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« Tout ça pour ça ! » — Macky Sall, le rêve onusien brisé sur l’autel de la realpolitik

Rédigé par Dakarposte le Samedi 17 Octobre 2026 à 13:41 modifié le Samedi 17 Octobre 2026 - 16:00

« Tout ça pour ça ! » Serait-on tenté de s'exclamer, le cœur lourd et le regard incrédule, à la lecture du communiqué officiel publié ce samedi 17 octobre 2026. L’ancien président sénégalais, Macky Sall, jette l’éponge et retire sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations Unies.
Une capitulation enveloppée dans le velours d’une rhétorique diplomatique mielleuse, où l’on feint de s’effacer par « sens des responsabilités » pour laisser la place à une candidature latino-américaine ou féminine. Quelle magnanimité de façade !

La vérité, crue et implacable, est ailleurs. Elle se niche dans le gouffre d’un investissement pharaonique et d’une impitoyable réalité géopolitique que l'ancien chef de l'État a refusé de voir jusqu'à la lie du vote informel du 16 octobre.
Car l’addition est salée pour le contribuable ou pour les mystérieux mécènes de cette campagne au long cours.

Pour tenter de conquérir le toit du monde, Macky Sall a déployé un trésor de guerre logistique, une offensive de charme planétaire estimée par les analystes les plus crédibles à plusieurs milliards de francs CFA.
Des salons feutrés de New York aux capitales africaines, l'argent a coulé à flots pour financer des délégations, des lobbyistes et une machine de communication d’envergure présidentielle. Tout cet or s’est évaporé en fumée.

Pour les cyniques, l’opération n’était qu’une immense mise en scène : occuper de force l’espace médiatique international, maintenir une stature de géant et préparer les esprits à une reconquête du pouvoir national à l’horizon 2029. Mais si le calcul était purement domestique, le prix payé sur la scène internationale frise le ridicule.



Venons-en maintenant à la cerise sur le gâteau de ce naufrage : l’illusion d'une gouvernance mondiale équitable et le fonctionnement intrinsèquement discriminatoire du système onusien. L'entourage de Macky Sall tente de maquiller cette déroute en un choix de consensus. C’est une affabulation. La candidature du Sénégalais s’est fracassée contre le mur de Berlin de la diplomatie mondiale : la menace feutrée mais absolue du veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (P5).


L’analyse de la mécanique du veto face aux ambitions africaines est une leçon de réalisme politique d'une rare violence. Le Secrétaire général de l'ONU n'est jamais le leader le plus brillant, le plus courageux ou le plus visionnaire ; il est, par définition, le plus petit dénominateur commun des superpuissances.

Les États-Unis, la Chine, la Russie, la France et le Royaume-Uni ne cherchent pas un commandant en chef pour l'humanité, mais un haut fonctionnaire docile, incapable de contrarier leurs intérêts hégémoniques.

Dès lors que l'Afrique présente un candidat doté d'un fort leadership, d'un passé de chef d'État ou d'alliances régionales marquées, la machine à broyer du P5 se met en branle :

• La hantise de l'indépendance : Un ancien président africain, fort de son réseau et de son ego d'ex-dirigeant souverain, est perçu à Washington, Pékin ou Moscou comme un électron libre indomptable. Le veto est ici utilisé de manière préventive pour tuer dans l'œuf toute velléité d'autonomie du Sud global.

• Le piège des alignements : Dans un monde fracturé par la guerre en Ukraine et les tensions en mer de Chine, la moindre proximité passée de Macky Sall avec l'Occident devenait un casus belli pour Moscou et Pékin. À l'inverse, ses postures de neutralité africaine agaçaient Washington et Paris. À ce niveau de cynisme, le veto n'attend même pas le vote : il se murmure dans les couloirs, forçant le candidat à une retraite anticipée pour s'éviter l'humiliation publique d'un carton rouge.


L'Afrique a beau représenter le plus grand bloc de votes à l'Assemblée générale et être le théâtre principal des opérations de paix de l'ONU, elle reste la spectatrice impuissante d'un directoire hérité de 1945.
En se lançant à corps perdu et à coups de milliards dans cette course sans s'assurer du blanc-seing préalable des maîtres du monde, Macky Sall a péché par orgueil. Il pensait forcer le destin diplomatique ; il a simplement validé, à ses dépens, la règle d'or de Manhattan : à l'ONU, les puissants choisissent leurs arbitres, et l'Afrique, malgré ses milliards et ses déclarations de principes, reste sur le banc de touche.


clounjay@yahoo.fr
Mamadou Ndiaye

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