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Abdou Karim Sall : « Le Sénégal attend des résultats mesurables, pas de nouvelles promesses »

Rédigé par Dakarposte le Lundi 14 Septembre 2026 à 12:52 modifié le Lundi 14 Septembre 2026 - 14:53

Dans un entretien accordé à notre confrère Dakaractu, Abdou Karim Sall, député et maire de Mbao, revient largement sur l’actualité politique nationale, la nouvelle étape franchie par son parti And Ci Kooluté ngir Sénégal (AKS), ainsi que sur les perspectives électorales et les défis économiques et sociaux auxquels le Sénégal est confronté.

Au lendemain de l’obtention, le 21 août 2026, du récépissé officiel d’AKS, après près de deux années de fonctionnement en coalition, le président de la formation politique considère cette reconnaissance comme une étape « politique et juridique majeure ».

Elle doit, selon lui, permettre au parti de disposer d’une organisation permanente, de structurer ses instances sur l’ensemble du territoire et dans la diaspora, d’accueillir directement de nouveaux adhérents et de préparer les prochaines échéances électorales sous sa propre identité.

Abdou Karim Sall annonce, à cet effet, une implantation nationale progressive et méthodique, fondée sur la mise en place de structures communales, départementales et régionales, la formation des responsables, le renforcement des adhésions et le développement des outils numériques. Sans prétendre rivaliser immédiatement avec les grandes formations politiques en matière de moyens, il mise sur l’expérience de ses militants, leur connaissance de l’État et des collectivités territoriales ainsi que sur la crédibilité du projet porté par AKS.

Sur le plan politique, le maire de Mbao revendique pour son parti une position d’« opposition démocratique », récusant aussi bien l’opposition systématique que la logique du refus permanent. AKS entend soutenir les initiatives jugées conformes à l’intérêt national et s’opposer fermement à celles qu’il considérerait contraires aux intérêts du Sénégal et de ses citoyens. Une éventuelle recomposition politique ne saurait, à ses yeux, être fondée sur des ambitions individuelles, mais devrait reposer sur un projet, une vision et des principes clairement établis.

Revenant sur le score de 0,59 % obtenu en 2024, Abdou Karim Sall affiche une certaine lucidité, sans pour autant céder au découragement. Il estime que cette expérience électorale a permis à sa formation d’identifier ses forces, ses insuffisances et son potentiel. L’ambition affichée est désormais de transformer la sympathie politique en une organisation solidement implantée, en misant notamment sur la proximité, la jeunesse, les femmes et une présence électorale mieux structurée.

Interrogé sur la cohésion interne d’AKS, il reconnaît les évolutions, départs et adhésions qui jalonnent la vie de toute organisation politique en construction. Il insiste toutefois sur la nécessité de préserver le projet collectif, de renforcer la discipline et la démocratie interne. Le parti, affirme-t-il, restera ouvert à ceux qui partagent sincèrement ses valeurs, mais ne saurait devenir « une gare de passage » ni l’instrument d’ambitions personnelles.


Évoquant son double mandat de député et de maire, Abdou Karim Sall estime que ces deux fonctions sont complémentaires. À Mbao, il cite parmi les priorités la lutte contre les inondations, l’assainissement, la protection du littoral et des zones naturelles, l’amélioration du cadre de vie, l’éducation, la santé, l’emploi des jeunes, l’accompagnement des femmes, mais également les infrastructures, la mobilité et la sécurité. Il assure vouloir poursuivre la mobilisation engagée depuis avril 2026 et consolider la présence de l’équipe municipale auprès des populations.

Sur le calendrier des élections territoriales, le maire de Mbao appelle à davantage de visibilité et de prévisibilité. Il rappelle le rejet, le 27 août 2026, du recours visant à contraindre les autorités à fixer la date du scrutin, tout en soulignant que l’incertitude demeure tant qu’un calendrier officiel n’aura pas été arrêté. Pour lui, l’action municipale ne doit cependant pas être suspendue à l’agenda électoral : « un maire ne doit pas attendre une élection pour servir sa commune ».

Sur la situation nationale, Abdou Karim Sall livre une appréciation particulièrement critique. S’il reconnaît des orientations pertinentes dans la Déclaration de politique générale, notamment en matière de redressement des finances publiques, de souveraineté économique et alimentaire et d’équité territoriale, il estime que les annonces doivent désormais être confrontées à des objectifs précis, des moyens identifiés, des échéances et des indicateurs de résultats.

Son exigence est claire : « Le peuple sénégalais attend désormais des résultats mesurables, et non de nouvelles promesses. »
Il appelle également à davantage de précision sur l’emploi, le coût de la vie, l’éducation et la santé, estimant que plusieurs engagements restent encore trop généraux. Il met notamment en garde contre une réforme des subventions qui pèserait brutalement sur les ménages modestes et les classes moyennes.

Abordant les tensions entre l’exécutif et sa majorité parlementaire, Abdou Karim Sall y voit le signe d’une fragilisation préoccupante du contrat politique initial. Il estime que les institutions ne doivent pas devenir « le terrain d’un règlement de comptes entre anciens alliés » et appelle le Président de la République à clarifier la ligne politique du pays, sa majorité et les conditions dans lesquelles le Gouvernement doit exercer son action.

Le député porte également un regard critique sur le changement intervenu à la tête du Gouvernement. S’il admet que le référentiel Sénégal 2050 demeure le cap officiel, il considère que la pertinence d’un changement de méthode doit être appréciée à l’aune de ses résultats.

Pour lui, la crédibilité de l’action gouvernementale se mesurera à la capacité à restaurer la confiance, améliorer les conditions de vie et garantir la stabilité institutionnelle.
Concernant les décisions du Conseil constitutionnel, Abdou Karim Sall y voit un rappel essentiel du principe selon lequel aucune majorité politique ne peut s’affranchir de la Constitution. Il insiste parallèlement sur la nécessité de concilier transparence dans la gestion publique, respect des procédures législatives et séparation des pouvoirs.
Sur le front social, le député regrette l’escalade ayant conduit à la menace d’une grève générale de 72 heures et plaide pour la reprise d’un dialogue approfondi entre l’État, les syndicats et les employeurs. Les réformes touchant au Code du travail et à la sécurité sociale, estime-t-il, ne peuvent être conduites sans une véritable concertation.

Il se montre également attentif aux conséquences économiques du contexte international. Le maintien des taux directeurs de la BCEAO peut, selon lui, contribuer à contenir le coût du crédit, mais ne saurait à lui seul préserver le pouvoir d’achat. Face aux risques de renchérissement des produits pétroliers, du transport et de certaines denrées alimentaires, il préconise une action sur les circuits de distribution, la concurrence, les coûts logistiques et la production locale.

Enfin, Abdou Karim Sall juge que la confiance des partenaires financiers du Sénégal demeure fragile, même si elle peut être restaurée. Il appelle à une information financière plus fiable et transparente ainsi qu’à une stratégie crédible de redressement budgétaire, tout en refusant que l’effort d’ajustement repose exclusivement sur les ménages, les travailleurs et les entreprises nationales.

À l’approche des prochaines échéances locales, le président d’AKS affirme que son parti entend se présenter comme un pôle politique autonome, ouvert au dialogue et aux alliances fondées sur des programmes et des valeurs partagés. Il récuse le rôle de simple « force d’appoint » et ambitionne de faire d’AKS une force de proposition, de rassemblement et de gestion.

À l’Assemblée nationale comme à la mairie de Mbao, Abdou Karim Sall dit vouloir inscrire son action dans une même exigence : défendre l’intérêt général, contrôler l’action publique, protéger le pouvoir d’achat, soutenir l’emploi et renforcer la décentralisation, tout en poursuivant les efforts engagés dans sa commune. Une ligne qu’il résume en une formule : exercer les responsabilités avec sérieux, rendre compte aux citoyens et privilégier les résultats concrets à la confrontation politicienne.

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