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Sidya Touré : la Guinée perd une voix, une trajectoire et une mémoire politique

Rédigé par Dakarposte le Samedi 26 Septembre 2026 à 11:47 modifié le Samedi 26 Septembre 2026 - 13:48

La Guinée est en deuil. À Paris, où s’est éteint vendredi 25 septembre 2026, à l’âge de 81 ans, Sidya Touré, c’est une longue page de l’histoire politique guinéenne qui vient de se refermer.

Ancien Premier ministre de la République, fondateur et président de l’Union des forces républicaines (UFR), figure majeure de l’opposition durant plusieurs décennies, l’homme aura traversé les soubresauts de son pays avec cette singulière obstination de ceux qui ont fait de la chose publique non pas une parenthèse, mais une vocation.

La disparition est survenue dans la capitale française, où Sidya Touré était hospitalisé. Des sources familiales citées par la presse guinéenne indiquent qu’il est décédé des suites d’une maladie. Il avait auparavant séjourné plusieurs mois en Côte d’Ivoire avant de rejoindre Paris. L’annonce de sa mort a rapidement suscité une vague d’émotion au sein de la classe politique guinéenne, où les témoignages saluant sa mémoire se multiplient.

Le destin de Sidya Touré ne saurait cependant être réduit à une fonction ou à un titre. Il fut d’abord un homme d’administration, un technocrate rompu aux arcanes de la gestion publique et des finances. Une importante partie de sa carrière s’est déroulée en Côte d’Ivoire, où il occupa plusieurs responsabilités dans les domaines économique et administratif, avant de devenir notamment directeur de cabinet d’Alassane Ouattara lorsque celui-ci était Premier ministre ivoirien. Cette expérience forgea chez lui une culture de l’État qui allait plus tard imprégner son action en Guinée.

C’est en 1996 que son parcours prit une dimension nationale décisive. Le président Lansana Conté lui confia la formation du gouvernement et Sidya Touré devint, le 9 juillet de cette année-là, Premier ministre de la République de Guinée.

Il demeura à la Primature jusqu’en mars 1999. Son arrivée intervenait dans un contexte économique, social et politique particulièrement délicat, et son passage au gouvernement fut associé à des efforts de réforme administrative et économique ainsi qu'à une volonté de renforcer les relations avec les institutions financières internationales.

Mais c’est peut-être après la Primature que Sidya Touré allait inscrire son nom avec le plus de constance dans le paysage politique guinéen. Devenu président de l’Union des forces républicaines, il s’imposa comme l’un des visages familiers de l’opposition.

Il participa aux grandes échéances électorales et aux débats qui ont rythmé la vie nationale pendant près de trois décennies. En 2010, il fut candidat à l’élection présidentielle et termina troisième au premier tour avant de soutenir Cellou Dalein Diallo au second tour.


Son parcours fut également marqué par les heures les plus sombres de l’histoire politique récente de la Guinée. Le 28 septembre 2009, lors de la manifestation organisée au stade de Conakry contre une éventuelle candidature de la junte au pouvoir, la répression fit de nombreuses victimes. Sidya Touré figurait parmi les responsables de l’opposition présents sur les lieux et fut lui-même grièvement blessé. Cette journée tragique devait laisser une empreinte profonde dans sa trajectoire comme dans la mémoire collective guinéenne.

Au fil des ans, Sidya Touré aura connu les honneurs du pouvoir, les rigueurs de l’opposition et les contraintes de l’éloignement. En 2016, il fut nommé Haut représentant du chef de l’État sous Alpha Condé, fonction qu’il quitta en 2018. Cette parenthèse institutionnelle n’effaça pas son identité politique : celle d’un homme dont la carrière s’était construite dans le débat public, la défense de ses convictions et la recherche d’une place pour son courant politique dans l’architecture nationale.

Après le coup d’État du 5 septembre 2021, Sidya Touré quitta la Guinée et vécut notamment en Côte d’Ivoire. Son éloignement du pays n’interrompit pas pour autant son engagement. Depuis l’étranger, il continua de commenter l’évolution de la Guinée et deporter la voix de l’UFR, jusqu’aux dernières années d’une existence entièrement traversée par la politique et le service public.

Sa disparition intervient dans un contexte douloureux pour les anciens compagnons de l’UFR. Quelques mois auparavant, Bakary Goyo Zoumanigui, autre figure historique du parti, disparaissait à Conakry. Quelques jours seulement avant la mort de Sidya Touré, Badara Fofana, ancien responsable de l’UFR et proche compagnon politique, était également décédé. Une génération militante semble ainsi progressivement s'effacer, laissant derrière elle des souvenirs, des combats et des pans entiers de la mémoire politique contemporaine de la Guinée.

Les hommages qui affluent donnent déjà la mesure de l’empreinte laissée par le disparu. Le Premier ministre Amadou Oury Bah a salué la mémoire d’un « réformateur pragmatique » et d’une figure ayant marqué la vie politique guinéenne pendant trois décennies. Le Dr Ousmane Kaba, quant à lui, a évoqué la disparition d’un compagnon de lutte et d’un « grand frère », rappelant près de trente années de proximité, de travail et d’engagement commun.

Il appartiendra désormais à l’histoire de démêler, avec le recul nécessaire, les grandeurs, les controverses, les espérances et les désillusions qui ont jalonné l’itinéraire de Sidya Touré.

Mais une certitude demeure : rares sont les hommes qui traversent trois décennies de vie publique sans laisser derrière eux une trace suffisamment profonde pour susciter, au moment de leur disparition, autant de souvenirs et de témoignages.

De la haute administration ivoirienne à la Primature de Guinée, des couloirs du pouvoir aux tribunes de l’opposition, des rendez-vous électoraux aux années d’exil, Sidya Touré aura vécu plusieurs vies en une seule. Il s’en va loin de cette Guinée dont il fut l’un des acteurs politiques les plus constants, laissant derrière lui une histoire intimement mêlée à celle de son pays.

À présent que le silence succède à la parole, que les querelles d’hier se dissolvent dans la gravité du deuil et que la politique cède momentanément sa place au souvenir, la Guinée regarde disparaître l’un de ses grands protagonistes contemporains.
Sidya Touré n’est plus. Mais son nom, lui, demeure inscrit dans les pages mouvementées de l’histoire politique guinéenne.

Mamadou Ndiaye

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