Il faut enfin oser poser la question qui dérange, celle que les décennies de prudence diplomatique, de langage technocratique et de révérence envers les institutions financières internationales ont soigneusement tenue à distance : que reste-t-il réellement de soixante années de coopération avec le FMI, la Banque mondiale et l’ensemble de l’architecture financière internationale ?
Cela fait soixante ans, et même plus, que le Sénégal a formellement adhéré au Fonds monétaire international (FMI) le 28 septembre 1963 ; sa coopération avec cette institution s'étend désormais sur près de 63 ans.
Soixante années de missions d’experts, de programmes d’ajustement, de prêts, de conditionnalités, de réformes, de stratégies de réduction de la pauvreté, de cadres de partenariat, de plans de développement et de promesses d’émergence.
Soixante années durant lesquelles on nous a expliqué, avec une assurance presque sacerdotale, comment sortir du sous-développement.
Et pourtant, nous voici encore à discuter de la manière de sortir de la dépendance financière.
Il y a, dans cette situation, quelque chose qui confine à l’absurde.
Un malade qui resterait soixante ans sous le même traitement sans véritable guérison finirait par interroger son médecin. Le Sénégal, lui, semble avoir accepté de considérer comme normale la perpétuelle reconduction de l’ordonnance.
On change les médicaments, on change les médecins, on change les diagnostics, on rebaptise les maladies, mais le malade demeure malade.
Et lorsque quelqu’un ose demander pourquoi, on lui répond avec des graphiques.
Des graphiques impeccables.
Des tableaux sophistiqués.
Des taux de croissance.
Des ratios.
Des projections.
Des courbes ascendantes.
Mais le citoyen, lui, ne mange pas une courbe de croissance.
Il ne paie pas son électricité avec un ratio dette/PIB.
Il ne scolarise pas son enfant avec une projection macroéconomique.
Il ne soigne pas sa famille avec une matrice de performance.
Le développement est une réalité vécue, pas une liturgie statistique.
Voilà précisément où le débat doit commencer.
Car depuis des décennies, nous avons accepté une confusion fondamentale : celle qui consiste à prendre le financement du développement pour le développement lui-même.
Un pays peut recevoir des milliards et demeurer pauvre.
Un pays peut construire des routes et rester économiquement dépendant.
Un pays peut enregistrer une croissance élevée et ne pas transformer suffisamment sa structure productive.
Un pays peut multiplier les infrastructures sans disposer d’un tissu industriel capable de créer massivement de la valeur.
L’argent n’est pas le développement.
Le crédit n’est pas la richesse.
L’endettement n’est pas la souveraineté.
Et le financement extérieur n’est certainement pas une stratégie nationale.
Le véritable indicateur du développement d’un pays devrait être beaucoup plus simple : est-il devenu plus capable de vivre de ce qu’il produit ?
Après soixante années, la réponse sénégalaise demeure douloureusement incomplète.
Nous importons ce que nous devrions produire.
Nous exportons trop souvent ce que nous devrions transformer.
Nous consommons ce que d’autres fabriquent.
Nous empruntons ce que nous ne produisons pas suffisamment.
Et, pire encore, nous finissons par considérer cette situation comme l’ordre naturel des choses.
Non.
Ce n’est pas une fatalité.
C’est le résultat d’un modèle.
Et tout modèle peut être contesté.
Il faut naturellement se garder d’une caricature paresseuse qui ferait du FMI l’unique responsable de nos malheurs. Ce serait intellectuellement commode et politiquement stérile. Le Sénégal n’a pas été gouverné pendant soixante ans par les institutions de Bretton Woods. Des gouvernements sénégalais ont choisi leurs politiques. Des dirigeants ont contracté des dettes. Des administrations ont dépensé. Des élites ont conseillé. Des entrepreneurs ont investi — ou renoncé à investir.
Nous devons donc regarder notre propre responsabilité avec la même sévérité que celle de nos partenaires.
Mais cette lucidité doit fonctionner dans les deux sens.
Pourquoi faudrait-il considérer comme irréprochables des politiques économiques internationales qui, appliquées successivement à tant de pays africains, ont trop souvent produit une dépendance durable au financement extérieur ?
Pourquoi faudrait-il accepter sans discussion l’idée que les mêmes recettes puissent être appliquées indistinctement à des économies qui n’ont ni la même histoire, ni les mêmes ressources, ni les mêmes structures sociales ?
Pourquoi faudrait-il considérer comme incontestables des politiques qui placent parfois la stabilité financière avant la transformation productive ?
La question n’est pas de savoir si le FMI est « bon » ou « mauvais ».
La question est de savoir si les intérêts du Sénégal doivent être définis ailleurs qu’au Sénégal.
Et la réponse devrait être évidente.
Nous avons trop longtemps vécu dans une étrange inversion des priorités.
Nous cherchons d’abord le financement.
Puis nous cherchons le projet.
Puis nous adaptons le projet au financement disponible.
Puis nous appelons cela une stratégie de développement.
C’est exactement l’inverse qu’il faudrait faire.
Un État sérieux définit d’abord ses priorités souveraines : nourrir sa population, produire son énergie, industrialiser, transformer ses matières premières, former sa jeunesse, créer des emplois, conquérir des marchés extérieurs.
Ensuite seulement, il détermine les ressources nécessaires.
Et si des partenaires internationaux peuvent contribuer, qu’ils contribuent.
Mais ils doivent financer notre stratégie ; ils ne doivent pas devenir notre stratégie.
Cette distinction est capitale.
Car il existe une forme de domination beaucoup plus subtile que celle des anciennes puissances coloniales : celle qui consiste à faire croire à un peuple qu’il est libre de choisir alors que toutes les options économiquement viables ont déjà été dessinées ailleurs.
La souveraineté véritable commence lorsque nous retrouvons la capacité de choisir nos priorités, nos rythmes, nos sacrifices et nos ambitions.
Le Sénégal ne manque pas de ressources humaines.
Il ne manque pas d’intelligence.
Il ne manque pas d’une diaspora considérable.
Il ne manque pas d’une position géographique exceptionnelle.
Il ne manque pas de terres, de soleil, de potentiel énergétique, de ressources halieutiques ou de possibilités agricoles.
Il ne manque même pas de capitaux.
Il manque surtout d’un système suffisamment cohérent pour transformer ces potentialités en puissance économique.
Et cela, aucun bailleur ne pourra le faire à notre place.
Il faut donc rompre avec cette culture politique qui mesure la réussite d’un gouvernement au volume des financements mobilisés.
Un ministre qui annonce avoir obtenu un milliard n’a rien obtenu si ce milliard ne produit pas, à terme, davantage que lui-même.
Voilà la vérité que les cérémonies de signature dissimulent trop souvent.
Un prêt n’est pas une victoire.
La signature d’un accord n’est pas une victoire.
L’annonce d’un financement n’est pas une victoire.
La victoire, c’est lorsque l’usine fonctionne.
Lorsque l’agriculteur gagne correctement sa vie.
Lorsque l’entreprise sénégalaise exporte.
Lorsque le jeune diplômé trouve un emploi sans devoir quitter son pays.
Lorsque le Sénégalais consomme davantage de produits fabriqués au Sénégal.
Lorsque nos ressources naturelles sont transformées ici plutôt qu’expédiées ailleurs.
Lorsque l’État dispose de recettes fiscales suffisantes parce que l’économie produit suffisamment de richesse.
La vraie souveraineté commence dans les ateliers, les champs, les laboratoires, les ports et les entreprises. Elle ne commence pas dans les salles de conférence des bailleurs.
Il est donc temps d’en finir avec une certaine religion du financement extérieur.
Nous devons cesser de confondre l’assistance avec le développement.
Nous devons cesser de confondre l’endettement avec l’investissement.
Nous devons cesser de confondre la croissance avec la transformation économique.
Et surtout, nous devons cesser de considérer comme un succès le fait de pouvoir emprunter davantage.
Car le véritable succès d’une nation n’est pas sa capacité à convaincre les autres de lui prêter de l’argent.
C’est sa capacité à ne plus avoir besoin de leur demander la permission financière de prospérer.
Voilà pourquoi le débat sur le FMI dépasse largement le FMI.
Il concerne notre conception même de l’indépendance.
Un Sénégal souverain ne sera pas celui qui refusera toute coopération internationale. Ce serait une illusion.
Ce sera celui qui pourra coopérer sans se soumettre.
Emprunter sans s’endetter à perpétuité.
Négocier sans quémander.
Recevoir de l’expertise sans renoncer à son intelligence.
Accueillir des capitaux sans abandonner ses intérêts stratégiques.
Voilà le véritable enjeu.
Après soixante ans, il ne s’agit plus de demander une nouvelle promesse de développement.
Il s’agit de demander des comptes à notre propre histoire.
Qu’avons-nous produit ?
Qu’avons-nous transformé ?
Qu’avons-nous construit qui puisse survivre aux gouvernements, aux bailleurs et aux cycles économiques ?
Quelle richesse avons-nous créée pour les générations futures ?
Et surtout : pourquoi sommes-nous encore en train de chercher à l’extérieur les moyens de financer une prospérité que nous aurions dû commencer à construire de l’intérieur depuis longtemps ?
Le Sénégal doit sortir de cette adolescence économique.
Il doit cesser de se présenter au monde comme un éternel bénéficiaire de programmes.
Il doit redevenir un pays qui propose, qui produit, qui exporte, qui investit et qui négocie.
Un pays qui n’attend pas son avenir.
Un pays qui le fabrique.
Car au fond, la question n’est plus de savoir si le FMI a réussi ou échoué au Sénégal.
La question beaucoup plus grave est celle-ci :
après soixante ans de coopération financière internationale, sommes-nous enfin capables de construire un modèle de développement qui nous appartienne ?
Si la réponse est non, alors il ne faudra pas demander un soixante et unième programme.
Il faudra changer de paradigme.
Et peut-être, pour la première fois depuis l’indépendance, avoir le courage de comprendre que le Sénégal ne manque pas seulement de moyens : il manque de la liberté économique de penser son propre avenir.
Cette liberté-là ne s’emprunte pas.
Elle ne se négocie pas.
Elle ne se reçoit pas.
Elle se conquiert.
Cela fait soixante ans, et même plus, que le Sénégal a formellement adhéré au Fonds monétaire international (FMI) le 28 septembre 1963 ; sa coopération avec cette institution s'étend désormais sur près de 63 ans.
Soixante années de missions d’experts, de programmes d’ajustement, de prêts, de conditionnalités, de réformes, de stratégies de réduction de la pauvreté, de cadres de partenariat, de plans de développement et de promesses d’émergence.
Soixante années durant lesquelles on nous a expliqué, avec une assurance presque sacerdotale, comment sortir du sous-développement.
Et pourtant, nous voici encore à discuter de la manière de sortir de la dépendance financière.
Il y a, dans cette situation, quelque chose qui confine à l’absurde.
Un malade qui resterait soixante ans sous le même traitement sans véritable guérison finirait par interroger son médecin. Le Sénégal, lui, semble avoir accepté de considérer comme normale la perpétuelle reconduction de l’ordonnance.
On change les médicaments, on change les médecins, on change les diagnostics, on rebaptise les maladies, mais le malade demeure malade.
Et lorsque quelqu’un ose demander pourquoi, on lui répond avec des graphiques.
Des graphiques impeccables.
Des tableaux sophistiqués.
Des taux de croissance.
Des ratios.
Des projections.
Des courbes ascendantes.
Mais le citoyen, lui, ne mange pas une courbe de croissance.
Il ne paie pas son électricité avec un ratio dette/PIB.
Il ne scolarise pas son enfant avec une projection macroéconomique.
Il ne soigne pas sa famille avec une matrice de performance.
Le développement est une réalité vécue, pas une liturgie statistique.
Voilà précisément où le débat doit commencer.
Car depuis des décennies, nous avons accepté une confusion fondamentale : celle qui consiste à prendre le financement du développement pour le développement lui-même.
Un pays peut recevoir des milliards et demeurer pauvre.
Un pays peut construire des routes et rester économiquement dépendant.
Un pays peut enregistrer une croissance élevée et ne pas transformer suffisamment sa structure productive.
Un pays peut multiplier les infrastructures sans disposer d’un tissu industriel capable de créer massivement de la valeur.
L’argent n’est pas le développement.
Le crédit n’est pas la richesse.
L’endettement n’est pas la souveraineté.
Et le financement extérieur n’est certainement pas une stratégie nationale.
Le véritable indicateur du développement d’un pays devrait être beaucoup plus simple : est-il devenu plus capable de vivre de ce qu’il produit ?
Après soixante années, la réponse sénégalaise demeure douloureusement incomplète.
Nous importons ce que nous devrions produire.
Nous exportons trop souvent ce que nous devrions transformer.
Nous consommons ce que d’autres fabriquent.
Nous empruntons ce que nous ne produisons pas suffisamment.
Et, pire encore, nous finissons par considérer cette situation comme l’ordre naturel des choses.
Non.
Ce n’est pas une fatalité.
C’est le résultat d’un modèle.
Et tout modèle peut être contesté.
Il faut naturellement se garder d’une caricature paresseuse qui ferait du FMI l’unique responsable de nos malheurs. Ce serait intellectuellement commode et politiquement stérile. Le Sénégal n’a pas été gouverné pendant soixante ans par les institutions de Bretton Woods. Des gouvernements sénégalais ont choisi leurs politiques. Des dirigeants ont contracté des dettes. Des administrations ont dépensé. Des élites ont conseillé. Des entrepreneurs ont investi — ou renoncé à investir.
Nous devons donc regarder notre propre responsabilité avec la même sévérité que celle de nos partenaires.
Mais cette lucidité doit fonctionner dans les deux sens.
Pourquoi faudrait-il considérer comme irréprochables des politiques économiques internationales qui, appliquées successivement à tant de pays africains, ont trop souvent produit une dépendance durable au financement extérieur ?
Pourquoi faudrait-il accepter sans discussion l’idée que les mêmes recettes puissent être appliquées indistinctement à des économies qui n’ont ni la même histoire, ni les mêmes ressources, ni les mêmes structures sociales ?
Pourquoi faudrait-il considérer comme incontestables des politiques qui placent parfois la stabilité financière avant la transformation productive ?
La question n’est pas de savoir si le FMI est « bon » ou « mauvais ».
La question est de savoir si les intérêts du Sénégal doivent être définis ailleurs qu’au Sénégal.
Et la réponse devrait être évidente.
Nous avons trop longtemps vécu dans une étrange inversion des priorités.
Nous cherchons d’abord le financement.
Puis nous cherchons le projet.
Puis nous adaptons le projet au financement disponible.
Puis nous appelons cela une stratégie de développement.
C’est exactement l’inverse qu’il faudrait faire.
Un État sérieux définit d’abord ses priorités souveraines : nourrir sa population, produire son énergie, industrialiser, transformer ses matières premières, former sa jeunesse, créer des emplois, conquérir des marchés extérieurs.
Ensuite seulement, il détermine les ressources nécessaires.
Et si des partenaires internationaux peuvent contribuer, qu’ils contribuent.
Mais ils doivent financer notre stratégie ; ils ne doivent pas devenir notre stratégie.
Cette distinction est capitale.
Car il existe une forme de domination beaucoup plus subtile que celle des anciennes puissances coloniales : celle qui consiste à faire croire à un peuple qu’il est libre de choisir alors que toutes les options économiquement viables ont déjà été dessinées ailleurs.
La souveraineté véritable commence lorsque nous retrouvons la capacité de choisir nos priorités, nos rythmes, nos sacrifices et nos ambitions.
Le Sénégal ne manque pas de ressources humaines.
Il ne manque pas d’intelligence.
Il ne manque pas d’une diaspora considérable.
Il ne manque pas d’une position géographique exceptionnelle.
Il ne manque pas de terres, de soleil, de potentiel énergétique, de ressources halieutiques ou de possibilités agricoles.
Il ne manque même pas de capitaux.
Il manque surtout d’un système suffisamment cohérent pour transformer ces potentialités en puissance économique.
Et cela, aucun bailleur ne pourra le faire à notre place.
Il faut donc rompre avec cette culture politique qui mesure la réussite d’un gouvernement au volume des financements mobilisés.
Un ministre qui annonce avoir obtenu un milliard n’a rien obtenu si ce milliard ne produit pas, à terme, davantage que lui-même.
Voilà la vérité que les cérémonies de signature dissimulent trop souvent.
Un prêt n’est pas une victoire.
La signature d’un accord n’est pas une victoire.
L’annonce d’un financement n’est pas une victoire.
La victoire, c’est lorsque l’usine fonctionne.
Lorsque l’agriculteur gagne correctement sa vie.
Lorsque l’entreprise sénégalaise exporte.
Lorsque le jeune diplômé trouve un emploi sans devoir quitter son pays.
Lorsque le Sénégalais consomme davantage de produits fabriqués au Sénégal.
Lorsque nos ressources naturelles sont transformées ici plutôt qu’expédiées ailleurs.
Lorsque l’État dispose de recettes fiscales suffisantes parce que l’économie produit suffisamment de richesse.
La vraie souveraineté commence dans les ateliers, les champs, les laboratoires, les ports et les entreprises. Elle ne commence pas dans les salles de conférence des bailleurs.
Il est donc temps d’en finir avec une certaine religion du financement extérieur.
Nous devons cesser de confondre l’assistance avec le développement.
Nous devons cesser de confondre l’endettement avec l’investissement.
Nous devons cesser de confondre la croissance avec la transformation économique.
Et surtout, nous devons cesser de considérer comme un succès le fait de pouvoir emprunter davantage.
Car le véritable succès d’une nation n’est pas sa capacité à convaincre les autres de lui prêter de l’argent.
C’est sa capacité à ne plus avoir besoin de leur demander la permission financière de prospérer.
Voilà pourquoi le débat sur le FMI dépasse largement le FMI.
Il concerne notre conception même de l’indépendance.
Un Sénégal souverain ne sera pas celui qui refusera toute coopération internationale. Ce serait une illusion.
Ce sera celui qui pourra coopérer sans se soumettre.
Emprunter sans s’endetter à perpétuité.
Négocier sans quémander.
Recevoir de l’expertise sans renoncer à son intelligence.
Accueillir des capitaux sans abandonner ses intérêts stratégiques.
Voilà le véritable enjeu.
Après soixante ans, il ne s’agit plus de demander une nouvelle promesse de développement.
Il s’agit de demander des comptes à notre propre histoire.
Qu’avons-nous produit ?
Qu’avons-nous transformé ?
Qu’avons-nous construit qui puisse survivre aux gouvernements, aux bailleurs et aux cycles économiques ?
Quelle richesse avons-nous créée pour les générations futures ?
Et surtout : pourquoi sommes-nous encore en train de chercher à l’extérieur les moyens de financer une prospérité que nous aurions dû commencer à construire de l’intérieur depuis longtemps ?
Le Sénégal doit sortir de cette adolescence économique.
Il doit cesser de se présenter au monde comme un éternel bénéficiaire de programmes.
Il doit redevenir un pays qui propose, qui produit, qui exporte, qui investit et qui négocie.
Un pays qui n’attend pas son avenir.
Un pays qui le fabrique.
Car au fond, la question n’est plus de savoir si le FMI a réussi ou échoué au Sénégal.
La question beaucoup plus grave est celle-ci :
après soixante ans de coopération financière internationale, sommes-nous enfin capables de construire un modèle de développement qui nous appartienne ?
Si la réponse est non, alors il ne faudra pas demander un soixante et unième programme.
Il faudra changer de paradigme.
Et peut-être, pour la première fois depuis l’indépendance, avoir le courage de comprendre que le Sénégal ne manque pas seulement de moyens : il manque de la liberté économique de penser son propre avenir.
Cette liberté-là ne s’emprunte pas.
Elle ne se négocie pas.
Elle ne se reçoit pas.
Elle se conquiert.


Soixante ans de coopération financière, et le Sénégal toujours à quai
