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Sénégal : Le spectre du chaos institutionnel ou la politique du pire

Rédigé par Dakarposte le Vendredi 28 Août 2026 à 16:47 modifié le Vendredi 28 Août 2026 - 18:48

L'horizon politique sénégalais s'assombrit de nouveau, obscurci par les nuages menaçants d'une crise institutionnelle majeure.
Ce qui s'annonçait comme un exercice de transparence démocratique s'est promptement mué en un dialogue de sourds implacable, où la légitimité des urnes se heurte de plein fouet à la rigidité des procédures parlementaires.

Au cœur de ce maelström, le décret n° 2026-1530 du 24 août 2026, portant convocation de l'Assemblée nationale en session extraordinaire par le président de la République Bassirou Diomaye Diakhar Faye, devait initialement sceller le cadre de la Déclaration de politique générale (DPG) du Premier ministre, Ahmadou Alhaminou Mohamed Lo.

Fixée formellement au 1er septembre 2026 à dix heures précises, cette convocation se heurte pourtant à une dissonance temporelle et politique ahurissante : l'annonce unilatérale, par le chef du gouvernement, de tenir son grand oral à neuf heures le même jour, précédant ainsi d'une heure l'ouverture officielle des débats.

Cette précipitation de la primature a immédiatement déclenché la foudre du pouvoir législatif, qui refuse de se laisser dicter son calendrier.

Dans un communiqué d'une fermeté sans concession, le Bureau de l'Assemblée nationale a tenu à remettre les pendules à l'heure républicaine.

Rappelant les dispositions de la loi organique n° 2025-11 portant Règlement intérieur de l'auguste assemblée, la représentation nationale objecte qu'aucune DPG ne saurait être orchestrée sans la consultation préalable de la Conférence des présidents, sous l'égide de son président Ousmane Sonko.

Le Parlement martèle avec force que la première journée de cette session extraordinaire doit être exclusivement consacrée aux formalités d'usage — contrôle du quorum et ouverture de la séance — et que le délai légal de huit jours ne saurait courir avant que les portes de l'hémicycle ne soient officiellement ouvertes.

Chaque camp se retranche désormais derrière ses arguments, illustrant une logique de confrontation stérile.

D’un côté, l’exécutif invoque l’urgence de décliner son cap politique et de matérialiser les promesses de rupture faites au peuple sénégalais, s'appuyant sur l'autorité du décret présidentiel pour légitimer son agenda.

De l’autre, le pouvoir législatif se dresse en rempart des traditions et des règles constitutionnelles, dénonçant un mépris flagrant des prérogatives parlementaires et une méconnaissance coupable des procédures de la part du gouvernement.


Ce bras de fer au sommet de l'État ne présage rien de bon pour l'avenir immédiat du pays. Alors que les défis socio-économiques exigent une cohésion nationale sans faille, cette épreuve de force puérile risque de paralyser l'appareil d'État et de plonger les institutions dans un immobilisme délétère.

Le Sénégal s'achemine dangereusement vers un blocage systémique où la vanité des postures semble l'emporter sur l'intérêt supérieur de la Nation.

Si la sagesse et le compromis ne prévalent pas d'ici le 1er septembre, c'est l'équilibre même de la démocratie sénégalaise qui pourrait vaciller dans ce gouffre institutionnel.
Mamadou Ndiaye

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