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CONFÉRENCE RÉGIONALE SUR « LA RÉINSERTION SOCIALE ET L’ACCOMPAGNEMENT AVANT ET APRÈS LA SORTIE DE PRISON- LE DISCOURS DU MINISTRE DE LA JUSTICE Me MOUSSA SARR

Rédigé par Dakarposte le Jeudi 29 Octobre 2026 à 12:12 modifié le Jeudi 29 Octobre 2026 - 13:12

Chaque jour, des femmes et des hommes franchissent, au terme de leur peine, le seuil d’un établissement pénitentiaire. Pour la société la sanction est exécutée alors que pour eux, tout recommence.

Cette réalité pose une question à laquelle nul ne peut se dérober. Que voulons-nous qu’il advienne d’un homme ou d’une femme au terme de sa détention ?

Cette réflexion engage notre conception de la justice et le sens que nous donnons à la peine. Elle sera au cœur de vos travaux durant ces deux journées.

Avant d’aborder ces enjeux, permettez-moi de souhaiter à nos hôtes venus d’Allemagne, du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie la bienvenue à Dakar, terre africaine de la Teranga.

Vous êtes ici chez vous. Votre présence témoigne de la vitalité des liens qui unissent nos Administrations, et d’une conviction que nous partageons, celle qu’aucun pays ne relève seul le défi de la réinsertion.

Madame la Secrétaire d’État, vous avez tenu à être des nôtres, au nom du Ministère fédéral de la Justice et de la Protection des consommateurs comme à la tête de l’IRZ.

Ce geste nous honore, et je vous en exprime ma profonde gratitude. Il reflète la confiance qui s’est construite entre nos deux ministères depuis 2020.

Notre coopération a fait de l’humanisation du droit pénal et du système pénitentiaire l’un de ses axes majeurs. Elle trouve aujourd’hui une nouvelle traduction concrète.

Je remercie également Monsieur Christian JOHNSON, Directeur général de l’IRZ, ainsi que ses équipes.

Depuis 2021, la Fondation accompagne notre Administration pénitentiaire sur la préparation à la libération, le soutien psychologique des personnes détenues et la formation du personnel. La présente conférence prolonge ce chemin.

Je félicite enfin l’École nationale d’Administration pénitentiaire, et en particulier son Directeur, l’Inspecteur Mbaye SARR, pour cette initiative pertinente.

Elle traduit la volonté de l’École de faire de la formation et de la réflexion scientifique des leviers de modernisation de notre Administration pénitentiaire.

Je l’encourage vivement à poursuivre cette dynamique d’ouverture, d’innovation pédagogique et de coopération internationale.


Mesdames et Messieurs,

Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Diakhar FAYE, Président de la République, a fait du respect de la dignité des personnes détenues une exigence de sa politique pénale.

Le 23 juillet dernier, recevant le rapport de l’Observateur national des Lieux de Privation de Liberté, il a qualifié ce rendez- vous de moment de vérité sur la manière dont l’État traite ceux qu’il prive de liberté.

Il a appelé, à cette occasion, à développer les peines alternatives à l’emprisonnement, à mieux encadrer la détention provisoire et à finaliser le statut des agents de l’Administration pénitentiaire, préalable à un futur Code pénitentiaire.

Quelques jours plus tard, devant la Commission nationale des Droits de l’homme, il rappelait que « la liberté reste le principe et la détention l’exception ».

Ces orientations tracent notre feuille de route, et notre rencontre en est l’une des déclinaisons.
La réinsertion prolonge naturellement l’exigence du Chef de l’État, puisqu’elle prépare le jour où la détention prend fin.


La réussite de la politique de réinsertion repose d’abord sur les femmes et les hommes qui exercent, chaque jour, la mission pénitentiaire.

Elle requiert un personnel en nombre suffisant, formé aux réalités du métier. C’est dans cet esprit que le Premier Ministre vient d’autoriser, au titre de l’année 2026, quatre cent dix-huit recrutements au sein de l’Administration pénitentiaire. Ils concernent deux (02) inspecteurs, six (06) contrôleurs, dix (10) agents administratifs et quatre cents (400) surveillants.

Ces renforts allégeront la charge de travail actuelle et permettront de mieux concilier la sécurité des établissements et l’accompagnement des personnes détenues.

Distingués invités,

Au-delà des moyens, c’est notre regard sur la prison qui doit se renouveler. Celle-ci a longtemps été pensée comme un lieu de mise à l’écart. L’évolution de la pensée pénale a élargi cette vision. La peine sanctionne et protège la collectivité, mais elle doit aussi préparer le retour de la personne condamnée.

Les Règles minima des Nations unies pour le traitement des détenus, dites Règles Nelson Mandela, l’affirment avec clarté. La protection de la société et la réduction de la récidive ne peuvent être atteintes que si la période de détention sert, autant que possible, à préparer la réinsertion.
Punir ne signifie donc pas renoncer à reconstruire.

La sécurité, la discipline et le respect de l’autorité restent indispensables en détention. Ils ne sauraient cependant constituer, à eux seuls, l’horizon du service public pénitentiaire.

Cet horizon est d’autant plus nécessaire que la sortie de prison ouvre souvent une autre épreuve. Il faut renouer avec sa famille, sa communauté, trouver un emploi, un logement, et affronter les préjugés.

La porte de la prison peut s’ouvrir en une seconde mais il faut parfois des années pour rebâtir une vie.

C’est pourquoi la préparation à la réinsertion doit commencer dès l’incarcération, se poursuivre pendant toute la détention et trouver son prolongement après la sortie par des mesures d’accompagnement. À défaut, la personne libérée retombe dans l’isolement, et la récidive guette, au détriment des familles et de la sécurité collective.
La réinsertion n’efface pas la peine. Toutefois, elle donne un sens à l’après-peine.


Notre Administration pénitentiaire s’est engagée dans cette voie.

C’est dans ce cadre qu’elle a mis en place deux boulangeries de la réinsertion, une unité de production laitière, un centre de formation industrielle, un garage mécanique, des ateliers de couture et une galerie de la réinsertion, qui offrent aux personnes détenues l’occasion d’apprendre un métier et de valoriser leurs compétences.

Ces initiatives traduisent la vision du Directeur général de l’Administration pénitentiaire et le dévouement de l’ensemble des personnels, qui les font vivre avec des moyens souvent limités.

Qu’il me soit permis, à cet instant, de leur rendre hommage.

Le rôle de ces personnels ne s’arrête pas là. Par leur contact quotidien avec les personnes détenues, ils repèrent les besoins et soutiennent les efforts de chacun.

Ils occupent ainsi une place déterminante. Leur formation, au cœur de vos travaux, conditionne la réussite de toute politique de réinsertion.

Le Ministère de la Justice nourrit une autre ambition, celle de faire de la détention un temps d’introspection et d’élévation.


Des discussions seront prochainement engagées avec le Ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation pour permettre aux personnes détenues titulaires du baccalauréat de s’inscrire à l’Université numérique Cheikh Hamidou KANE. En outre, un rapprochement avec le Ministère de l’Éducation nationale vise à mobiliser des enseignants au service des candidats aux examens, en milieu carcéral, pour un soutien scolaire. La privation de liberté ne doit pas signifier la privation du savoir.

Dans le même élan, des terres situées dans le nord du pays ont été mises à la disposition de la Direction générale de l’Administration pénitentiaire pour y développer la riziculture.

Ce projet offrira à celles et ceux qui y prendront part une formation agricole et une perspective concrète d’emploi à leur sortie. Il s’inscrit aussi dans l’ambition de souveraineté alimentaire portée par le Gouvernement.

Mesdames et Messieurs,
À l’action de l’Administration pénitentiaire doit répondre celle de l’institution judiciaire.
En ma qualité de Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, je tiens à souligner la part qui revient à nos juridictions.


Les mécanismes d’aménagement des peines prévus par notre législation, qu’il s’agisse de la libération conditionnelle ou du placement sous surveillance électronique, permettent une transition progressive entre la détention et la liberté.

Dans ce sillage, le Code de procédure pénale, en ses articles 704 et suivants, ouvre au juge d’autres voies. Le sursis, la probation, le travail au bénéfice de la société, la dispense et l’ajournement de peine en font partie. Ces outils offrent au justiciable une chance de s’amender. Ils allègent aussi la pression qui s’exerce sur nos établissements pénitentiaires, confrontés à une surpopulation persistante.
Dans le plein respect de leur indépendance, j’invite les magistrats à y recourir pleinement lorsque les conditions légales sont réunies, sans préjudice des droits des victimes ni des exigences de la sécurité publique. Ces réponses paraissent particulièrement indiquées pour les délits de moindre gravité, ou lorsque le trouble causé à l’ordre public s’est estompé.

Si décisive soit-elle, l’action des pouvoirs publics et des juridictions ne saurait suffire. La réinsertion est une responsabilité collective, qu’aucune institution ne peut porter seule.

Les collectivités territoriales, les entreprises, les organisations de la société civile, les familles et nos partenaires


bâtissent les passerelles entre la prison et la société, entre la formation et l’emploi. Nous ne pouvons pas demander à une personne de retrouver sa place dans la communauté tout en lui refusant les moyens d’y parvenir.

Dans cette œuvre commune, la parole de celles et ceux qui ont connu la détention mérite d’être entendue. Leur expérience éclaire, mieux que tout rapport, les obstacles du retour et les clés de sa réussite.

Votre programme couvre l’ensemble de ces enjeux.

La planification individuelle de l’exécution de la peine, la préparation à la libération, la qualification professionnelle des personnes détenues, la coopération avec les services de probation et les employeurs, ainsi que la prise en charge des groupes vulnérables, notamment les femmes et les mineurs, nourriront vos échanges.

Distingués invités,
Que voulons-nous, en définitive, qu’il advienne d’un homme ou d’une femme au terme de sa détention ?
Nous voulons que la peine soit exécutée conformément à la loi, que les établissements pénitentiaires soient sûrs et que les droits y soient respectés.


Nous voulons aussi que la détention ne ferme pas les portes de l’avenir. En chaque personne détenue, il y a une histoire, une famille, des talents parfois ignorés et l’aspiration à un nouveau départ.

Au fond, la valeur d’une politique pénitentiaire ne se mesure pas seulement à sa capacité à garder une personne en détention. Elle se mesure aussi à sa capacité à préparer, dans le respect de la loi, sa réintégration dans la société.

Je forme le vœu que vos échanges fassent émerger des recommandations pertinentes, réalistes et opérationnelles, adaptées aux réalités de chacun de nos pays et enrichies par le partage d’expériences.

Je renouvelle mes remerciements à l’IRZ, à nos partenaires allemands, marocains, tunisiens et algériens, ainsi qu’à l’École nationale d’Administration pénitentiaire.

Sur ces mots, je déclare ouverte la Conférence régionale sur « La réinsertion sociale et l’accompagnement avant et après la sortie de prison ».

Je vous souhaite des travaux fructueux et, à nos hôtes, un agréable séjour au pays de la Teranga.

Je vous remercie de votre aimable attention.

Mamadou Ndiaye

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