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L'ancien Pm Ousmane Sonko conteste les choix budgétaires du gouvernement et réclame un débat public avec son successeur Al Amine Lo : « Le peuple sénégalais jugera »

Rédigé par Dakarposte le Lundi 19 Octobre 2026 à 16:20 modifié le Lundi 19 Octobre 2026 - 18:21

Entre désaccords sur la gestion de la dette, contestation des choix budgétaires et inquiétudes sur le pouvoir d’achat, Ousmane Sonko hausse le ton face aux orientations de l’actuel gouvernement. L’ancien Premier ministre dénonce notamment la réduction annoncée des subventions aux produits pétroliers et remet en cause la pertinence des compensations sociales envisagées. Face à son successeur à la Primature, Al Amine Lo, il réclame un débat public pour confronter les chiffres, les arguments et les responsabilités. Une confrontation qu’il souhaite placer sous le regard des Sénégalais, appelés, selon lui, à juger sur la base des faits plutôt que des discours.


L'ancien Pm Ousmane Sonko conteste les choix budgétaires du gouvernement et réclame un débat public avec son successeur Al Amine Lo : « Le peuple sénégalais jugera »
Dans une longue prise de parole consacrée à la situation économique et financière du Sénégal, Ousmane Sonko a vivement contesté les orientations retenues par l’actuel gouvernement, notamment dans le cadre du projet de loi de finances rectificative et de la préparation du budget pour 2027.

L’ancien Premier ministre, qui affirme vouloir replacer la vérité au cœur du débat politique, a dénoncé ce qu’il considère comme un dévoiement des engagements initiaux, une répartition inéquitable des sacrifices budgétaires et une politique susceptible d’accentuer les difficultés des ménages.

Au-delà de la controverse sur les chiffres, il a appelé les Sénégalais à examiner les faits avec discernement, dans un contexte où les accusations réciproques et les divergences au sommet de l’État alimentent les interrogations sur la conduite des affaires publiques.

D’emblée, Ousmane Sonko a insisté sur la nécessité de soustraire le débat national aux manipulations et aux contrevérités. À ses yeux, la construction d’un État solide suppose que les citoyens disposent d’informations fiables pour comprendre les enjeux auxquels le pays est confronté. Il a imputé une part importante des difficultés du Sénégal aux pratiques de certains responsables politiques, qu’il accuse d’avoir privilégié leurs intérêts financiers et fonciers au détriment de l’intérêt général. Une charge qui s’inscrit dans une confrontation politique désormais ouverte autour de la gestion de la dette, des arbitrages budgétaires et de la répartition de l’effort de redressement.

Revenant sur les discussions engagées avec le Fonds monétaire international (FMI), l’ancien chef du gouvernement a tenu à distinguer l’existence d’un accord technique de sa validation définitive. Selon lui, les échanges avec l’institution financière internationale ne sauraient être considérés comme définitivement conclus avant leur examen par le conseil d’administration du Fonds.

Il estime que les conséquences de la dette non déclarée, révélée à la suite des vérifications des comptes publics, ont placé le Sénégal dans une situation particulièrement délicate. Il a également critiqué les déplacements et les démarches diplomatiques entrepris pour faire avancer les discussions, considérant que les déclarations successives ne suffisent pas à dissiper les incertitudes sur les modalités du redressement.

C’est toutefois sur les choix budgétaires du gouvernement que son intervention a pris un tour particulièrement offensif. Ousmane Sonko réfute l’idée selon laquelle l’équipe qu’il dirigeait précédemment aurait simplement laissé un programme dont l’actuel exécutif poursuivrait fidèlement l’application.
Il affirme que les orientations ont changé et que les décisions prises aujourd’hui s’éloignent sensiblement de la trajectoire qui avait été définie sous son autorité. Pour étayer son argumentation, il rappelle notamment les échanges intervenus au début du mois de juin, au cours desquels il dit avoir interrogé le président de la République sur les conséquences d’une éventuelle restructuration de la dette et sur la possibilité d’augmenter les prix des produits énergétiques. Il soutient qu’à cette période, une hausse des prix lui avait été présentée comme exclue.

L’ancien Premier ministre estime que les réductions de crédits touchant plusieurs secteurs sociaux, notamment l’éducation, la famille, la solidarité et la formation professionnelle, contredisent également le discours officiel sur la nécessité de dégager des marges pour soutenir l’investissement. Il met en avant les diminutions qu’il affirme avoir relevées dans les documents budgétaires, en particulier concernant les investissements liés à l’éducation.

À ses yeux, le budget proposé ne serait donc ni suffisamment orienté vers l’investissement ni véritablement protecteur des catégories les plus vulnérables, mais principalement destiné à faire face aux échéances d’une dette dont les citoyens n’auraient pas connu toute l’ampleur.

Sur la question des subventions aux produits pétroliers, Ousmane Sonko a exprimé son opposition à la réduction progressive envisagée par le gouvernement. Selon les chiffres qu’il a présentés, la loi de finances rectificative pour 2026 prévoirait de ramener les subventions à 552 milliards de francs CFA, contre un montant de référence qu’il situe à environ 790 milliards, soit une diminution proche de 30 %. Pour 2027, il évoque un plafonnement à 479 milliards de francs CFA, avant une réduction supplémentaire à terme, avec un objectif correspondant à 1 % du produit intérieur brut.

L’ancien chef du gouvernement estime que de telles mesures pourraient se traduire par une augmentation substantielle du prix du diesel à la pompe. Il a avancé plusieurs projections de prix et de hausses, dont les montants exacts mériteraient d’être confrontés aux paramètres de calcul retenus dans les documents budgétaires officiels. Son argument central demeure néanmoins explicite : une augmentation du prix des carburants ne se limiterait pas aux automobilistes, mais se répercuterait sur les transports, le coût du pain, du riz, de l’huile, du sucre et, plus généralement, sur les prix des biens de consommation courante.

Pour Ousmane Sonko, faire supporter l’essentiel du redressement aux consommateurs serait d’autant moins justifiable que le Sénégal connaît déjà des coûts élevés pour plusieurs produits énergétiques. Il soutient que la fiscalité appliquée à ces produits constitue une variable incontournable et qu’une réduction des subventions devrait s’accompagner d’un réexamen des prélèvements fiscaux. Il affirme ainsi qu’il serait possible d’alléger certaines taxes, notamment la taxe sur la valeur ajoutée et les droits spécifiques, afin de compenser tout ou partie de la diminution des subventions. Il présente cette approche comme une alternative à la stratégie gouvernementale et affirme que des travaux avaient été engagés sur cette question avant son départ de la Primature.

Le chef de file des "patriotes" récuse également l’argument selon lequel les subventions supprimées seraient compensées par un mécanisme efficace de ciblage social. Il considère que les transferts monétaires destinés aux ménages vulnérables ne suffiraient pas à neutraliser les effets d’une augmentation généralisée des prix. Il s’interroge notamment sur l’écart entre les montants annoncés publiquement pour la Bourse de sécurité familiale et les crédits qu’il dit avoir relevés dans les documents budgétaires. Selon son raisonnement, les aides versées à une partie des ménages risqueraient d’être largement absorbées par les dépenses supplémentaires engendrées par la hausse des carburants et ses répercussions sur les produits essentiels.

Il conteste ainsi la pertinence d’un dispositif qui, selon lui, ferait peser sur l’ensemble de la population une charge importante tout en accordant une compensation limitée à certaines catégories. Il estime que les ménages non bénéficiaires seraient particulièrement exposés, sans disposer de mécanismes suffisants pour amortir la hausse du coût de la vie. Cette analyse constitue l’un des principaux arguments avancés par l’ancien Premier ministre pour justifier son opposition aux mesures proposées. Elle demeure toutefois une appréciation politique et économique qui appelle, pour être pleinement évaluée, un examen contradictoire des données relatives aux subventions, à la fiscalité et aux transferts sociaux.

Ousmane Sonko a, par ailleurs, défendu les mesures fiscales et économiques élaborées sous son autorité, qu’il présente comme une tentative de mobilisation des ressources sans alourdissement excessif des charges pesant sur les populations. Il cite notamment la fiscalité sur les transferts d’argent, le marquage fiscal des produits, les jeux de hasard, certaines activités commerciales ainsi que la régularisation foncière. Il affirme que ces dispositifs auraient pu générer des recettes substantielles si leur mise en œuvre avait suivi le calendrier initialement envisagé. Il s’oppose, dans ce contexte, à une modification de la taxation des transferts d’argent sans évaluation préalable des résultats du mécanisme adopté en 2025.

Concernant le marquage fiscal, il reconnaît l’intérêt du dispositif, mais refuse que les produits concernés soient définis ultérieurement par simple arrêté ministériel. Il souhaite que cette détermination figure dans la loi, afin que la représentation nationale conserve la maîtrise du cadre fiscal et que les décisions échappent, selon lui, aux pressions éventuelles des groupes d’intérêt. Il a également annoncé son intention de défendre des amendements relatifs à l’encadrement des fonds spéciaux, estimant que l’utilisation de ressources publiques ne saurait dépendre sans limites de la seule discrétion des autorités exécutives.

Sur le plan institutionnel, Ousmane Sonko affirme que son groupe parlementaire n’entend pas approuver mécaniquement le projet de loi de finances rectificative. Il indique que ses députés examineront les dispositions proposées et qu’ils pourraient voter contre le texte si les mesures contestées étaient maintenues. Il précise toutefois que cette opposition ne signifie pas, à ses yeux, un refus systématique du dialogue. Il se dit disposé à rechercher un compromis avec le gouvernement, à condition que les solutions retenues tiennent compte de la situation sociale des Sénégalais et ne fassent pas peser sur eux une charge qu’il juge disproportionnée.

C’est dans cette perspective qu’il a lancé un défi politique à son successeur à la Primature, Al Amine Lo, en réclamant un débat public permettant de confronter les choix budgétaires, les chiffres avancés et les responsabilités de chacun. Plutôt que de laisser les divergences se prolonger par déclarations interposées, il entend soumettre les arguments des deux camps à l’appréciation des citoyens. Le débat qu’il appelle de ses vœux devrait, selon sa démarche, permettre d’examiner les orientations économiques, les mesures fiscales, la politique des subventions et les conséquences sociales des décisions gouvernementales. Le peuple sénégalais, soutient-il, sera alors en mesure de juger sur pièces.

Au fil de son intervention, l’ancien Premier ministre a également élargi la discussion à la question de la souveraineté économique et monétaire. Il a interrogé le rôle des institutions financières régionales et internationales ainsi que la capacité du Sénégal à défendre ses intérêts dans les négociations liées à sa dette. Il a contesté l’idée que le pays doive accepter sans discussion toutes les conditions associées à son redressement financier, estimant qu’une solution négociée devrait privilégier l’aménagement des échéances et éviter de transférer le coût des difficultés publiques sur les catégories les plus fragiles.

Il a enfin tenu à préciser que le rejet éventuel de la loi de finances rectificative ne constituerait pas nécessairement, selon son interprétation des règles budgétaires, un blocage général du fonctionnement de l’État. Il soutient que les dispositions applicables permettraient de maintenir certains crédits déjà votés et que les mesures nouvelles contestées pourraient seules être remises en cause. Cette lecture juridique devra, le cas échéant, être appréciée au regard des textes applicables et de leur interprétation par les autorités compétentes.

En définitive, la prise de parole d’Ousmane Sonko traduit une confrontation politique et économique dont l’enjeu dépasse le seul vote d’un texte budgétaire. Elle met en opposition deux lectures de la gestion de la dette, deux approches de l’effort fiscal et deux conceptions de la protection du pouvoir d’achat. Mais elle soulève aussi une exigence : celle de confronter les affirmations politiques aux documents, aux chiffres vérifiables et aux conséquences concrètes des décisions publiques.

En sollicitant un débat public avec Al Amine Lo, Ousmane Sonko entend porter cette confrontation sur la place publique. Reste désormais à savoir si cet échange aura lieu et s’il permettra de départager les arguments au-delà des postures partisanes. Car, au bout du compte, ce sont les faits, les résultats et leurs effets sur la vie quotidienne qui permettront aux Sénégalais de se forger leur propre jugement.

L'ancien Pm Ousmane Sonko conteste les choix budgétaires du gouvernement et réclame un débat public avec son successeur Al Amine Lo : « Le peuple sénégalais jugera »
Mamadou Ndiaye

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