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CHEIKH YERIM A-T-IL PERDU LE SENS DE LA MESURE ? (CONTRIBUTION)

Rédigé par Dakarposte le Mardi 9 Juin 2026 à 15:33 modifié le Mardi 9 Juin 2026 - 17:34

Il arrive, dans la vie publique, que certains virages soient si brusques qu’ils suscitent l’interrogation. Celui de Cheikh Yérim Seck s’inscrit dans cette catégorie.

Invité sur le plateau d’Aïssatou Diop Fall, sur Public SN, le journaliste s’est livré à une analyse qui n’a pas manqué de surprendre.
En cause : son appréciation, désormais plus nuancée, à l’égard d’Ousmane Sonko — une position qui contraste avec ses prises de parole antérieures.

Faut-il y voir l’expression d’une évolution réfléchie ? D’un regard renouvelé ? Ou simplement une relecture des circonstances ?
Par souci d’équité, il convient toutefois de rappeler que Cheikh Yérim Seck a récemment fait preuve d’une réelle pertinence analytique en soulignant le moment opportun d’une éventuelle dissociation entre Diomaye et Sonko. Sur ce point précis, son diagnostic avait été jugé éclairant, y compris par ses contradicteurs. Preuve que l’homme demeure capable d’intuition et de justesse.
Mais c’est précisément cette capacité qui appelle aujourd’hui une exigence accrue.
Car la valeur d’une adhésion ne se mesure pleinement qu’à l’aune de la liberté de s’en démarquer. Autrement dit, un “oui” n’acquiert sa portée que s’il s’inscrit dans une pensée capable, avec la même rigueur, de formuler un “non”. Cela suppose constance, cohérence et discipline intellectuelle.

Dans un contexte où une partie significative de l’opinion publique s’interroge sur la cohérence de certains discours politiques, les prises de position de Cheikh Yérim Seck suscitent naturellement débat. Et ce débat est légitime.

Toutefois, là où l’échange d’idées gagnerait à s’élever, le recours à des registres plus personnels ou véhéments peut brouiller le propos et en atténuer la portée. Une parole journalistique, pour conserver son autorité, se nourrit d’abord de retenue, de précision et de distance.

Le Sénégal, en la matière, a longtemps pu s’enorgueillir d’une tradition de grandes plumes, exigeantes et respectées, qui savaient conjuguer liberté de ton et sens de la mesure. Cette exigence, qui a façonné la crédibilité du débat public, semble aujourd’hui parfois s’estomper.

Dans cet affaiblissement relatif des repères, certaines voix peuvent être tentées de surestimer leur propre portée — comme si la rareté de la contradiction suffisait à tenir lieu de légitimité.

L’image est connue : dans certains contextes, une vision partielle peut aisément se donner les apparences de la clairvoyance.
Dès lors, la question n’est pas tant celle du droit à l’opinion — qui est fondamental — que celle de la manière de l’exprimer et de la soutenir dans la durée.

Car dans une démocratie vivante, la contradiction n’est pas une menace : elle est une condition du débat.
Peut-être est-ce là, finalement, l’enjeu essentiel : préserver cette exigence de cohérence et de tenue qui seule permet à une parole publique de demeurer audible.

Car un “oui” qui ne laisse plus place au “non” perd moins en liberté qu’en crédibilité.



Le Citoyen Amadou Moustapha Gaye

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