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Mauritanie : El Moctar Ould Djay démissionne après la remise du rapport sur les incendies électriques de Nouakchott

Rédigé par Dakarposte le Vendredi 9 Octobre 2026 à 17:01 modifié le Vendredi 9 Octobre 2026 - 19:01

Au lendemain de la transmission au chef de l’État du rapport d’enquête sur les incendies ayant frappé deux postes de transformation électrique de la capitale, le Premier ministre mauritanien, El Moctar Ould Djay, a présenté, ce vendredi 9 octobre 2026, la démission de son gouvernement au président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Une séquence politique dont la proximité avec cette crise énergétique nourrit les interrogations, sans qu’un lien de causalité ait été officiellement établi.


Dans le décorum solennel du palais présidentiel de Nouakchott, une nouvelle page de la vie institutionnelle mauritanienne s’est ouverte ce vendredi.

Reçu en audience par le président de la République, Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, le chef du gouvernement, El Moctar Ould Djay, a formellement remis la démission de son cabinet, mettant ainsi un terme à une séquence de l’action exécutive dont le bilan fait désormais l’objet d’une appréciation présidentielle.

Selon l’Agence mauritanienne d’information (AMI), le Premier ministre sortant a assumé la responsabilité des insuffisances relevées dans le bilan de son gouvernement, sans toutefois avancer de motif précis pour expliquer cette décision.

Cette démarche, inscrite dans les usages de la vie républicaine, intervient néanmoins dans un contexte particulier, marqué par les interrogations suscitées par les récents incidents survenus dans le réseau électrique de la capitale.
Car derrière le caractère protocolaire de cette démission se dessine une actualité autrement plus sensible : celle des incendies qui ont affecté deux postes de transformation électrique à Nouakchott, provoquant d’importantes perturbations dans l’approvisionnement en électricité et plaçant la fiabilité des infrastructures énergétiques au centre des préoccupations publiques.




Le rapport d’enquête, toile de fond d’une séquence politique délicate

Les 18 et 21 août derniers, deux incendies survenus sur des installations électriques de la capitale avaient mis en évidence la vulnérabilité potentielle d’équipements essentiels au fonctionnement des services urbains. Face à la gravité des incidents et à leurs conséquences sur la distribution de l’électricité, les autorités avaient décidé, le 25 août, de mettre en place une commission d’enquête chargée d’en déterminer les causes et d’identifier d’éventuelles défaillances.

D’après les premières conclusions rapportées par l’agence Anadolu, les sinistres seraient liés à des raccordements électriques non conformes aux normes. Des défaillances impliquant une entreprise privée ainsi que des responsables du ministère de l’Énergie auraient également été relevées. Ces éléments, qui appellent à être appréciés à la lumière du rapport définitif et des éventuelles procédures engagées, soulèvent des questions importantes sur le respect des normes techniques, le contrôle des installations et la répartition des responsabilités entre les différents intervenants.

Le jeudi 8 octobre, le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani a reçu le rapport final de la commission. Selon les informations communiquées, il a demandé au gouvernement d’en appliquer les recommandations et d’en rendre le contenu public.
Cette instruction revêt une portée particulière. Au-delà de l’établissement des circonstances des incendies, il s’agit de déterminer les mesures correctives nécessaires, de prévenir la répétition de tels incidents et de garantir que les éventuelles responsabilités soient établies dans le respect des procédures administratives et judiciaires.

La transparence apparaît, dans ce contexte, comme une exigence fondamentale. La publication du rapport permettrait de mieux éclairer l’opinion publique sur les causes des sinistres, les éventuelles défaillances constatées et les mesures préconisées pour renforcer la sécurité des infrastructures électriques.




Une proximité temporelle qui suscite des interrogations

La succession des événements retient inévitablement l’attention : la remise du rapport au chef de l’État le jeudi 8 octobre, suivie, dès le lendemain, de la démission du gouvernement. Cette proximité temporelle nourrit les interrogations sur les implications politiques de la crise énergétique et sur l’appréciation que le président de la République a pu faire du bilan de son équipe.

Il convient toutefois de distinguer la concomitance des faits d’un lien de causalité établi. À ce stade, aucune annonce officielle ne permet d’affirmer que la démission d’El Moctar Ould Djay découle directement des conclusions de l’enquête sur les incendies de Nouakchott. L’absence de motif précis officiellement avancé par le Premier ministre invite donc à la prudence dans l’interprétation de cette séquence.

Pour autant, la responsabilité assumée par le chef du gouvernement quant aux insuffisances du bilan de son équipe donne à son départ une dimension politique notable. Dans la conduite des affaires publiques, la responsabilité gouvernementale ne se limite pas aux actes directement accomplis par un ministre ou un service administratif. Elle renvoie également à la capacité de l’exécutif à assurer le suivi des politiques publiques, à contrôler les organismes placés sous son autorité et à corriger les défaillances lorsqu’elles sont constatées.

En matière d’infrastructures essentielles, cette exigence revêt une importance particulière. La continuité de l’approvisionnement en électricité, la sécurité des installations et la qualité des mécanismes de contrôle constituent des impératifs qui engagent la crédibilité de l’action publique. Toute défaillance majeure appelle, dès lors, des explications circonstanciées, des mesures correctives et, lorsque les faits le justifient, l’établissement des responsabilités.



Ghazouani face aux choix de la prochaine étape gouvernementale

La démission du cabinet ouvre désormais une nouvelle phase institutionnelle, dont le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani détient les principales clés. Il lui revient de déterminer la suite à donner à cette transition, notamment à travers la nomination éventuelle d’un nouveau Premier ministre et la constitution d’une future équipe gouvernementale.

Cette recomposition pourrait offrir l’occasion de réévaluer les priorités de l’action publique, de renforcer les mécanismes de coordination gouvernementale et de consolider les dispositifs de contrôle des infrastructures stratégiques. Elle pourrait également s’inscrire dans une réflexion plus large sur l’efficacité administrative, la responsabilité des gestionnaires publics et la capacité de l’État à répondre aux attentes des citoyens.

Dans un environnement sahélien marqué par des défis sécuritaires, économiques et sociaux persistants, la stabilité institutionnelle et la continuité des politiques publiques demeurent des enjeux essentiels. La composition du prochain gouvernement, si un changement d’équipe intervient, sera donc observée à l’aune des orientations que le chef de l’État entend privilégier et des réponses qu’il apportera aux difficultés mises en lumière ces derniers mois.

Toutefois, au-delà des noms et des équilibres qui pourraient émerger, l’enjeu réside également dans la traduction concrète des décisions présidentielles : renforcement de la gouvernance des infrastructures, amélioration des mécanismes de surveillance, respect des normes techniques et suivi rigoureux des recommandations de la commission d’enquête.



La transparence comme impératif de gouvernance

La prochaine étape ne se jouera pas uniquement dans les bureaux du palais présidentiel. Elle se mesurera aussi à la manière dont les autorités donneront suite aux conclusions de l’enquête sur les incendies électriques.

La publication du rapport, l’application de ses recommandations et la clarification des responsabilités éventuelles constituent autant de tests pour la gouvernance publique mauritanienne. Si des manquements sont confirmés, les mesures correctives devront être à la hauteur des risques constatés. Si des responsabilités individuelles ou institutionnelles sont établies, elles devront être traitées dans le respect du droit et des garanties procédurales.

En définitive, la démission d’El Moctar Ould Djay marque un tournant dans la séquence politique ouverte par les incendies de Nouakchott, sans que les éléments disponibles permettent d’en faire une conséquence directe de l’enquête. La décision présidentielle sur la future architecture gouvernementale, tout comme les suites réservées au rapport, permettra de mieux cerner les orientations retenues par les autorités.

À Nouakchott, les regards se tournent désormais vers Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani. Au-delà du choix de son prochain chef de gouvernement, c’est la capacité de l’État à transformer une crise en occasion de réforme, à garantir la transparence et à consolider la fiabilité de ses infrastructures essentielles qui se trouve désormais au cœur des attentes.

Mamadou Ndiaye

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