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CHRONIQUE DU LUNDI- La Constitution ne vote pas- Ce que dit le porte-parole de la Présidence, et ce que lui répondra le scrutin majoritaire (Par Mamadou THIAM)

Rédigé par Dakarposte le Dimanche 8 Novembre 2026 à 21:27 modifié le Dimanche 8 Novembre 2026 - 22:29

CHRONIQUE DU LUNDI- La Constitution ne vote pas- Ce que dit le porte-parole de la Présidence, et ce que lui répondra le scrutin majoritaire (Par Mamadou THIAM)
La phrase a l’élégance des formules d’avocat. « Le Président n’a pas besoin de mobilisation partisane pour protéger la République : il a la Constitution, et il l’utilisera. » Me Abdoulaye Tine, ministre-conseiller et porte-parole de la Présidence, y ajoute un avertissement : le moment venu, le chef de l’État fera usage « de toutes les potentialités et prérogatives » que la Constitution lui confère. Tout le propos repose sur ce pari. Reste à savoir si la Constitution suffit là où le porte-parole l’invoque.

Le contexte d’abord, parce qu’il donne à la phrase son poids. Le 3 novembre, l’Assemblée nationale a rejeté la loi de finances rectificative pour 2026, après deux rejets en commission. La loi de finances initiale pour 2027 attend son tour. Ce blocage survient dans une fragilité financière déjà prononcée.

Le 29 octobre, Moody’s a encore abaissé la note du Sénégal, surtout en raison des pertes attendues pour les créanciers privés dans la restructuration de la dette. Le programme convenu avec les services du FMI suppose, lui, l’adoption du cadre budgétaire. Le blocage n’est plus une menace : c’est un fait, qui pèse sur un pays déjà privé de marges.



Une phrase, deux destinataires

Le premier destinataire va de soi. La majorité Pastef est invitée au dialogue institutionnel, tout en étant prévenue que le Président dispose d’autres armes.

Au lendemain du rejet, le ministre des Finances, Cheikh Diba, avait dit la même chose autrement : le Président prendra les dispositions qu’il faut. Sur ce point, l’exécutif parle d’une seule voix.

Le second destinataire se trouve dans le camp présidentiel lui-même. En une semaine, les appels au rassemblement se sont succédé. Le 31 octobre, Moubarack Lo, maire de Niomré et frère du Premier ministre, propose un « Grand Rassemblement républicain et citoyen », du gouvernement d’union nationale jusqu’à la dissolution.

Le 2 novembre, le ministre Abdourahmane Diouf, vice-secrétaire général et responsable de la communication de Kiiraay, appelle l’APR, le Rewmi, le PDS et l’AFP à former un « arc républicain » en convergence avec le Président.

Le 5 novembre, l’APR plaide à son tour pour un large rassemblement, mais dirigé contre « les deux factions au pouvoir » plutôt qu’autour du chef de l’État.
C’est à ces appels que répond la phrase de Me Tine, sans les nommer.



Le parti n’est pas la Présidence

On aurait tort d’y voir d’emblée une cacophonie. Le mot « partisane » est exact : l’appel le plus explicite vient du numéro deux de Kiiraay. La Présidence rappelle ainsi une distinction que notre vie politique a souvent brouillée, entre la fonction présidentielle et l’appareil qui la soutient. Le parti cherche des alliés ; le Président, lui, se réclame de la Constitution.

Cette distinction protège aussi le chef de l’État d’un soupçon symétrique. Porté hier par Pastef, il ne peut paraître demain sous la tutelle d’une coalition d’anciens adversaires.

La lecture n’efface pas toutes les difficultés. Abdourahmane Diouf est ministre autant que dirigeant de parti, et Moubarack Lo n’a rien d’un militant de Kiiraay. Quand la Présidence écarte des propositions venues d’un membre du gouvernement et de l’entourage du Premier ministre, l’opinion entend moins une répartition des rôles qu’un recadrage. Partition concertée ou défaut de coordination ? Rien, à ce stade, ne permet de le dire. Un mot de reconnaissance envers ces initiatives aurait suffi à tenir le cap sans laisser le sentiment d’un désaveu.


Le 2 décembre et l’arithmétique départementale

Reste la question de fond : que recouvrent ces « prérogatives » ? Le porte-parole ne le dit pas, et l’imprécision est sans doute voulue. Le calendrier, lui, parle. L’article 87 de la Constitution interdit la dissolution pendant les deux premières années de la législature. Installée le 2 décembre 2024, l’Assemblée deviendrait dissoluble, selon la lecture qu’en fait Moubarack Lo, à compter du 2 décembre prochain. « Le moment venu » a donc probablement une date.

La dissolution reste pourtant une arme à un coup. Elle ouvre des législatives anticipées à brève échéance, et la nouvelle Assemblée ne pourra plus être dissoute avant deux ans. Si Pastef retrouvait une majorité, le Président ferait face, jusqu’aux abords de 2029, à une Assemblée hostile et relégitimée par les urnes, sans plus aucun recours. L’échec ne suppose d’ailleurs pas un retour de Pastef en force. Une Assemblée éclatée, sans majorité présidentielle fiable, reproduirait le blocage sous une autre forme, avec la même interdiction de dissoudre.

Or le mode de scrutin ne pardonne pas la dispersion. Sur les 165 députés, 112 sont élus au scrutin majoritaire à un tour, dont 97 dans les départements de l’intérieur et 15 dans les circonscriptions de l’extérieur ; les 53 autres relèvent de la proportionnelle nationale. Dans chaque circonscription, la liste arrivée en tête emporte les sièges attribués, fût-ce avec une voix d’avance. En novembre 2024, Pastef a obtenu 130 sièges avec un peu moins de 55 % des suffrages, dont 101 des 112 sièges majoritaires.

Face à des listes séparées de Kiiraay, de l’APR, du PDS et des autres, une formation plafonnant autour de 40 % pourrait encore remporter l’essentiel des circonscriptions. Sa victoire tiendrait alors moins à sa propre force qu’à l’incapacité de ses concurrents à additionner leurs voix. L’hypothèse se pose avec prudence, car nul ne sait ce que pèse aujourd’hui chacun. Le mécanisme, en revanche, est connu de tous.


Ce que la Constitution ne donne pas

C’est ici que la formule du porte-parole touche sa limite. La Constitution donne au Président le droit de dissoudre ; elle ne lui donne pas les voix de la majorité suivante. Elle l’autorise à soumettre une réforme au référendum ; elle ne mène pas la campagne à sa place.
Pour tenir, le chef de l’État peut se passer de soutiens. Pour l’emporter dans une dissolution, sous ce mode de scrutin, il lui faudra des listes communes, circonscription par circonscription, donc des alliés.

Une lecture plus favorable demeure possible. En refusant aujourd’hui toute mobilisation, la Présidence éviterait de se lier trop tôt. Elle garderait la main durant la courte fenêtre qui précède le choix entre dissolution et compromis parlementaire, pour négocier ensuite en arbitre plutôt qu’en demandeur. Le calcul se défend. Il comporte un risque : des alliés éconduits en public peuvent se lasser, ou s’organiser sans lui.

La phrase de Me Tine dit vrai sur l’essentiel : la sortie de crise passe par les institutions, non par la rue. Elle dit moins vrai lorsqu’elle laisse entendre que les institutions dispensent de la politique. L’inverse vaut tout autant : aucune coalition, si large soit-elle, ne dispense du respect des institutions. Le wolof le résume depuis longtemps : benn loxo du tàccu. Une seule main n’applaudit pas, fût-elle celle qui tient la Constitution.



Istanbul, le samedi 7 novembre 2026
Mamadou THIAM
Expert en Stratégies, Performance et Transition
mamadouthiam@hotmail.com

CHRONIQUE DU LUNDI- La Constitution ne vote pas- Ce que dit le porte-parole de la Présidence, et ce que lui répondra le scrutin majoritaire (Par Mamadou THIAM)

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