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Affaire Tabaski Ngom : depuis Ndiob, la colère monte contre une détention qui s’éternise

Rédigé par Dakarposte le Jeudi 13 Août 2026 à 12:19 modifié le Jeudi 13 Août 2026 - 14:19

Affaire Tabaski Ngom : depuis Ndiob, la colère monte contre une détention qui s’éternise
L’affaire Tabaski Ngom n’en finit plus de susciter l’indignation de ses proches. À Ndiob, dans la région de Fatick, village d’origine de l’ancienne inspectrice du Trésor, parents, amis et sympathisants ont décidé de hausser le ton.

Une conférence de presse est annoncée afin de dénoncer ce qu’ils considèrent comme une détention devenue excessivement longue et réclamer, avec insistance, la remise en liberté de leur parente.

Placée sous mandat de dépôt depuis le 23 janvier 2025, Tabaski Ngom totalise, au 13 août 2026, près de dix-neuf mois de détention, soit plus d’un an et demi derrière les barreaux.

Elle est poursuivie dans le cadre du dossier portant sur des soupçons de détournement de deniers publics à l’Agence de promotion des sites industriels (APROSI), pour des faits notamment qualifiés d’association de malfaiteurs, détournement de deniers publics, blanchiment de capitaux, escroquerie portant sur des deniers publics, accès frauduleux à un système informatique et atteinte à l’intégrité d’un système informatique.

Le dossier repose notamment sur des accusations relatives à la disparition de plusieurs centaines de millions de francs CFA.
Tabaski Ngom, qui conteste la présentation qui est faite de son rôle, a de son côté mis directement en cause l’ancien ministre du Développement industriel et maire de Louga, Moustapha Diop. Elle soutient notamment qu’une partie des fonds litigieux aurait été remise pour contribuer au financement de sa campagne lors des élections législatives de novembre 2024. Des accusations que Moustapha Diop rejette catégoriquement.

C’est précisément cette opposition radicale entre les deux versions qui nourrit aujourd’hui la colère du village de Ndiob.
Depuis le début de la procédure, la défense de Tabaski Ngom réclame une confrontation directe avec Moustapha Diop, considérée comme susceptible d’éclairer certaines zones d’ombre du dossier. Or, malgré l’audition au fond de l’ancien ministre le 26 février 2026, aucune confrontation judiciaire entre les deux protagonistes n’a, à ce jour, été organisée.

La situation est d’autant plus difficile à comprendre pour les proches de Tabaski Ngom que Moustapha Diop a depuis recouvré la liberté dans cette procédure.

Le 6 mai 2026, la Chambre d’accusation financière avait ordonné sa mise en liberté sous contrôle judiciaire dans le dossier Tabaski Ngom, avant que sa détention dans l’affaire distincte des fonds Force Covid-19 ne prenne fin le 3 juin. Il a ainsi retrouvé la liberté, avec notamment un placement sous surveillance électronique dans le dossier APROSI.

C’est ce contraste qui alimente aujourd’hui le sentiment d’injustice exprimé par les habitants de Ndiob. Comment expliquer qu’une femme incarcérée depuis janvier 2025 demeure privée de liberté tandis que l’homme qu’elle accuse directement a recouvré la sienne, sans que le face-à-face judiciaire qu’elle réclame ait eu lieu ? La question est légitime dans le débat public, même si elle ne préjuge évidemment ni de la culpabilité ni de l’innocence de l’un ou de l’autre.

Plus troublant encore, selon les proches de Tabaski Ngom, serait le sentiment que l’instruction arrive à son terme sans que toutes les diligences sollicitées par la défense aient été accomplies. Des demandes portant notamment sur une confrontation et sur certains actes complémentaires d’instruction ont été contestées ou rejetées, ce qui a conduit les avocats à multiplier les recours.

Il faut néanmoins se garder de transformer une revendication familiale en verdict judiciaire. La détention provisoire n’est pas une condamnation et la liberté provisoire ne constitue pas davantage une déclaration d’innocence. Les responsabilités individuelles devront être établies à l’issue de la procédure, sur la base des preuves, du contradictoire et du respect scrupuleux des droits de chaque partie.
Mais la justice, précisément parce qu’elle est rendue au nom du peuple, ne peut durablement laisser s’installer le sentiment d’un traitement différencié des protagonistes d’une même affaire.

À Ndiob, la mobilisation annoncée traduit moins, à ce stade, une volonté de substituer la rue au prétoire qu’une demande de clarification : que la lumière soit faite, que les actes nécessaires soient accomplis et que chacun réponde, dans les mêmes conditions, de ce qui lui est reproché.

Le village entend donc prendre la parole. Ses fils et ses filles veulent rappeler que derrière le dossier financier, les montants en jeu et les qualifications pénales, il y a aussi une femme privée de liberté depuis plus de dix-huit mois, une famille qui attend et une justice dont la lenteur nourrit désormais l’impatience.

La conférence de presse annoncée, calée pour lundi prochain, pourrait ainsi donner une nouvelle dimension à une affaire déjà sensible.
À Ndiob, la colère ne demande pas que la justice soit contournée ; elle demande qu’elle avance.

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