaire Softcare : le rapport parlementaire met à nu les failles du système de contrôle sanitaire

Rédigé par Dakarposte le Vendredi 2 Octobre 2026 à 13:19 modifié le Vendredi 2 Octobre 2026 - 15:19

L’affaire Softcare, née d’une controverse sur la présence présumée de matières premières périmées dans une unité de fabrication de couches pour bébés et de serviettes hygiéniques à Sindia, connaît un nouveau tournant avec les conclusions de la mission d’information parlementaire. Au-delà du cas particulier de l’entreprise, le rapport met en lumière des insuffisances préoccupantes en matière de traçabilité, de contrôle, de gestion des stocks et de coordination institutionnelle.

L’affaire avait éclaté en décembre 2025, lorsque l’Agence sénégalaise de Réglementation pharmaceutique (ARP) avait ordonné le retrait du marché des produits Softcare après la découverte de matières premières périmées sur le site de production.

Une semaine plus tard, l’Agence était revenue sur cette décision en indiquant que ces matières n’avaient pas été utilisées dans la fabrication des produits commercialisés. Cette volte-face avait suscité une vive polémique et conduit les autorités à diligenter des investigations complémentaires.

Face aux interrogations persistantes, l’Assemblée nationale avait installé, le 5 janvier 2026, une mission d’information parlementaire chargée d’examiner les conditions de commercialisation des produits Softcare. Composée de onze députés, cette mission a conduit des auditions, recueilli des documents administratifs et techniques et procédé à une visite du site de Sindia, avec pour objectif de reconstituer la chronologie des faits, d’examiner la cohérence des procédures engagées et d’identifier d’éventuelles responsabilités administratives

Au terme de ses investigations, le rapport parlementaire fait apparaître plusieurs zones d’ombre. Il établit notamment la présence, sur le site industriel, de matières premières arrivées à expiration. Une partie de ces stocks, soit 2 260 kilogrammes selon les éléments du rapport, aurait par la suite été détruite par incinération. Toutefois, les parlementaires relèvent des insuffisances dans l’historique des stocks transmis par l’entreprise, notamment des lacunes chronologiques qui compliquent la reconstitution exhaustive du circuit des matières premières.

Le rapport fait également état de témoignages et de communications électroniques, notamment des échanges par messages vocaux et écrits, faisant référence à l’utilisation habituelle de matières arrivées à expiration.
Ces éléments constituent des indices versés au dossier, mais la mission souligne parallèlement une limite essentielle : les méthodes analytiques disponibles ne permettent pas, a posteriori, d’établir avec une certitude scientifique que ces matières périmées ont effectivement été incorporées aux produits finis.

Cette nuance est déterminante. La présence de matières périmées dans l’environnement de production est documentée, mais leur utilisation effective dans la fabrication des couches et serviettes hygiéniques demeure, sur le plan scientifique, insuffisamment démontrée. Le rapport ne saurait donc être réduit à la confirmation d’une utilisation avérée de matières périmées dans les produits commercialisés.

En revanche, les parlementaires pointent des dysfonctionnements importants dans la chaîne de contrôle. Ils relèvent notamment une absence de mise sous scellés lors des premières opérations d’inspection ainsi que des difficultés dans la conservation et la traçabilité des éléments susceptibles de servir de preuves. Le rapport met également en évidence ce qu’il qualifie de « rupture d’alignement interne » au sein de l’ARP, sur fond de communications publiques successives et contradictoires.

Cette succession de décisions a considérablement brouillé la lisibilité du dossier. Après le retrait des produits, l’ARP avait finalement assuré que les matières périmées découvertes sur le site n’avaient pas été utilisées dans leur fabrication.

En mars 2026, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Ibrahima Sy, avait à son tour indiqué que l’enquête conjointe n’avait pas permis d’identifier de risque sanitaire tangible, tout en reconnaissant que la présence de matières périmées dans la zone de production constituait un manquement au système de gestion de la qualité et aux bonnes pratiques de stockage.

Le dossier révèle par ailleurs une faiblesse plus structurelle : l’inachèvement du cadre réglementaire applicable aux produits cosmétiques et d’hygiène corporelle.

La loi n° 2023-06 attend toujours, selon les conclusions rapportées, son décret d’application, laissant subsister une zone d’incertitude normative dans un secteur directement lié à la protection des consommateurs.

C’est précisément sur ce terrain que la mission parlementaire formule plusieurs recommandations. Elle préconise notamment l’adoption urgente du décret d’application de la loi concernée, le renforcement des pouvoirs d’inspection et l’interdiction stricte de la détention de matières premières périmées dans les unités de production.

Les députés recommandent également aux industriels de se doter de systèmes informatisés de gestion des stocks permettant une traçabilité sécurisée et infalsifiable. Ils préconisent, dans le même esprit, une meilleure coordination entre les administrations compétentes — Santé, Commerce, Industrie et Douanes — ainsi qu’un mécanisme de validation technique préalable des communications publiques de l’ARP afin de prévenir les contradictions susceptibles d’alimenter la confusion dans l’opinion.

L’affaire Softcare apparaît ainsi moins comme le simple contentieux d’une entreprise que comme le révélateur des fragilités d’un dispositif de contrôle qui doit encore gagner en cohérence, en traçabilité et en capacité de réaction. La mission parlementaire, dont les travaux avaient été prolongés jusqu’au 5 avril 2026 pour permettre l’achèvement des investigations, entend précisément tirer les enseignements institutionnels de cette séquence.


Au-delà de la question de savoir si des matières périmées ont effectivement été incorporées aux produits finis — ce que les éléments scientifiques disponibles ne permettent pas d'établir avec certitude —, le dossier met donc en évidence une réalité plus difficile à éluder : la nécessité de renforcer durablement la chaîne de contrôle, de la réception des matières premières jusqu’à la mise sur le marché, afin de garantir la sécurité des consommateurs et de restaurer la confiance dans les mécanismes de régulation sanitaire.

Mamadou Ndiaye

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