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LFR 2026 : entre rigueur budgétaire, tensions politiques et impératifs de développement

Rédigé par Dakarposte le Dimanche 25 Octobre 2026 à 21:32 modifié le Dimanche 25 Octobre 2026 - 22:32

À la veille de l’examen parlementaire du projet de loi de finances rectificative (LFR) pour 2026, le Premier ministre, Al Aminou Lo, a plaidé en faveur du dialogue et de la responsabilité collective, tout en réaffirmant la nécessité de préserver les équilibres macroéconomiques. Entre tensions politiques, contraintes financières et impératifs de continuité de l’action publique, le gouvernement entend défendre ses choix budgétaires et convaincre les députés de la nécessité d’adopter le texte.


Le dialogue politique comme rempart contre l’impasse institutionnelle


Face aux interrogations des journalistes sur les risques de rejet du projet de loi de finances rectificative par la majorité parlementaire, le chef du gouvernement Ahmadou Al Aminou Lo a privilégié une approche fondée sur la concertation. Refusant de faire de l’engagement de la responsabilité gouvernementale une option immédiate, il a insisté sur la nécessité d’épuiser les voies du dialogue avant d’envisager le recours aux mécanismes institutionnels prévus par la Constitution.

Pour le chef de l'establishment, le débat budgétaire ne saurait se réduire à un affrontement entre camps politiques. Il engage, selon lui, la responsabilité collective des institutions dans la préservation des intérêts supérieurs de la nation. Dans cette perspective, il a annoncé sa disponibilité à poursuivre les échanges avec le groupe parlementaire concerné et, au besoin, à se rendre à l’Assemblée nationale afin d’expliquer les fondements des arbitrages opérés.

Le Premier ministre a également appelé les députés à mesurer la portée de leur décision, dans un contexte marqué par l’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse et par l’attention que suscite le Sénégal sur la scène internationale. Il a ainsi exhorté les acteurs politiques à privilégier le compromis plutôt qu’une confrontation susceptible d’affecter la stabilité institutionnelle et la conduite des affaires publiques.

S’agissant des fonds spéciaux, le chef du gouvernement a rappelé que leur réforme devait s’inscrire dans une démarche globale, conformément aux orientations du président de la République. Il a indiqué qu’un projet de décret avait été préparé, avant que le chef de l’État ne demande sa révision afin de tenir compte des exigences de solidarité républicaine et des prérogatives attachées aux différentes institutions. Le gouvernement se dit disposé à poursuivre les discussions sur cette question, mais récuse l’idée d’en faire une condition exclusive à l’adoption du texte budgétaire.


Grand Transfert d’Eau : le gouvernement écarte toute hypothèse d’abandon


L’avenir du Projet de Grand Transfert d’Eau (GTE), objet de nombreuses spéculations sur les réseaux sociaux, a également occupé une place importante dans les échanges. Sur ce dossier, le Premier ministre a fermement rejeté toute interprétation assimilant le réajustement des crédits à une suppression du projet.

Selon ses explications, les études préalables et les opérations relatives aux indemnisations des personnes affectées n’ont pas encore atteint un niveau d’avancement permettant une consommation effective des crédits prévus en 2026. Le maintien des crédits de paiement dans la LFR aurait donc immobilisé des ressources susceptibles d’être affectées à d’autres dépenses immédiatement exécutables.

Le gouvernement a ainsi fait le choix de reprogrammer les financements dans le cadre de la loi de finances initiale pour 2027. Cette nouvelle programmation doit permettre au fonds appelé à intervenir dans le montage du projet, structuré sous la forme d’un partenariat public-privé (PPP), de disposer des moyens nécessaires à sa contribution financière et à la prise en charge des indemnisations.

Le chef du gouvernement a, par ailleurs, souligné que les autorisations d’engagement demeuraient prévues. Celles-ci permettraient, selon lui, de conclure les contrats avant la fin de l’année, tandis que leur exécution effective interviendrait à partir de 2027.

L’argument avancé par l’exécutif repose ainsi sur une distinction fondamentale en matière de gestion budgétaire : celle qui sépare l’autorisation juridique de contracter une dépense de la disponibilité immédiate des crédits destinés à son paiement. Pour le gouvernement, le réaménagement du calendrier financier répond donc à l’état d’avancement opérationnel du projet et ne remet pas en cause son maintien parmi les priorités nationales.


Une équation budgétaire sous forte contrainte

Prenant le relais du Premier ministre, le ministre de l’Économie, des Finances et du Plan, Cheikh Diba, a exposé les principaux facteurs ayant conduit à la révision des prévisions budgétaires pour 2026. Son intervention a notamment porté sur la contraction des recettes, l’augmentation des dépenses contraintes, le traitement des arriérés de paiement et la mobilisation des ressources nécessaires au financement de l’État.

Le ministre a fait état d’une diminution des recettes de l’ordre de 340,3 milliards de francs CFA dans le cadre du projet de LFR. Cette évolution s’expliquerait principalement par les résultats inférieurs aux attentes du Programme de redressement économique et social (PRES), dont les performances n’ont pas permis de mobiliser les ressources initialement anticipées.

Selon les chiffres avancés lors de la conférence de presse, le manque à gagner associé à ce programme atteindrait environ 451 milliards de francs CFA par rapport aux prévisions de la loi de finances initiale. Les résultats enregistrés par les administrations fiscales et douanières auraient toutefois contribué à atténuer cette contre-performance, grâce à des recettes supplémentaires par rapport aux objectifs poursuivis à fin septembre.

À cette insuffisance des recettes s’ajoute la progression des dépenses, sous l’effet notamment de la hausse des cours internationaux du pétrole. Le ministre a rappelé que les hypothèses initiales de construction du budget reposaient sur un prix du baril de 64 dollars, alors que les cours avaient connu une forte augmentation au cours de l’année, atteignant, selon les chiffres évoqués pendant son intervention, des niveaux très supérieurs à cette référence.

Cette évolution exerce une pression sur les dépenses liées au secteur énergétique, notamment sur les subventions. Le gouvernement affirme avoir privilégié un ajustement des dépenses afin d’éviter une dégradation plus prononcée du déficit budgétaire et une augmentation supplémentaire des besoins de financement.

L’enjeu, selon le ministre, est de préserver la crédibilité de la trajectoire budgétaire du Sénégal, dans un contexte où l’accès aux ressources financières demeure soumis aux exigences des marchés, des partenaires techniques et financiers et des créanciers.


Arriérés de paiement : soutenir la trésorerie des entreprises nationales


Le règlement des arriérés dus au secteur privé local a constitué un autre axe majeur de l’intervention du ministre des Finances. Au-delà de leur dimension comptable, ces engagements impayés représentent un enjeu économique considérable, dans la mesure où ils affectent la trésorerie des entreprises, leur capacité à honorer leurs propres obligations et, plus largement, la fluidité des échanges dans l’économie nationale.

Cheikh Diba a indiqué que l’État entendait poursuivre progressivement l’apurement de ces arriérés. Il a notamment rappelé qu’une enveloppe de 500 milliards de francs CFA avait été prévue au titre des opérations antérieures, tandis que le projet de LFR pour 2026 maintient une dotation de 300 milliards de francs CFA destinée au règlement des sommes dues aux entreprises.

Cette enveloppe doit contribuer à restaurer les capacités financières des opérateurs économiques, à faciliter la reprise des chantiers en cours et à limiter les effets en chaîne des retards de paiement sur le tissu productif.

Le ministre a également évoqué la poursuite des travaux d’évaluation du stock de dette non financière, afin de disposer d’une appréciation plus précise des engagements restant à honorer. La maîtrise de ces arriérés constitue, à cet égard, un élément essentiel de la stratégie de consolidation des finances publiques, puisqu’elle permet de mieux cerner les obligations réelles de l’État et d’améliorer la prévisibilité de ses paiements.


Des besoins de financement estimés à plus de 6 700 milliards de francs CFA


Interrogé sur les modalités de couverture des besoins de financement de l’État, le ministre a souligné l’importance du recours au marché financier régional. Face à des besoins évalués à plus de 6 700 milliards de francs CFA, l’exécutif entend privilégier la mobilisation de ressources sur le marché intérieur et régional, en complément des autres instruments de financement disponibles.

Cette orientation vise notamment à limiter les risques liés à un endettement supplémentaire libellé en devises, dans un contexte où la soutenabilité de la dette constitue une préoccupation centrale pour les autorités budgétaires.

Le ministre a rappelé que deux appels publics à l’épargne avaient déjà permis de mobiliser 619 milliards de francs CFA. D’autres opérations sont envisagées d’ici à la fin de l’année, notamment sur le marché régional, tandis que des instruments de financement complémentaires figurent dans les perspectives du Trésor.

La stratégie gouvernementale repose ainsi sur une diversification des sources de financement, avec une place prépondérante accordée aux ressources mobilisées sur le marché régional. Toutefois, l’ampleur des besoins annoncés souligne l’importance de maintenir un accès régulier aux financements et de préserver la confiance des investisseurs.

À cet égard, Cheikh Diba a averti qu’un rejet du projet de LFR pourrait compliquer la conduite de la politique budgétaire et fragiliser la crédibilité financière de l’État. L’adoption du texte est présentée par le gouvernement comme une condition importante à la poursuite de ses engagements et au respect de la trajectoire de consolidation annoncée.


Rationalisation des agences publiques : 50 milliards de francs CFA d’économies envisagées

Abordant la réforme des agences de l’État, le Premier ministre a rappelé que les travaux de rationalisation engagés visaient principalement à réduire les chevauchements de compétences, à corriger les redondances administratives et à améliorer l’efficacité de l’action publique.

Selon lui, les premières estimations font apparaître un potentiel d’économies d’environ 50 milliards de francs CFA. Le chantier, dont les travaux préparatoires ont été engagés depuis 2024, prévoit différentes possibilités de réorganisation : suppressions, fusions, regroupements ou transformation de certaines structures.

Le gouvernement entend néanmoins procéder à une dernière phase d’évaluation afin d’affiner les modalités de mise en œuvre de cette réforme. Le recours à un consultant a été évoqué pour finaliser les travaux, avec un objectif d’achèvement avant la fin de l’année, sous réserve de la disponibilité des crédits nécessaires.

Cette rationalisation s’inscrit dans une logique de maîtrise des dépenses de fonctionnement et de redéploiement des ressources vers les politiques publiques jugées prioritaires. Elle soulève également la question de l’articulation entre la recherche d’économies budgétaires, la continuité des missions de service public et les conséquences administratives et sociales des réorganisations envisagées.


Éducation et infrastructures : des arbitrages sans renoncement affiché aux ambitions nationales



La réduction de certaines enveloppes budgétaires a également suscité des interrogations concernant l’éducation nationale et les projets d’infrastructure. Sur le premier volet, le ministre de l’Éducation nationale a précisé que les ajustements prévus dans la LFR portaient sur une diminution de 171,7 milliards de francs CFA des autorisations d’engagement, tandis que la réduction des crédits effectivement mobilisables en 2026 s’établissait à 31,3 milliards de francs CFA.

Le budget du ministère passerait ainsi d’environ 991 milliards à 959 milliards de francs CFA, soit une baisse présentée comme correspondant à un effort de l’ordre de 3,2 %. Les ajustements concerneraient principalement certaines opérations d’investissement, notamment des projets de construction et d’équipement dont la réalisation serait différée.

Le ministre a toutefois soutenu que cette révision ne traduisait pas un désengagement de l’État envers le secteur éducatif. Il a mis en avant les recrutements d’enseignants, les programmes de construction de salles de classe et les investissements engagés dans les établissements scolaires.

Il a également évoqué la perspective de création d’un fonds autonome destiné au financement de l’éducation, qui permettrait, à terme, de diversifier les ressources du secteur et de réduire sa dépendance exclusive au budget général de l’État.

Concernant les infrastructures, les responsables gouvernementaux ont réaffirmé que les projets engagés demeuraient inscrits dans les priorités de l’exécutif. Ils ont néanmoins reconnu que les contraintes budgétaires pouvaient entraîner des décalages de calendrier, des ajustements de rythme ou une hiérarchisation plus stricte des opérations.

L’arbitrage consiste donc à déterminer les investissements susceptibles d’être exécutés immédiatement et ceux dont la réalisation peut être différée sans compromettre leur finalité. Une telle démarche suppose toutefois une communication précise sur les projets concernés, les échéances retenues et les conséquences concrètes des révisions budgétaires pour les populations.


Une adoption décisive pour la suite de la programmation budgétaire



Au terme de cette conférence de presse, le gouvernement a réitéré son appel à l’adoption du projet de loi de finances rectificative. Pour l’exécutif, le texte constitue un instrument d’ajustement indispensable face à la dégradation des hypothèses initiales de recettes et à la progression de certaines charges publiques.

Le débat dépasse ainsi la seule question des lignes budgétaires : il engage la capacité de l’État à financer ses priorités, à honorer ses obligations envers le secteur privé et à maintenir la confiance de ses partenaires financiers, tout en préservant les investissements structurants.

Reste que la solidité de cette orientation dépendra de sa traduction dans les faits : mobilisation effective des ressources, règlement progressif des arriérés, exécution des investissements prioritaires et respect des engagements annoncés pour 2027.

À l’approche du vote parlementaire, le gouvernement mise sur la concertation pour éviter une impasse institutionnelle. Son message est clair : les contraintes financières imposent des arbitrages, mais ceux-ci ne doivent pas être confondus avec un renoncement aux ambitions de développement du Sénégal. La question demeure désormais de savoir si les explications fournies suffiront à réunir les conditions politiques nécessaires à l’adoption du texte et à la poursuite de la trajectoire budgétaire défendue par l’exécutif.
Mamadou Ndiaye

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