Il y a quelque chose de profondément révoltant dans le fait de devoir prouver à son propre État que l’on est bien celui que l’on prétend être.
Au Sénégal, des citoyens vivent aujourd’hui cette absurdité administrative : des années durant, ils disposent d’une identité, d’une vie, d’une famille, d’un travail, parfois même d’une existence parfaitement établie à l’étranger, puis un beau matin, un fichier administratif vient semer le doute là où il ne devrait jamais y en avoir.
Un numéro d’état civil déclaré « doublon », une référence introuvable, une identité prétendument remplacée ou une incohérence dans une base de données, et voilà une existence entière jetée dans le maquis bureaucratique.
Au Sénégal, des citoyens vivent aujourd’hui cette absurdité administrative : des années durant, ils disposent d’une identité, d’une vie, d’une famille, d’un travail, parfois même d’une existence parfaitement établie à l’étranger, puis un beau matin, un fichier administratif vient semer le doute là où il ne devrait jamais y en avoir.
Un numéro d’état civil déclaré « doublon », une référence introuvable, une identité prétendument remplacée ou une incohérence dans une base de données, et voilà une existence entière jetée dans le maquis bureaucratique.
Voilà où mène une administration défaillante : le citoyen qui ne parvient pas à obtenir son document officiel finit par devenir la proie de ceux qui prétendent connaître les raccourcis du système.
Ngoné Ndiaye, 23 ans, raconte une mésaventure similaire. Son numéro d’état civil a été considéré comme un doublon. Depuis, les rendez-vous s’accumulent, les dépenses aussi, tandis que sa vie professionnelle demeure suspendue à la régularisation de son identité.
Et il y a le cas de Mamadou Maurice, dont le père affirme que son fils, âgé aujourd’hui de 28 ans, n’a toujours pas pu obtenir normalement sa carte d’identité. Dix années d’attente. Dix années pendant lesquelles un jeune Sénégalais aurait vu son accès à l’emploi, au voyage et à certaines démarches entravé.
Ngoné Ndiaye, 23 ans, raconte une mésaventure similaire. Son numéro d’état civil a été considéré comme un doublon. Depuis, les rendez-vous s’accumulent, les dépenses aussi, tandis que sa vie professionnelle demeure suspendue à la régularisation de son identité.
Et il y a le cas de Mamadou Maurice, dont le père affirme que son fils, âgé aujourd’hui de 28 ans, n’a toujours pas pu obtenir normalement sa carte d’identité. Dix années d’attente. Dix années pendant lesquelles un jeune Sénégalais aurait vu son accès à l’emploi, au voyage et à certaines démarches entravé.
Dix ans pour obtenir la preuve administrative de sa propre existence : comment peut-on accepter une telle aberration ?
Il ne s’agit plus d’un simple problème de guichet. Il s’agit d’une question de souveraineté, de justice et de dignité.
L’État connaît l’identité de ses citoyens lorsqu’il s’agit de leur réclamer des impôts, d’établir des obligations administratives ou de leur imposer certaines règles. Il doit donc être capable, avec la même efficacité, de leur garantir les documents qui consacrent leur existence juridique.
Le moment est venu de sortir des réponses au cas par cas.
Il ne s’agit plus d’un simple problème de guichet. Il s’agit d’une question de souveraineté, de justice et de dignité.
L’État connaît l’identité de ses citoyens lorsqu’il s’agit de leur réclamer des impôts, d’établir des obligations administratives ou de leur imposer certaines règles. Il doit donc être capable, avec la même efficacité, de leur garantir les documents qui consacrent leur existence juridique.
Le moment est venu de sortir des réponses au cas par cas.
Il faut auditer. Et il faut auditer sans complaisance.
Un audit indépendant et exhaustif des fichiers d’état civil, des procédures de production des cartes nationales d’identité et des passeports, ainsi que des mécanismes de contrôle doit permettre de déterminer l’ampleur réelle du phénomène.
Combien de Sénégalais sont concernés ? Combien de dossiers sont bloqués ? Combien d’identités présentent des anomalies ? Depuis quand ? À quel niveau les erreurs se produisent-elles ? Quels dispositifs de contrôle ont échoué ?
Ces questions appellent des réponses précises, documentées et publiques.
Et si l’audit révèle des négligences, des fautes professionnelles, des manipulations ou des pratiques frauduleuses, les responsabilités devront être établies et les responsables, lorsqu'ils sont identifiés et que les faits sont prouvés, sanctionnés conformément à la loi.
Car l’impunité administrative est une forme silencieuse d’injustice.
Un audit indépendant et exhaustif des fichiers d’état civil, des procédures de production des cartes nationales d’identité et des passeports, ainsi que des mécanismes de contrôle doit permettre de déterminer l’ampleur réelle du phénomène.
Combien de Sénégalais sont concernés ? Combien de dossiers sont bloqués ? Combien d’identités présentent des anomalies ? Depuis quand ? À quel niveau les erreurs se produisent-elles ? Quels dispositifs de contrôle ont échoué ?
Ces questions appellent des réponses précises, documentées et publiques.
Et si l’audit révèle des négligences, des fautes professionnelles, des manipulations ou des pratiques frauduleuses, les responsabilités devront être établies et les responsables, lorsqu'ils sont identifiés et que les faits sont prouvés, sanctionnés conformément à la loi.
Car l’impunité administrative est une forme silencieuse d’injustice.
Mais l’État ne doit pas seulement rechercher les responsabilités. Il doit aussi réparer.
Les citoyens victimes de ces anomalies ne peuvent être abandonnés à leur propre sort, contraints de multiplier les déplacements, de payer des intermédiaires ou de sacrifier leur activité professionnelle pour corriger des dysfonctionnements dont ils ne sont pas responsables.
Il faut leur ouvrir une voie rapide, gratuite ou fortement simplifiée de régularisation. Il faut un dispositif d’urgence pour les Sénégalais de la diaspora dont le séjour, l’emploi ou les droits administratifs sont menacés par l’absence d’un document sénégalais valide.
Il faut enfin envisager des mécanismes de réparation lorsque le préjudice subi est directement imputable à une faute ou à une défaillance administrative établie.
Car le paradoxe est saisissant : à l’heure où l’on parle partout de transformation numérique, de souveraineté et de modernisation de l’administration, certains Sénégalais demeurent prisonniers d’un fichier qui leur refuse, dans les faits, ce que leur naissance leur a donné de droit : leur identité.
Et que l’on ne s’y trompe pas : ce phénomène ne touche pas seulement des individus isolés. Il fragilise la confiance collective dans l’État.
Le Sénégalais qui attend pendant des mois un document, celui qui voit son passeport bloqué, celui qui ne peut ouvrir ou utiliser normalement un compte, celui qui ne peut voyager ou travailler parce que son identité est devenue « litigieuse » dans un système informatique, finit nécessairement par se demander où commence et où s’arrête la protection de son propre État.
Il y a urgence à répondre à cette interrogation.
Parce qu’un État qui sait identifier ses citoyens lorsqu’il a besoin d’eux doit être capable de les protéger lorsqu’ils ont besoin de lui.
On ne peut pas demander à un Sénégalais de prouver éternellement qu’il est Sénégalais.
Son identité n’est pas une faveur administrative. Elle est un droit.
Et lorsqu’un dysfonctionnement de l’État prive un citoyen de ce droit, l’État ne doit ni détourner le regard, ni chercher des excuses : il doit corriger, réparer et, lorsque les responsabilités sont établies, sanctionner.
Les citoyens victimes de ces anomalies ne peuvent être abandonnés à leur propre sort, contraints de multiplier les déplacements, de payer des intermédiaires ou de sacrifier leur activité professionnelle pour corriger des dysfonctionnements dont ils ne sont pas responsables.
Il faut leur ouvrir une voie rapide, gratuite ou fortement simplifiée de régularisation. Il faut un dispositif d’urgence pour les Sénégalais de la diaspora dont le séjour, l’emploi ou les droits administratifs sont menacés par l’absence d’un document sénégalais valide.
Il faut enfin envisager des mécanismes de réparation lorsque le préjudice subi est directement imputable à une faute ou à une défaillance administrative établie.
Car le paradoxe est saisissant : à l’heure où l’on parle partout de transformation numérique, de souveraineté et de modernisation de l’administration, certains Sénégalais demeurent prisonniers d’un fichier qui leur refuse, dans les faits, ce que leur naissance leur a donné de droit : leur identité.
Et que l’on ne s’y trompe pas : ce phénomène ne touche pas seulement des individus isolés. Il fragilise la confiance collective dans l’État.
Le Sénégalais qui attend pendant des mois un document, celui qui voit son passeport bloqué, celui qui ne peut ouvrir ou utiliser normalement un compte, celui qui ne peut voyager ou travailler parce que son identité est devenue « litigieuse » dans un système informatique, finit nécessairement par se demander où commence et où s’arrête la protection de son propre État.
Il y a urgence à répondre à cette interrogation.
Parce qu’un État qui sait identifier ses citoyens lorsqu’il a besoin d’eux doit être capable de les protéger lorsqu’ils ont besoin de lui.
On ne peut pas demander à un Sénégalais de prouver éternellement qu’il est Sénégalais.
Son identité n’est pas une faveur administrative. Elle est un droit.
Et lorsqu’un dysfonctionnement de l’État prive un citoyen de ce droit, l’État ne doit ni détourner le regard, ni chercher des excuses : il doit corriger, réparer et, lorsque les responsabilités sont établies, sanctionner.


Le cauchemar de l’état civil : des Sénégalais condamnés à prouver qu’ils existent
