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Diomaye-Sonko : le divorce au sommet de l’État désormais exposé au grand jour

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 30 Septembre 2026 à 11:46 modifié le Mercredi 30 Septembre 2026 - 14:00

En ce mercredi d’un nouveau Conseil des ministres, le pouvoir sénégalais aborde une séquence politique particulièrement sensible.
Derrière l’ordre du jour officiel et les décisions administratives qui pourraient être annoncées, l’attention se porte sur l’état des relations entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko.

Les derniers développements institutionnels donnent à voir une divergence de plus en plus nette entre l’Exécutif et la majorité parlementaire. La séquence est d’autant plus scrutée qu’elle intervient après une série de décisions ayant profondément modifié le paysage administratif de l’État.

Le remplacement de nombreux responsables d’organismes et de directions publiques, dont plusieurs dizaines de mandataires, a déjà nourri les spéculations sur la poursuite du renouvellement à la tête de certaines structures.

Mais au-delà de ces éventuelles nominations, c’est désormais le rapport entre les deux pôles du pouvoir qui concentre l’attention.Car, les signes de friction ne se limitent plus aux déclarations politiques. Ils apparaissent désormais dans le fonctionnement même des institutions.

Le dernier épisode en date concerne la proposition de loi n° 37/2026 portant modification du Code pétrolier. Le texte, porté par la majorité parlementaire, vise notamment à soumettre les contrats pétroliers et gaziers à l’examen de l’Assemblée nationale avant leur signature par l’Exécutif. Le gouvernement a saisi le Conseil constitutionnel afin de faire déclarer cette proposition irrecevable, provoquant le report de son examen en séance plénière.

L’affaire est loin d’être anodine. Elle met directement en lumière une divergence de conception sur la place respective du Parlement et de l’Exécutif dans la conduite des affaires publiques, notamment dans un secteur aussi stratégique que celui des hydrocarbures.

Cette confrontation institutionnelle n’est toutefois pas totalement nouvelle. Le Conseil constitutionnel recense également, parmi ses décisions de 2026, un recours du président de la République contre la loi n° 18/26 portant révision constitutionnelle, ainsi qu’un recours du Premier ministre contre une proposition de loi relative au régime juridique des crédits spéciaux.

La Constitution sénégalaise établit précisément les compétences respectives des institutions. Elle dispose que l’Assemblée nationale exerce le pouvoir législatif, vote la loi, contrôle l’action du Gouvernement et évalue les politiques publiques. Elle prévoit également que certaines matières relèvent du domaine réglementaire et confère au Conseil constitutionnel un rôle de contrôle de constitutionnalité.

C’est donc sur le terrain du droit et de la procédure que se déroule désormais une partie essentielle du bras de fer institutionnel.

Le dossier du Code pétrolier en constitue une illustration particulièrement visible. Alors que l’Assemblée nationale avait inscrit la proposition de loi à l’ordre du jour de sa session extraordinaire, la saisine du Conseil constitutionnel par le gouvernement a suspendu son examen. Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, se retrouve ainsi à la tête d’une majorité parlementaire dont plusieurs initiatives se heurtent désormais à des contestations venues de l’Exécutif.

À cela s’ajoute le précédent de la révision constitutionnelle contestée par le chef de l’État. Le Conseil constitutionnel a effectivement enregistré une saisine du président de la République contre la loi n° 18/26 adoptée par l’Assemblée nationale. La décision correspondante figure aujourd’hui parmi les décisions officielles du Conseil constitutionnel pour l’année 2026.

Ces recours successifs donnent une traduction institutionnelle à une réalité politique désormais difficile à ignorer : les deux principaux pôles issus de la victoire politique de 2024 ne semblent plus avancer avec la même lecture des prérogatives institutionnelles.

Le tandem qui avait incarné l’alternance politique et porté le projet de rupture se trouve ainsi confronté à une nouvelle configuration. Bassirou Diomaye Faye exerce la magistrature suprême ; Ousmane Sonko préside l’Assemblée nationale et demeure la figure centrale de la majorité parlementaire. Entre les deux institutions, les divergences deviennent progressivement plus visibles.

Il convient toutefois de distinguer les faits institutionnels établis de leur interprétation politique. Les saisines du Conseil constitutionnel relèvent des mécanismes prévus par la Constitution et ne constituent pas, à elles seules, la preuve juridique d’une rupture personnelle entre le président de la République et le président de l’Assemblée nationale.

Mais leur répétition, conjuguée aux désaccords apparus autour de plusieurs textes, donne une tout autre dimension à la séquence politique actuelle.

Le Conseil des ministres de ce mercredi intervient ainsi dans un climat particulièrement observé. Les éventuelles décisions concernant les directions générales et autres organismes publics seront scrutées avec attention, après les changements déjà opérés à la tête de plusieurs structures de l’État.

La question n’est plus seulement de savoir quels responsables seront maintenus ou remplacés. Elle est également de comprendre quelle architecture politique et institutionnelle est en train de se dessiner autour du chef de l’État et de la majorité parlementaire.

Le Sénégal entre ainsi dans une phase où la séparation des pouvoirs, longtemps abordée principalement sous l’angle constitutionnel, devient un enjeu politique concret. L’Exécutif entend faire respecter ce qu’il considère comme relevant de ses prérogatives ; la majorité parlementaire entend, de son côté, exercer pleinement les compétences que la Constitution reconnaît à l’Assemblée nationale.

Le Conseil constitutionnel se retrouve au centre de cette nouvelle équation. Ses prochaines décisions pourraient contribuer à préciser les limites respectives des compétences du Parlement et de l’Exécutif sur plusieurs dossiers sensibles.

Quant à la relation entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, elle est désormais observée à travers ces actes institutionnels autant qu’à travers les prises de parole politiques. Après avoir incarné pendant des années une même dynamique, les deux hommes évoluent aujourd’hui dans des positions institutionnelles distinctes, avec des responsabilités et des leviers de pouvoir différents.

Le temps où leur compagnonnage politique semblait constituer l’axe indissociable du nouveau pouvoir sénégalais paraît, à tout le moins, avoir laissé place à une phase de confrontation institutionnelle ouverte.

Et c’est désormais dans les textes, les recours, les votes parlementaires et les décisions du Conseil constitutionnel que se lit, jour après jour, la nouvelle configuration du pouvoir.
Mamadou Ndiaye

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