L'affaire de la villa du Point E, attribuée à l'ancien procureur de la République Serigne Bassirou Guèye, vient de connaître un coup de théâtre qui en dit long sur les mœurs de notre élite administrative.
Le revirement spectaculaire de Yaya Abdoul Kane, ancien directeur général de la Société de gestion du patrimoine bâti de l’État (Sogepa), résonne comme une tentative désespérée de normaliser ce qui choque profondément la conscience républicaine.
En affirmant désormais dans les colonnes de L’Observateur que ce bail emphytéotique est « plus légal que les baux de Fayçal », et en invoquant un décret de 2013 ou l'onction de l'ancienne présidence de Macky Sall, l'ancien patron de la Sogepa tente de blanchir une pratique pourtant indéfendable.
Nombre de Sénégalais, bercés par la première version des faits issue des commissions d'enquête parlementaires qui dénonçaient un accaparement indu, assistent médusés à ce rétropédalage.
Qu'un grand magistrat, un serviteur de l'État, se voie affecter un logement de fonction pour l'exercice de ses délicates missions, relève de l'orthodoxie république la plus absolue. Nul ne saurait le contester. En revanche, qu'un mécanisme juridique – en l'occurrence un bail – soit utilisé pour transférer définitivement un bien du patrimoine public dans le patrimoine privé d'un fonctionnaire constitue une dérive inacceptable. C'est le cœur même de la République qui est ici dévoyé.
Plus grave encore est l'argument de défense brandi par Yaya Abdoul Kane pour absoudre le magistrat : « d'autres hauts fonctionnaires ont bénéficié d'attributions similaires ». Justifier un passe-droit par la répétition du privilège ne fait qu'accentuer le malaise et révèle une faillite morale collective au sommet de l'État.
Cette affaire met à nu une pathologie endémique : la persistance d'une mentalité d'essence purement coloniale chez certains politiciens et hauts commis de l'État. Dès lors qu'ils occupent une position d'autorité au sein de l'appareil d'État, ces derniers se considèrent comme les maîtres absolus du domaine national, s'arrogeant un droit de jouissance et de prédation sans limites sur les biens de la collectivité. Or, la fonction publique est un sacerdoce, non un accélérateur de fortune.
Le fonctionnaire qui aspire au luxe, à l'opulence et à la prospérité matérielle doit avoir le courage de démissionner, de rejoindre le secteur privé et d'y réaliser ses ambitions par la force du marché.
Dans les pays en développement, l'intégration de la haute administration est trop souvent dévoyée. Elle est devenue soit un refuge de fortune pour ceux qui n'ont trouvé aucune autre issue, soit le tremplin d'ambitions démesurées nourries par des individus dépourvus des capacités requises pour briller dans le monde hautement compétitif de l'entreprise.
En transformant le patrimoine immobilier de l'État en monnaie d'échange ou en récompense de fin de carrière, l'élite bureaucratique creuse le fossé entre les citoyens et les institutions.
Face à ce ciblage prétendument « injustifié », il est temps de rappeler une vérité cardinale : les biens de l'État appartiennent au peuple, et aucun décret, aucune coutume administrative ne saurait légitimer la privatisation du bien commun.
clounjay@yahoo.fr
Le revirement spectaculaire de Yaya Abdoul Kane, ancien directeur général de la Société de gestion du patrimoine bâti de l’État (Sogepa), résonne comme une tentative désespérée de normaliser ce qui choque profondément la conscience républicaine.
En affirmant désormais dans les colonnes de L’Observateur que ce bail emphytéotique est « plus légal que les baux de Fayçal », et en invoquant un décret de 2013 ou l'onction de l'ancienne présidence de Macky Sall, l'ancien patron de la Sogepa tente de blanchir une pratique pourtant indéfendable.
Nombre de Sénégalais, bercés par la première version des faits issue des commissions d'enquête parlementaires qui dénonçaient un accaparement indu, assistent médusés à ce rétropédalage.
Qu'un grand magistrat, un serviteur de l'État, se voie affecter un logement de fonction pour l'exercice de ses délicates missions, relève de l'orthodoxie république la plus absolue. Nul ne saurait le contester. En revanche, qu'un mécanisme juridique – en l'occurrence un bail – soit utilisé pour transférer définitivement un bien du patrimoine public dans le patrimoine privé d'un fonctionnaire constitue une dérive inacceptable. C'est le cœur même de la République qui est ici dévoyé.
Plus grave encore est l'argument de défense brandi par Yaya Abdoul Kane pour absoudre le magistrat : « d'autres hauts fonctionnaires ont bénéficié d'attributions similaires ». Justifier un passe-droit par la répétition du privilège ne fait qu'accentuer le malaise et révèle une faillite morale collective au sommet de l'État.
Cette affaire met à nu une pathologie endémique : la persistance d'une mentalité d'essence purement coloniale chez certains politiciens et hauts commis de l'État. Dès lors qu'ils occupent une position d'autorité au sein de l'appareil d'État, ces derniers se considèrent comme les maîtres absolus du domaine national, s'arrogeant un droit de jouissance et de prédation sans limites sur les biens de la collectivité. Or, la fonction publique est un sacerdoce, non un accélérateur de fortune.
Le fonctionnaire qui aspire au luxe, à l'opulence et à la prospérité matérielle doit avoir le courage de démissionner, de rejoindre le secteur privé et d'y réaliser ses ambitions par la force du marché.
Dans les pays en développement, l'intégration de la haute administration est trop souvent dévoyée. Elle est devenue soit un refuge de fortune pour ceux qui n'ont trouvé aucune autre issue, soit le tremplin d'ambitions démesurées nourries par des individus dépourvus des capacités requises pour briller dans le monde hautement compétitif de l'entreprise.
En transformant le patrimoine immobilier de l'État en monnaie d'échange ou en récompense de fin de carrière, l'élite bureaucratique creuse le fossé entre les citoyens et les institutions.
Face à ce ciblage prétendument « injustifié », il est temps de rappeler une vérité cardinale : les biens de l'État appartiennent au peuple, et aucun décret, aucune coutume administrative ne saurait légitimer la privatisation du bien commun.
clounjay@yahoo.fr


Villa du Point E : quand le patrimoine public devient l’enjeu des privilèges.


