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Entreprises et droits humains : Me Moussa Sarr, une justice qui veut renouer avec le terrain et la dignité

Rédigé par Dakarposte le Mardi 29 Septembre 2026 à 14:11 modifié le Mardi 29 Septembre 2026 - 16:30

Le Sénégal veut franchir une nouvelle étape dans l’affirmation de la responsabilité des entreprises en matière de droits humains et de protection de l’environnement.

À Dakar, à l’ouverture de la 5e édition du Forum africain sur les entreprises et les droits de l’homme, le ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Me Moussa Sarr, a réaffirmé une orientation claire : l’activité économique, aussi indispensable soit-elle au développement du pays, ne peut s’affranchir des exigences de dignité humaine, de justice sociale et de préservation de l’environnement.


Dakarposte tient de ses radars fureteurs que le Garde des Sceaux a annoncé la prochaine validation politique du Plan d’action national sur les entreprises et les droits de l’homme, dont la validation technique est intervenue en septembre 2025.

À l’heure où le Sénégal entre dans une nouvelle ère avec l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières, ce dispositif prend une dimension particulière.

Il s’agit désormais de faire en sorte que la richesse produite ne soit pas seulement mesurée à l’aune des investissements et des recettes, mais également à celle de la protection des populations et des territoires.

Le ministère entend, dans cette perspective, faciliter l’accès à la justice des communautés affectées par certaines activités économiques, renforcer la formation des magistrats et développer des mécanismes de règlement des plaintes. Une conception exigeante de la justice, qui place le citoyen au centre du service public judiciaire.

Mais cette nouvelle orientation ne saurait être dissociée de la dynamique que Me Moussa Sarr cherche à imprimer au département de la Justice depuis sa nomination. Et, sur ce terrain, les premiers mois de son action ont été marqués par une succession d’initiatives qui ont retenu l’attention des organisations de défense des droits humains, des acteurs judiciaires et de la société civile.

Il y eut d’abord cette scène devenue emblématique : dans la soirée du 3 août 2026, à 21 heures, le Garde des Sceaux s’est présenté à l’improviste à la Maison d’arrêt de Rebeuss. Pas pour une cérémonie, pas pour une visite de protocole, mais pour voir. Voir les cellules, voir les conditions de détention, voir la réalité de la surpopulation et entendre les préoccupations des détenus comme celles du personnel pénitentiaire. Accompagné de hauts responsables de l’appareil judiciaire et pénitentiaire, il s’est notamment rendu dans plusieurs chambres parmi les plus surpeuplées.


Cette visite a profondément marqué les organisations de défense des droits humains. Lors d’une audience avec le ministre, Africajom Center, par la voix de son fondateur Alioune Tine, a salué son engagement en faveur des droits humains et les premières actions entreprises depuis sa prise de fonctions. La visite nocturne à Rebeuss a même été qualifiée d’« historique » par l’organisation.

L’ONG 3D, reçue à son tour par le Garde des Sceaux, a également salué plusieurs de ses premières initiatives, citant notamment cette descente inopinée à Rebeuss et la suppression des fouilles intégrales. La même organisation a relevé que la nomination de Me Moussa Sarr avait suscité « beaucoup d’espoirs » et rappelé qu’il était connu comme un défenseur des droits humains.


Mais l’essentiel est peut-être ailleurs : dans la volonté affichée de s’attaquer aux mécanismes qui alimentent la détention provisoire. Me Moussa Sarr a reconnu que des mandats de dépôt pouvaient parfois être délivrés alors qu’ils n’étaient pas nécessaires. Une circulaire a ainsi été prise afin de rappeler la nécessité de rationaliser le recours au mandat de dépôt, tandis qu’une réforme du Code de procédure pénale est annoncée dans ce sens.


Cette démarche traduit une conception qui dépasse la seule gestion administrative des prisons : celle d’une justice attentive à la liberté individuelle, à la présomption d’innocence et à la nécessité de ne recourir à l’incarcération provisoire qu’avec la mesure qu’impose l’État de droit.

À cette réforme de fond s’ajoute un autre chantier, moins spectaculaire mais déterminant : celui de la modernisation de l’appareil judiciaire. Avec le PNUD, le ministère travaille au renforcement de la transformation numérique et de l’accès à la justice, avec l’objectif affiché de placer l’efficacité du système judiciaire et l’accès des citoyens au droit au cœur de l’action ministérielle.


Me Moussa Sarr a également choisi de multiplier les contacts directs avec les juridictions et leurs acteurs. Sa visite au Tribunal de grande instance de Rufisque, le 14 septembre, lui a permis de prendre connaissance sur place des contraintes matérielles et humaines auxquelles la juridiction est confrontée. Là encore, le geste est révélateur d’une méthode : aller constater avant de décider.

La question des droits des femmes occupe, elle aussi, une place croissante dans cette nouvelle feuille de route. En septembre, le ministre a reçu des organisations féminines et féministes engagées dans la défense des droits des femmes et des filles. Il a annoncé que la problématique des violences faites aux femmes et aux filles serait prise en compte dans la future circulaire de politique pénale générale et s’est déclaré, à titre de position de principe, favorable à une consécration spécifique du féminicide. Il a également proposé la création d’un cadre de concertation régulier avec les organisations de défense des droits humains.



Avec ONU Femmes Sénégal, le dialogue s’est poursuivi autour de l’accès à la justice, de la formation et de la protection des femmes détenues. Me Moussa Sarr a notamment souhaité la mise en place de bureaux d’écoute et d’orientation dans les juridictions et annoncé vouloir améliorer la prise en charge sanitaire des femmes incarcérées, notamment leur accès aux services de gynécologie et de psychologie.


À travers ces initiatives, une ligne de conduite semble progressivement se dessiner : remettre la justice au contact de ceux auxquels elle est destinée. Le détenu, le justiciable, la femme victime de violences, le citoyen confronté aux lenteurs ou aux difficultés d’accès au droit, mais aussi le magistrat et le personnel pénitentiaire deviennent autant de réalités auxquelles le ministère entend prêter une attention directe.

C’est précisément cette proximité avec le terrain qui nourrit aujourd’hui les appréciations les plus élogieuses à l’endroit du Garde des Sceaux. Africajom Center a salué son engagement et ses premières actions ; l’ONG 3D a relevé les mesures prises en matière de dignité des détenus et de rationalisation des mandats de dépôt ; d’autres partenaires institutionnels et organisations de défense des droits humains ont multiplié les échanges avec le ministère autour de réformes judiciaires et de protection des droits.


Dès lors, dans les milieux qui suivent avec attention cette nouvelle séquence judiciaire, une formule revient avec insistance : Me Moussa Sarr serait « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Cette appréciation appartient à ceux qui la portent ; elle ne saurait être érigée en vérité absolue. Mais elle trouve, dans les actes déjà posés et dans les témoignages publics de plusieurs acteurs de la société civile, matière à être comprise.

Car il y a, dans la démarche du Garde des Sceaux, quelque chose qui dépasse la simple communication institutionnelle : une volonté affichée de se rendre sur les lieux où la justice se vit parfois dans la douleur, d’écouter ceux qui la servent comme ceux qui la subissent, de corriger certaines pratiques, de moderniser les procédures et de faire de la dignité humaine un principe concret de l’action judiciaire.


La tâche demeure immense. Les prisons restent confrontées à la surpopulation, les juridictions à des contraintes matérielles et humaines, tandis que l’accès effectif au droit demeure un chantier permanent. Mais c’est précisément dans l’ampleur de ces défis que se mesure la portée des premières initiatives engagées.

Et si l’on devait retenir, à ce stade, une image de l’action de Me Moussa Sarr, ce serait peut-être celle d’un Garde des Sceaux quittant son bureau à 21 heures pour pousser la porte de Rebeuss et regarder, de ses propres yeux, une réalité que les rapports administratifs ne sauraient jamais entièrement restituer.

Une image forte. Une méthode qui se veut concrète. Et, surtout, la promesse d’une justice qui entend ne plus seulement être rendue, mais également être vécue comme un service public de proximité, de dignité et de protection.




Mamadou Ndiaye

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