Dakarposte.com - Le site des scoops

Dakarposte.com
 





LE FMI ARRIVE, LE SÉNÉGAL PAIE : LA GRANDE FACTURE DU REDRESSEMENT

Rédigé par Dakarposte le Mardi 1 Septembre 2026 à 18:50 modifié le Mardi 1 Septembre 2026 - 20:51

L’accord technique annoncé avec le FMI ne constitue pas une victoire financière. Il révèle l’ampleur des contraintes qui pèsent désormais sur les finances publiques sénégalaises. Dette élevée, service de la dette lourd, réforme des subventions, pression fiscale et paiement des arriérés : le gouvernement présente une trajectoire de redressement. Mais derrière les mots rassurants, une question demeure : qui paiera réellement le prix de cette remise en ordre des comptes publics ?


LE FMI ARRIVE, LE SÉNÉGAL PAIE : LA GRANDE FACTURE DU REDRESSEMENT
Il faut écouter le ministre Cheikh Diba jusqu’au bout. Il faut surtout prendre ses chiffres au sérieux. Car son discours contient, parfois malgré lui, le meilleur réquisitoire contre la situation financière du Sénégal.

Le gouvernement annonce un accord technique avec le Fonds monétaire international qui ouvre la voie à un programme économique et financier de 2,2 milliards de dollars, soit environ 1 243 milliards de francs CFA. Le montant impressionne. Le chiffre rassure. Il donne même au discours officiel les apparences d’une victoire.

Mais un financement international ne constitue jamais, à lui seul, une victoire économique.

Un prêt ne crée pas automatiquement de richesse. Un financement ne rétablit pas automatiquement la solvabilité. Un accord avec le FMI ne transforme pas mécaniquement une économie fragile en économie robuste.

Cet argent donne surtout au Sénégal une marge de respiration.

Il faut donc regarder le problème en face. Pourquoi le pays a-t-il besoin de cette respiration ?
La réponse se trouve dans les propres chiffres du ministre.

La dette de l’administration centrale aurait atteint 119 % du PIB à la fin de 2024. En 2026, le gouvernement estime que 25 francs sur chaque tranche de 100 francs de recettes publiques seront consacrés au paiement des intérêts de la dette.

Vingt-cinq francs sur cent.
Ce chiffre devrait être au centre du débat national.

Un quart des recettes publiques part dans les intérêts avant même que l'État ne puisse financer ses nouvelles priorités. Cette situation réduit mécaniquement les ressources disponibles pour les écoles, les hôpitaux, l'agriculture, les infrastructures, les entreprises et les programmes sociaux.

La dette n'est donc plus seulement une question de comptabilité publique.
Elle devient une question de souveraineté.

Un État qui consacre une part croissante de ses recettes au service de la dette dispose de moins de liberté pour décider de ses priorités. Il doit consacrer davantage de ressources à ses créanciers et moins de ressources à ses citoyens.
Le gouvernement parle de souveraineté économique.
Il doit donc expliquer comment il compte reconstruire cette souveraineté financière.
C'est précisément ici que le discours sur le Plan de traitement de la dette doit être examiné avec rigueur.

Le gouvernement présente ce plan comme une solution destinée à améliorer le profil de la dette, réduire sa charge, desserrer les contraintes de trésorerie et restaurer la capacité d'investissement de l'État.
L'objectif est légitime.
Mais le mot « traitement » ne doit pas masquer la réalité financière.

Une dette restructurée reste une dette. Une échéance repoussée reste une échéance. Une dette refinancée reste une obligation future. Une économie d'intérêts doit être mesurée sur l'ensemble de la durée du dispositif.

Le gouvernement doit donc publier les paramètres essentiels de cette opération. Il doit expliquer quelles dettes seront concernées, quels créanciers seront sollicités, quelles maturités seront modifiées, quels taux seront appliqués et quelles économies seront réellement réalisées.

Le citoyen ne doit pas découvrir dans quelques années que le traitement d'aujourd'hui a simplement déplacé la facture vers demain.

Le Sénégal doit éviter une illusion dangereuse : confondre une amélioration temporaire de trésorerie avec une amélioration durable de la solvabilité.

Le problème des finances publiques ne se résout pas seulement en gagnant du temps. Il se résout en réduisant durablement le besoin de financement.
Cette distinction est fondamentale.

Le gouvernement devra donc montrer que le redressement budgétaire repose sur une économie capable de produire davantage de recettes internes et non sur une succession de financements extérieurs.
C'est ici que commence le véritable débat.

Le gouvernement veut réduire le déficit. Il veut augmenter les recettes. Il veut réduire certaines dépenses. Il veut préserver les investissements. Il veut protéger les populations vulnérables.
Ces objectifs sont tous souhaitables.
Mais ils ne sont pas tous faciles à réaliser simultanément.

Lorsque l'État réduit ses dépenses, il peut ralentir la demande et l'investissement. Lorsque l'État augmente les impôts, il peut réduire les marges des entreprises. Lorsque l'État réduit les subventions, il peut augmenter les prix. Lorsque l'État reporte des investissements, il peut réduire la croissance future.
La politique économique consiste précisément à gérer ces contradictions.
Elle ne consiste pas à prétendre qu'elles n'existent pas.
Le cas des subventions énergétiques illustre parfaitement cette difficulté.

Le ministre affirme que 65 % des subventions énergétiques bénéficient aux 20 % des consommateurs les plus aisés. Si cette donnée est correctement établie, elle justifie une réforme du système.

Mais la suppression d'une subvention ne constitue pas automatiquement une réforme sociale.

Le gouvernement doit d'abord démontrer qu'il dispose des moyens nécessaires pour protéger les ménages vulnérables.
Il doit également expliquer comment il empêchera la hausse des coûts énergétiques de se transmettre aux prix.

Un artisan ne paie pas seulement une facture d'électricité. Il paie l'énergie nécessaire pour faire fonctionner son activité. Une boulangerie ne consomme pas seulement des kilowattheures. Elle transforme cette énergie en coût de production. Une entreprise de transport ne subit pas seulement le prix du carburant. Elle le répercute partiellement dans ses tarifs.

Une hausse de l'énergie peut donc devenir une hausse générale du coût de la vie.
Le gouvernement promet une réduction du coût de l'énergie pouvant atteindre 30 % à terme.
Le problème se trouve dans ces deux mots : « à terme ».
Le citoyen doit supporter les éventuelles conséquences immédiates d'une réforme alors que les bénéfices annoncés appartiennent encore au futur.

Le gouvernement doit donc préciser le calendrier, les mécanismes et les garanties de cette transition.
Le Sénégal dispose effectivement d'une opportunité exceptionnelle avec ses ressources gazières. Mais une ressource naturelle ne produit pas automatiquement une énergie bon marché.
Il faut construire les infrastructures. Il faut maîtriser les coûts. Il faut sécuriser la production. Il faut optimiser les contrats. Il faut améliorer les réseaux. Il faut garantir une gouvernance transparente.

La véritable réussite du « gas-to-power » ne sera pas mesurée par le nombre de discours prononcés sur le gaz.
Elle sera mesurée par le prix du kilowattheure payé par les ménages et les entreprises.
Le reste relève de la communication.
La même exigence de vérité doit s'appliquer à la fiscalité.
Le gouvernement veut élargir l'assiette fiscale, réduire les pertes de recettes et revoir les exonérations.
Cette orientation est nécessaire.
Mais elle comporte un risque.

L'État peut être tenté de demander davantage à ceux qui paient déjà parce qu'ils sont plus faciles à contrôler.
Le salarié déclaré est identifiable. L'entreprise formelle est identifiable. Le contribuable enregistré est identifiable.

Le véritable défi consiste à faire entrer dans le système fiscal les activités et les revenus qui y échappent.
L'équité fiscale exige donc une administration capable de lutter contre l'évasion, la fraude, les privilèges injustifiés et certaines niches fiscales inefficaces.
Le contribuable honnête ne doit pas devenir le contribuable puni.

Le gouvernement doit également démontrer que chaque exonération supprimée produira un gain économique supérieur au coût éventuel qu'elle faisait supporter aux investissements.
Une bonne politique fiscale ne cherche pas seulement à collecter davantage.
Elle cherche à collecter mieux.
Elle protège également la capacité de production du pays.
Cette question devient particulièrement importante lorsque le gouvernement demande au secteur privé de soutenir la croissance.
Le ministre annonce le règlement de 300 milliards de francs CFA de créances dues aux entreprises.
Cette décision est indispensable.
Mais elle révèle une autre faiblesse du système.

Lorsque l'État tarde à payer ses fournisseurs, il transfère sa contrainte de trésorerie aux entreprises.
L'entreprise doit continuer à payer ses salariés. Elle doit continuer à payer ses fournisseurs. Elle doit continuer à rembourser ses banques. Elle doit continuer à payer ses impôts.
Mais l'État ne lui paie pas toujours immédiatement ce qu'il lui doit.
L'entreprise devient alors le banquier involontaire de l'État.
Cette situation est économiquement absurde.

Le gouvernement ne doit donc pas seulement annoncer le paiement des arriérés. Il doit mettre en place un système qui empêche leur reconstitution.

La meilleure politique de soutien au secteur privé commence par un État qui respecte ses propres délais de paiement.
Le même principe doit s'appliquer aux entreprises publiques.
Le gouvernement demande davantage de performance et de rigueur. Cette exigence est légitime.
Mais il faut maintenant passer aux comptes.

Le citoyen doit savoir combien coûtent réellement les entreprises publiques. Il doit savoir quelles entreprises remplissent une mission stratégique. Il doit savoir quelles entreprises remplissent une mission sociale. Il doit savoir quelles entreprises accumulent des pertes et pourquoi.

L'État doit également distinguer clairement une mission de service public d'une activité commerciale.

Lorsqu'une entreprise publique doit vendre un service à un prix inférieur à son coût pour protéger les consommateurs, l'État doit inscrire explicitement le coût de cette politique dans le budget.

Cette transparence évite de transformer les entreprises publiques en caisses noires budgétaires.

Le gouvernement revendique également une réduction du déficit, passé de 13,4 % du PIB en 2024 à 6,7 % en 2025.

Cette baisse constitue un progrès si elle repose sur des mesures structurelles. Mais un chiffre de déficit ne suffit jamais pour juger la qualité d'une politique budgétaire.
Il faut examiner la composition de la réduction.
Le déficit a-t-il diminué parce que les recettes ont augmenté durablement ?
Les dépenses improductives ont-elles réellement diminué ?
Les investissements prioritaires ont-ils été préservés ?
Les paiements ont-ils été effectués dans les délais ?
Les engagements hors budget ont-ils été correctement intégrés ?
Ces questions sont essentielles.

Un gouvernement peut améliorer temporairement ses comptes en reportant certaines dépenses. Il peut également réduire le déficit en sacrifiant l'investissement.
Une telle politique donnerait de bons chiffres aujourd'hui et de mauvais résultats demain.
La véritable discipline budgétaire consiste donc à réduire le déficit sans détruire les moteurs de la croissance.
C'est probablement le défi le plus difficile auquel le gouvernement sera confronté.

Le Sénégal doit simultanément réduire sa dette, investir, créer des emplois, améliorer ses infrastructures, transformer son agriculture, développer son industrie, réduire ses coûts énergétiques et renforcer ses services publics.
Il devra donc faire des choix.
Ces choix auront des conséquences.
Le gouvernement doit avoir le courage de les présenter clairement.
Qui paiera la réforme des subventions ?
Qui supportera l'effort fiscal ?
Quels investissements seront reportés ?
Quelles dépenses seront supprimées ?
Quelles entreprises publiques seront restructurées ?
Quels avantages fiscaux disparaîtront ?
Quels créanciers participeront au traitement de la dette ?

Ces questions ne constituent pas des obstacles au redressement.
Elles constituent le redressement.

Un peuple adulte peut accepter une politique difficile lorsqu'elle est expliquée avec honnêteté.
Ce qu'il accepte moins facilement, c'est une politique douloureuse présentée comme une victoire sans que son coût soit clairement exposé.

Le gouvernement parle beaucoup d'espoir.
Il devrait surtout parler de résultats.
Le gouvernement parle de souveraineté.
Il devrait surtout parler de capacité de financement autonome.
Le gouvernement parle de justice sociale.
Il devrait surtout parler de pouvoir d'achat, d'emploi et de services publics.
Le gouvernement parle de croissance inclusive.

Il devrait surtout parler de productivité, d'investissement privé et de création de valeur.
C'est à ces indicateurs que les Sénégalais pourront juger la réussite du programme.
Le FMI peut fournir des financements et un cadre de surveillance.
Il ne peut pas créer à la place du Sénégal une économie productive.
Le FMI peut contribuer à restaurer la confiance financière.
Il ne peut pas remplacer une réforme profonde de l'État.
Le FMI peut aider à desserrer la contrainte de dette.
Il ne peut pas empêcher le Sénégal de s'endetter à nouveau si le modèle économique reste inchangé.

Voilà pourquoi l'accord annoncé ne doit pas être considéré comme l'aboutissement du redressement.
Il en constitue seulement le commencement.

Le véritable succès apparaîtra lorsque le Sénégal pourra financer davantage ses ambitions avec ses recettes propres, lorsque la dette pèsera moins lourdement sur le budget, lorsque l'énergie deviendra réellement compétitive, lorsque les entreprises seront payées dans les délais, lorsque l'investissement public produira davantage de valeur et lorsque la protection sociale atteindra effectivement les ménages qui en ont besoin.
Le gouvernement dispose aujourd'hui d'une occasion rare.
La crise peut devenir le point de départ d'une véritable refondation économique.
Mais cette refondation exige une condition préalable : dire la vérité.
Dire la vérité sur la dette.
Dire la vérité sur les déficits.
Dire la vérité sur les subventions.
Dire la vérité sur les impôts.
Dire la vérité sur les entreprises publiques.
Dire la vérité sur les sacrifices.
Et surtout dire la vérité sur celui qui paiera.
Car les milliards du FMI peuvent repousser l'urgence.
Ils peuvent acheter du temps.
Ils peuvent restaurer temporairement des marges de trésorerie.

Mais ils ne peuvent pas payer éternellement la facture du Sénégal.
Cette facture devra être réglée par une économie plus productive, par un État plus discipliné et par une société mieux informée des choix qui sont faits en son nom.

Le gouvernement veut tourner une page.
Très bien.
Mais une page ne se tourne pas en effaçant les chiffres.
Elle se tourne en tirant les leçons des chiffres.
Le Sénégal n'a donc pas besoin d'une nouvelle victoire rhétorique.
Il a besoin d'une rupture avec les mauvaises habitudes budgétaires.
Il a besoin d'un État qui dépense mieux.
Il a besoin d'un État qui paie à temps.
Il a besoin d'une fiscalité qui ne pénalise pas systématiquement les mêmes.
Il a besoin d'une énergie réellement compétitive.
Il a besoin d'une dette soutenable.
Il a besoin d'investissements publics évalués selon leur rendement économique et social.
Il a besoin d'une protection sociale capable de protéger rapidement ceux qui subiront les réformes.
Et il a besoin, surtout, d'une transparence totale sur les engagements financiers pris aujourd'hui.

Le Sénégal peut réussir son redressement.
Mais il ne le réussira pas en transformant une contrainte financière en récit triomphal.
Il le réussira en acceptant de regarder la réalité sans fard.

Le FMI peut venir à la rescousse. Mais c'est le peuple qui devra vivre avec la facture.

La seule question qui vaille désormais est donc celle-ci :
le gouvernement utilisera-t-il cet argent pour sortir durablement de l'endettement, ou simplement pour gagner quelques années avant de présenter au pays une nouvelle facture ?

LE FMI ARRIVE, LE SÉNÉGAL PAIE : LA GRANDE FACTURE DU REDRESSEMENT
Mamadou Ndiaye

ACTUALITÉ | Le Billet du Jour | LES GENS... LES GENS... LES GENS... | Religion & Ramadan 2020 | Boy Town | Géo Consulting Services | REACTIONS | ÉCHOS DE LA PRÉSIDENTIELLE | Les Premières Tendances | International | PEOPLE & BUZZ | PHOTO | ENQUÊTES & REVELATIONS | CONTRIBUTIONS | COMMUNIQUE | VIDÉOS | Revue de presse | INTERVIEW | NÉCROLOGIE | Analyse | Insolite | Bien être | QUI SOMMES NOUS ? | PUB | Lu Ailleurs | PRÉSIDENTIELLE 2019 | Le billet de "Konetou"




Inscription à la newsletter






Vidéos & images