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ASER-AEE Power : le PJF resserre l’étau, la justice remonte la piste de l’argent public

Rédigé par Dakarposte le Jeudi 3 Septembre 2026 à 21:29 modifié le Jeudi 3 Septembre 2026 - 23:29

Le dossier ASER-AEE Power, qui n’a cessé, depuis plusieurs mois, d’alimenter les conversations, les controverses et les interrogations sur la gestion des deniers publics, s’apprête à franchir une nouvelle étape judiciaire.

Selon une information à l’actif du très renseigné « Deug Dafa Neubou », le Pool judiciaire financier (PJF) serait sur le point d’engager de nouvelles poursuites dans cette affaire tentaculaire. Une perspective qui, si elle se confirme dans les actes de procédure à venir, pourrait donner une tout autre dimension à un scandale dont les ramifications dépassent désormais les frontières sénégalaises.

Il faut dire que le dossier est loin d’être une simple querelle commerciale entre l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) et la société espagnole AEE Power EPC SAU. Au fil des mois, les pièces versées aux différentes procédures ont fait apparaître un entrelacs de contrats, de mouvements financiers, de plaintes croisées et de contestations dont la justice cherche désormais à démêler l’écheveau.

Au cœur de la controverse figure le marché d’électrification rurale conclu entre l’ASER et AEE Power EPC SAU, projet dont les enjeux financiers sont considérables. Le dossier a notamment été porté sur la scène judiciaire par une plainte déposée en octobre 2025 par le député Thierno Alassane Sall, dénonçant des faits présumés de faux, usage de faux et détournement de deniers publics.
Saisie à la suite de cette plainte, la Section de recherches de Dakar a conduit des investigations dont les résultats ont finalement conduit le parquet financier à considérer que certains faits étaient susceptibles de recevoir des qualifications pénales.


Mais cette plainte n’est qu’une des pièces maîtresses de la procédure. Dès septembre 2024, l’administrateur de la société espagnole AEE Power EPC SAU avait saisi le doyen des juges d’instruction de Dakar d’une plainte avec constitution de partie civile visant notamment l’administrateur de la filiale sénégalaise AEE Power Sénégal et son Project Manager.
Des faits de tentative d’escroquerie, de faux et usage de faux en écritures administratives ainsi que de manœuvres frauduleuses étaient alors dénoncés.
Le dossier devait par la suite connaître plusieurs évolutions procédurales avant d’entrer dans le giron du parquet financier.


Autre élément particulièrement sensible : une enquête distincte avait été ouverte à la suite d’une plainte de l’Agent judiciaire de l’État concernant l’utilisation présumée d’une quittance d’un montant de 918 339 800 francs CFA. Les enquêteurs ont relevé des liens de connexité entre cette procédure et celle opposant les différentes composantes d’AEE Power, ouvrant la voie à une jonction des dossiers devant un même juge d’instruction.

À ces éléments s’ajoutent les procédures engagées en Espagne, donnant à l’affaire une dimension internationale. Les protagonistes ne se livrent plus seulement bataille devant les juridictions sénégalaises : Madrid s’est également invité dans ce feuilleton judiciaire, tandis que les différentes parties continuent de faire valoir leurs propres lectures des faits et des flux financiers.

Le véritable tournant est toutefois intervenu le 17 août 2026. Le procureur de la République financier, El Hadji Alioune Abdoulaye Sylla, a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire à la suite de l’exploitation des conclusions de l’enquête menée par la Section de recherches de Dakar. Selon le parquet financier, ces investigations ont fait apparaître des agissements susceptibles de revêtir des qualifications pénales.

La liste des qualifications envisagées donne à elle seule la mesure de la gravité du dossier : association de malfaiteurs, détournement de deniers publics, faux et usage de faux, blanchiment de capitaux, corruption, prise illégale d’intérêts, trafic d’influence et faits éventuels de complicité. Le parquet précise que l’information judiciaire vise certains dirigeants des sociétés concernées, les personnes morales elles-mêmes ainsi que X, avec la possibilité de retenir toute autre infraction que l’instruction viendrait à révéler.

Et comme si le dossier ne comportait pas suffisamment de ramifications, le PJF a requis une commission rogatoire internationale ainsi qu’une délégation judiciaire afin d’approfondir les investigations et d’identifier toutes les personnes susceptibles d’être impliquées. Autrement dit, le temps des déclarations publiques et des passes d’armes médiatiques semble progressivement céder la place à celui des auditions, des confrontations, de l’expertise des pièces et de la traçabilité des opérations financières.


Dans ce contexte, la nouvelle information faisant état de poursuites imminentes doit être considérée avec toute la prudence qu’impose la matière judiciaire. Si de nouvelles poursuites devaient effectivement être déclenchées, elles ne constitueraient pas le point de départ de l’affaire, mais plutôt l’aboutissement d’une séquence procédurale déjà longue, marquée par plusieurs plaintes, des enquêtes distinctes, leur rapprochement et, désormais, l’ouverture d’une information judiciaire.

Il appartient à présent au juge d’instruction de faire parler les pièces, de confronter les versions et de déterminer, personne par personne, société par société, opération par opération, ce qui relève du droit, de la faute civile, de l’irrégularité administrative ou, le cas échéant, de l’infraction pénale.

Pour ceux qui auraient eu un rôle, direct ou indirect, dans les opérations aujourd’hui examinées, le message est donc sans ambiguïté : le dossier n’est plus au stade des simples accusations publiques.

La justice dispose désormais d’un cadre procédural lui permettant d’aller au fond des choses. Et dans une affaire où se mêlent argent public, électrification rurale, sociétés privées, contentieux transnationaux et soupçons d’infractions financières, chaque signature, chaque quittance, chaque transfert et chaque décision pourrait désormais être appelée à rendre des comptes devant le juge.


Le feuilleton ASER-AEE Power n’a donc manifestement pas livré son dernier chapitre. Bien au contraire. Après le temps des révélations et des controverses vient celui, autrement plus redoutable, de l’instruction judiciaire.
La présomption d’innocence demeure naturellement la règle pour toute personne mise en cause. Mais une certitude s’impose déjà : dans ce dossier, la justice entend désormais remonter la chaîne des responsabilités jusqu’à son terme.
Mamadou Ndiaye

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