New Delhi s’est transformée, ce 12 septembre, en véritable capitale de la diplomatie mondiale à l’occasion de l’ouverture du sommet des BRICS+, placé sous haute surveillance sécuritaire. Une quinzaine de chefs d’État et de gouvernement sont réunis dans la capitale indienne, parmi lesquels figurent notamment les dirigeants de la Russie, de la Chine et de l’Iran. La présence de ces responsables illustre la montée en puissance d’un forum qui entend désormais peser davantage sur les grands équilibres économiques et géopolitiques internationaux.
Si les BRICS+ se présentent officiellement comme un cadre de coopération économique et financière, le sommet de New Delhi revêt une dimension politique particulièrement importante.
L’un des principaux sujets au cœur des discussions concerne la réduction de la dépendance du commerce international à l’égard du dollar américain.
Les membres du groupe souhaitent approfondir les mécanismes permettant de régler une partie de leurs échanges dans leurs monnaies nationales, de renforcer les systèmes de paiement alternatifs et, plus largement, de favoriser une diversification du système monétaire international.
Cette ambition de « dédollarisation » ne signifie pas nécessairement la disparition prochaine du dollar comme principale monnaie de réserve et de transaction.
Elle traduit plutôt la volonté de plusieurs puissances émergentes de réduire leur vulnérabilité face aux sanctions financières, aux fluctuations monétaires et à la domination des infrastructures financières occidentales.
La Russie, en particulier, défend depuis plusieurs années une architecture financière internationale moins dépendante des institutions et des mécanismes contrôlés par les puissances occidentales.
Mais derrière les discussions économiques se profile un enjeu diplomatique autrement plus délicat : la relation entre l’Inde et la Chine. Les deux puissances asiatiques entretiennent une rivalité stratégique profonde, alimentée notamment par leurs différends territoriaux dans l’Himalaya, leur compétition pour l’influence en Asie et leur volonté respective de s’imposer comme une puissance majeure du XXIᵉ siècle.
Pour New Delhi, le rapprochement récent avec Pékin constitue donc un exercice d’équilibrisme. L’Inde cherche à préserver ses intérêts nationaux tout en évitant de s’enfermer dans une logique de confrontation avec la Chine.
Cette stratégie s’inscrit dans ce que les diplomates indiens qualifient souvent de « multi-alignement » : plutôt que de choisir un camp, New Delhi entend entretenir simultanément des partenariats avec plusieurs pôles de puissance.
L’Inde est ainsi membre des BRICS+, mais également du Quad aux côtés des États-Unis, du Japon et de l’Australie, une enceinte qui joue un rôle important dans la stratégie indo-pacifique.
Parallèlement, New Delhi entretient des relations historiques avec Moscou et poursuit un partenariat stratégique étroit avec Washington. Cette diplomatie à plusieurs vecteurs permet au gouvernement indien de défendre une politique étrangère fondée avant tout sur l’autonomie stratégique.
Le rapprochement sino-indien constitue, dans ce contexte, un développement majeur. Après plusieurs années de fortes tensions, notamment à la suite des affrontements meurtriers de 2020 dans la région du Ladakh, les deux pays cherchent à stabiliser leur relation.
La reprise du dialogue politique et militaire pourrait faciliter la coopération économique et commerciale, mais elle ne signifie pas pour autant la disparition de leur rivalité structurelle.
Cette prudence est d’autant plus nécessaire que Pékin et New Delhi défendent des visions différentes de l’ordre régional.
La Chine dispose d’une influence économique considérable en Asie et cherche à consolider ses partenariats à travers ses grands projets d’infrastructures et de connectivité. L’Inde, de son côté, aspire à renforcer son rôle de puissance maritime et à devenir un acteur incontournable de l’Indo-Pacifique.
Le sommet de New Delhi doit également composer avec les profondes divergences qui traversent les BRICS+ sur les grandes crises internationales. La guerre au Moyen-Orient constitue notamment un sujet de désaccord et de tension diplomatique. Les positions des membres du groupe sont loin d’être homogènes, tant sur la question israélo-palestinienne que sur le rôle des puissances occidentales dans la région.
La présence de l’Iran ajoute une dimension supplémentaire à ces débats. Téhéran entend utiliser le cadre des BRICS pour consolider ses relations économiques et diplomatiques avec les puissances émergentes, tout en cherchant à réduire les effets des sanctions occidentales qui pèsent sur son économie.
La Russie, elle aussi, voit dans l’organisation un instrument permettant de renforcer ses relations avec des partenaires non occidentaux.
L’élargissement du groupe a d’ailleurs considérablement accru sa diversité. Aux membres historiques se sont ajoutés plusieurs États issus de différentes régions du monde, donnant aux BRICS+ une représentation géographique et économique beaucoup plus large.
Cette expansion renforce leur poids collectif, mais rend également plus difficile l’adoption de positions communes sur les questions géopolitiques sensibles.
C’est précisément là que réside le principal paradoxe du sommet : les BRICS+ veulent apparaître comme un pôle capable de rééquilibrer l’ordre international, mais ils rassemblent des pays dont les intérêts, les régimes politiques et les priorités stratégiques sont parfois profondément divergents.
Pour l’Inde, le défi est donc double. New Delhi veut profiter de la dynamique des BRICS+ pour promouvoir un ordre mondial plus multipolaire, défendre les intérêts des économies émergentes et renforcer son influence internationale. Mais elle souhaite simultanément éviter que le groupe ne se transforme en une alliance explicitement dirigée contre les États-Unis et leurs alliés.
Le « multi-alignement » indien trouve ici toute sa complexité. Narendra Modi cherche à maintenir un dialogue avec Pékin et Moscou tout en approfondissant le partenariat avec Washington et les autres puissances indo-pacifiques.
Cette stratégie offre à l’Inde une marge de manœuvre considérable, mais elle l’oblige également à naviguer entre des intérêts parfois contradictoires.
Le sommet de New Delhi sera donc observé bien au-delà des questions économiques inscrites officiellement à son ordre du jour. Il permettra surtout de mesurer la capacité des BRICS+ à transformer leur poids démographique et économique en véritable influence politique, mais aussi de déterminer si le rapprochement entre l’Inde et la Chine peut ouvrir une nouvelle phase de coopération sans effacer leur rivalité stratégique.
Au-delà des déclarations officielles, une question domine ainsi les débats : les BRICS+ peuvent-ils réellement devenir l’un des piliers d’un ordre mondial multipolaire, alors même que leurs principaux membres restent divisés sur les grandes crises internationales ?
Pour New Delhi, l’enjeu est également de démontrer qu’il est possible de jouer un rôle central dans cette recomposition du monde sans renoncer à son principe d’autonomie stratégique.
Si les BRICS+ se présentent officiellement comme un cadre de coopération économique et financière, le sommet de New Delhi revêt une dimension politique particulièrement importante.
L’un des principaux sujets au cœur des discussions concerne la réduction de la dépendance du commerce international à l’égard du dollar américain.
Les membres du groupe souhaitent approfondir les mécanismes permettant de régler une partie de leurs échanges dans leurs monnaies nationales, de renforcer les systèmes de paiement alternatifs et, plus largement, de favoriser une diversification du système monétaire international.
Cette ambition de « dédollarisation » ne signifie pas nécessairement la disparition prochaine du dollar comme principale monnaie de réserve et de transaction.
Elle traduit plutôt la volonté de plusieurs puissances émergentes de réduire leur vulnérabilité face aux sanctions financières, aux fluctuations monétaires et à la domination des infrastructures financières occidentales.
La Russie, en particulier, défend depuis plusieurs années une architecture financière internationale moins dépendante des institutions et des mécanismes contrôlés par les puissances occidentales.
Mais derrière les discussions économiques se profile un enjeu diplomatique autrement plus délicat : la relation entre l’Inde et la Chine. Les deux puissances asiatiques entretiennent une rivalité stratégique profonde, alimentée notamment par leurs différends territoriaux dans l’Himalaya, leur compétition pour l’influence en Asie et leur volonté respective de s’imposer comme une puissance majeure du XXIᵉ siècle.
Pour New Delhi, le rapprochement récent avec Pékin constitue donc un exercice d’équilibrisme. L’Inde cherche à préserver ses intérêts nationaux tout en évitant de s’enfermer dans une logique de confrontation avec la Chine.
Cette stratégie s’inscrit dans ce que les diplomates indiens qualifient souvent de « multi-alignement » : plutôt que de choisir un camp, New Delhi entend entretenir simultanément des partenariats avec plusieurs pôles de puissance.
L’Inde est ainsi membre des BRICS+, mais également du Quad aux côtés des États-Unis, du Japon et de l’Australie, une enceinte qui joue un rôle important dans la stratégie indo-pacifique.
Parallèlement, New Delhi entretient des relations historiques avec Moscou et poursuit un partenariat stratégique étroit avec Washington. Cette diplomatie à plusieurs vecteurs permet au gouvernement indien de défendre une politique étrangère fondée avant tout sur l’autonomie stratégique.
Le rapprochement sino-indien constitue, dans ce contexte, un développement majeur. Après plusieurs années de fortes tensions, notamment à la suite des affrontements meurtriers de 2020 dans la région du Ladakh, les deux pays cherchent à stabiliser leur relation.
La reprise du dialogue politique et militaire pourrait faciliter la coopération économique et commerciale, mais elle ne signifie pas pour autant la disparition de leur rivalité structurelle.
Cette prudence est d’autant plus nécessaire que Pékin et New Delhi défendent des visions différentes de l’ordre régional.
La Chine dispose d’une influence économique considérable en Asie et cherche à consolider ses partenariats à travers ses grands projets d’infrastructures et de connectivité. L’Inde, de son côté, aspire à renforcer son rôle de puissance maritime et à devenir un acteur incontournable de l’Indo-Pacifique.
Le sommet de New Delhi doit également composer avec les profondes divergences qui traversent les BRICS+ sur les grandes crises internationales. La guerre au Moyen-Orient constitue notamment un sujet de désaccord et de tension diplomatique. Les positions des membres du groupe sont loin d’être homogènes, tant sur la question israélo-palestinienne que sur le rôle des puissances occidentales dans la région.
La présence de l’Iran ajoute une dimension supplémentaire à ces débats. Téhéran entend utiliser le cadre des BRICS pour consolider ses relations économiques et diplomatiques avec les puissances émergentes, tout en cherchant à réduire les effets des sanctions occidentales qui pèsent sur son économie.
La Russie, elle aussi, voit dans l’organisation un instrument permettant de renforcer ses relations avec des partenaires non occidentaux.
L’élargissement du groupe a d’ailleurs considérablement accru sa diversité. Aux membres historiques se sont ajoutés plusieurs États issus de différentes régions du monde, donnant aux BRICS+ une représentation géographique et économique beaucoup plus large.
Cette expansion renforce leur poids collectif, mais rend également plus difficile l’adoption de positions communes sur les questions géopolitiques sensibles.
C’est précisément là que réside le principal paradoxe du sommet : les BRICS+ veulent apparaître comme un pôle capable de rééquilibrer l’ordre international, mais ils rassemblent des pays dont les intérêts, les régimes politiques et les priorités stratégiques sont parfois profondément divergents.
Pour l’Inde, le défi est donc double. New Delhi veut profiter de la dynamique des BRICS+ pour promouvoir un ordre mondial plus multipolaire, défendre les intérêts des économies émergentes et renforcer son influence internationale. Mais elle souhaite simultanément éviter que le groupe ne se transforme en une alliance explicitement dirigée contre les États-Unis et leurs alliés.
Le « multi-alignement » indien trouve ici toute sa complexité. Narendra Modi cherche à maintenir un dialogue avec Pékin et Moscou tout en approfondissant le partenariat avec Washington et les autres puissances indo-pacifiques.
Cette stratégie offre à l’Inde une marge de manœuvre considérable, mais elle l’oblige également à naviguer entre des intérêts parfois contradictoires.
Le sommet de New Delhi sera donc observé bien au-delà des questions économiques inscrites officiellement à son ordre du jour. Il permettra surtout de mesurer la capacité des BRICS+ à transformer leur poids démographique et économique en véritable influence politique, mais aussi de déterminer si le rapprochement entre l’Inde et la Chine peut ouvrir une nouvelle phase de coopération sans effacer leur rivalité stratégique.
Au-delà des déclarations officielles, une question domine ainsi les débats : les BRICS+ peuvent-ils réellement devenir l’un des piliers d’un ordre mondial multipolaire, alors même que leurs principaux membres restent divisés sur les grandes crises internationales ?
Pour New Delhi, l’enjeu est également de démontrer qu’il est possible de jouer un rôle central dans cette recomposition du monde sans renoncer à son principe d’autonomie stratégique.


Sommet des BRICS+ : le « multi-alignement » de l’Inde à l’épreuve de son rapprochement avec la Chine


