Les personnes concernées, dont la situation administrative doit être examinée, sont conduites vers le commissariat central de Dakar.
La suite à donner à cette opération relèvera des autorités compétentes, au regard de la situation de chacune d’entre elles.
Dans le quartier, cette intervention semble être accueillie avec soulagement par plusieurs habitants, qui espèrent retrouver davantage de tranquillité et de sécurité dans leur environnement immédiat.
Mais si l’opération peut répondre à une préoccupation légitime des riverains, elle ne saurait, à elle seule, constituer une politique durable. Car déplacer le problème ne revient pas à le résoudre.
Si les personnes en situation irrégulière sont simplement éloignées de Colobane sans qu’une réponse administrative et juridique ne soit apportée à leur situation, elles risquent de réapparaître ailleurs, dans d’autres quartiers de la capitale ou dans d’autres villes du pays. Une opération ponctuelle peut donc produire un effet immédiat ; seule une politique cohérente, continue et encadrée par le droit peut apporter une réponse durable.
Lorsqu’une personne se trouve effectivement en situation irrégulière au regard de la législation sénégalaise, la question de son éloignement du territoire doit être traitée par les autorités compétentes, dans le respect des procédures, de la dignité humaine et des droits fondamentaux. L’enjeu n’est donc pas d’organiser une chasse aux étrangers, mais de faire respecter les règles applicables à toute personne vivant sur le territoire national.
Cette exigence appelle également une politique plus rigoureuse de contrôle aux frontières. Il serait difficile de nier que la surveillance des frontières terrestres constitue un défi majeur. La porosité de certains axes frontaliers facilite nécessairement les entrées et les déplacements clandestins et fragilise, au passage, la capacité de l’État à connaître avec précision les mouvements de population sur son territoire.
La réponse ne peut toutefois se limiter à des opérations spectaculaires et ponctuelles. Elle devrait s’inscrire dans la durée, avec des contrôles réguliers de la situation administrative, une meilleure coordination entre les services de sécurité, les services de l’immigration et les autorités territoriales, ainsi qu’un suivi rigoureux des personnes autorisées à séjourner au Sénégal.
Dans ce cadre, la question de l’instauration ou du renforcement d’un véritable titre de séjour pour les étrangers mérite d’être posée sereinement.
Pourquoi un étranger appelé à vivre durablement au Sénégal ne devrait-il pas être clairement identifié, enregistré et soumis à des obligations administratives précises ? Une telle politique permettrait à l’État de distinguer le visiteur de passage, le travailleur, l’étudiant, le résident et la personne en situation irrégulière.
Le Maroc offre, à cet égard, un exemple intéressant, même si son dispositif ne saurait être transposé mécaniquement au Sénégal. La loi marocaine n° 02-03 du 11 novembre 2003 relative à l’entrée et au séjour des étrangers organise un régime de séjour reposant notamment sur la carte d’immatriculation. Les étrangers qui souhaitent séjourner durablement au Maroc doivent en principe solliciter ce titre, tandis que ceux qui séjournent régulièrement pour une durée maximale de 90 jours en sont dispensés.
Le dispositif marocain prévoit que la carte d’immatriculation peut être délivrée pour une durée allant d’un à dix ans, selon la situation et le motif du séjour. Elle peut notamment porter la mention « visiteur », « étudiant » ou correspondre à une activité professionnelle autorisée. Le changement de résidence doit également être déclaré aux autorités compétentes.
Le système prévoit par ailleurs une carte de résidence destinée à certaines catégories d’étrangers remplissant des conditions particulières, notamment une durée de résidence régulière suffisamment longue ou certains liens familiaux avec des ressortissants marocains. La loi permet également de refuser ou de retirer un titre lorsque la présence de l’intéressé constitue une menace pour l’ordre public, avec, dans ce cas, une obligation de quitter le territoire dans le délai légal prévu.
Il faut donc retenir du modèle marocain moins une simple logique de répression qu’un principe d’organisation : savoir qui entre, savoir qui séjourne, connaître le motif du séjour, contrôler sa régularité et agir lorsque les conditions légales ne sont plus réunies. C’est cette traçabilité administrative qui pourrait nourrir la réflexion sénégalaise.
Dans le même esprit, l’État pourrait envisager des opérations régulières de vérification d’identité et de situation administrative, conduites dans un cadre légal, ciblé et respectueux des droits de chacun.
Le terme de « rafle », chargé historiquement et juridiquement, gagnerait à être écarté au profit d’opérations de contrôle et de vérification dûment encadrées.
L’objectif devrait être de rechercher les situations irrégulières, et non de désigner une communauté étrangère dans son ensemble. Cette distinction est fondamentale.
La présence d’étrangers en situation régulière ne saurait être assimilée à l’immigration clandestine, pas plus qu’une nationalité ne saurait être tenue pour responsable des actes commis individuellement par certains de ses ressortissants.
Les agressions, vols ou cambriolages doivent être poursuivis sur la base des faits et des preuves, quelle que soit la nationalité de leurs auteurs présumés.
Mais cette exigence de rigueur ne doit pas empêcher l’État d’entendre l’inquiétude croissante exprimée par certains citoyens face à l’insécurité. Lorsque des populations vivent dans la peur, l’autorité publique doit répondre.
Elle doit identifier les causes, établir les responsabilités et renforcer la présence des services compétents, sans amalgame ni stigmatisation.
L’opération actuellement menée à Colobane peut donc être perçue comme un signal. Mais pour qu’elle ne demeure pas une simple parenthèse sécuritaire, elle devrait s’inscrire dans une politique plus vaste : contrôle effectif des frontières, identification des étrangers résidant sur le territoire, délivrance de titres de séjour selon des critères transparents, vérification régulière de leur validité et application rigoureuse des décisions administratives et judiciaires.
À défaut, les mêmes personnes partiront d’une rue pour réapparaître dans une autre, d’un quartier pour gagner le suivant, et le problème se déplacera sans jamais être traité à sa racine.
L’État sénégalais gagnerait donc à passer de l’intervention ponctuelle à une véritable politique migratoire. Une politique qui ne serait ni dictée par la peur ni nourrie par l’amalgame, mais fondée sur un principe simple : un territoire souverain doit savoir qui y entre, qui y séjourne, pourquoi il y séjourne et dans quelles conditions il est autorisé à y demeurer.
C’est à cette condition que l’opération de Colobane pourra dépasser le simple effet d’annonce et s’inscrire dans une démarche durable de sécurité, d’ordre public et de maîtrise des flux migratoires.
La suite à donner à cette opération relèvera des autorités compétentes, au regard de la situation de chacune d’entre elles.
Dans le quartier, cette intervention semble être accueillie avec soulagement par plusieurs habitants, qui espèrent retrouver davantage de tranquillité et de sécurité dans leur environnement immédiat.
Mais si l’opération peut répondre à une préoccupation légitime des riverains, elle ne saurait, à elle seule, constituer une politique durable. Car déplacer le problème ne revient pas à le résoudre.
Si les personnes en situation irrégulière sont simplement éloignées de Colobane sans qu’une réponse administrative et juridique ne soit apportée à leur situation, elles risquent de réapparaître ailleurs, dans d’autres quartiers de la capitale ou dans d’autres villes du pays. Une opération ponctuelle peut donc produire un effet immédiat ; seule une politique cohérente, continue et encadrée par le droit peut apporter une réponse durable.
Lorsqu’une personne se trouve effectivement en situation irrégulière au regard de la législation sénégalaise, la question de son éloignement du territoire doit être traitée par les autorités compétentes, dans le respect des procédures, de la dignité humaine et des droits fondamentaux. L’enjeu n’est donc pas d’organiser une chasse aux étrangers, mais de faire respecter les règles applicables à toute personne vivant sur le territoire national.
Cette exigence appelle également une politique plus rigoureuse de contrôle aux frontières. Il serait difficile de nier que la surveillance des frontières terrestres constitue un défi majeur. La porosité de certains axes frontaliers facilite nécessairement les entrées et les déplacements clandestins et fragilise, au passage, la capacité de l’État à connaître avec précision les mouvements de population sur son territoire.
La réponse ne peut toutefois se limiter à des opérations spectaculaires et ponctuelles. Elle devrait s’inscrire dans la durée, avec des contrôles réguliers de la situation administrative, une meilleure coordination entre les services de sécurité, les services de l’immigration et les autorités territoriales, ainsi qu’un suivi rigoureux des personnes autorisées à séjourner au Sénégal.
Dans ce cadre, la question de l’instauration ou du renforcement d’un véritable titre de séjour pour les étrangers mérite d’être posée sereinement.
Pourquoi un étranger appelé à vivre durablement au Sénégal ne devrait-il pas être clairement identifié, enregistré et soumis à des obligations administratives précises ? Une telle politique permettrait à l’État de distinguer le visiteur de passage, le travailleur, l’étudiant, le résident et la personne en situation irrégulière.
Le Maroc offre, à cet égard, un exemple intéressant, même si son dispositif ne saurait être transposé mécaniquement au Sénégal. La loi marocaine n° 02-03 du 11 novembre 2003 relative à l’entrée et au séjour des étrangers organise un régime de séjour reposant notamment sur la carte d’immatriculation. Les étrangers qui souhaitent séjourner durablement au Maroc doivent en principe solliciter ce titre, tandis que ceux qui séjournent régulièrement pour une durée maximale de 90 jours en sont dispensés.
Le dispositif marocain prévoit que la carte d’immatriculation peut être délivrée pour une durée allant d’un à dix ans, selon la situation et le motif du séjour. Elle peut notamment porter la mention « visiteur », « étudiant » ou correspondre à une activité professionnelle autorisée. Le changement de résidence doit également être déclaré aux autorités compétentes.
Le système prévoit par ailleurs une carte de résidence destinée à certaines catégories d’étrangers remplissant des conditions particulières, notamment une durée de résidence régulière suffisamment longue ou certains liens familiaux avec des ressortissants marocains. La loi permet également de refuser ou de retirer un titre lorsque la présence de l’intéressé constitue une menace pour l’ordre public, avec, dans ce cas, une obligation de quitter le territoire dans le délai légal prévu.
Il faut donc retenir du modèle marocain moins une simple logique de répression qu’un principe d’organisation : savoir qui entre, savoir qui séjourne, connaître le motif du séjour, contrôler sa régularité et agir lorsque les conditions légales ne sont plus réunies. C’est cette traçabilité administrative qui pourrait nourrir la réflexion sénégalaise.
Dans le même esprit, l’État pourrait envisager des opérations régulières de vérification d’identité et de situation administrative, conduites dans un cadre légal, ciblé et respectueux des droits de chacun.
Le terme de « rafle », chargé historiquement et juridiquement, gagnerait à être écarté au profit d’opérations de contrôle et de vérification dûment encadrées.
L’objectif devrait être de rechercher les situations irrégulières, et non de désigner une communauté étrangère dans son ensemble. Cette distinction est fondamentale.
La présence d’étrangers en situation régulière ne saurait être assimilée à l’immigration clandestine, pas plus qu’une nationalité ne saurait être tenue pour responsable des actes commis individuellement par certains de ses ressortissants.
Les agressions, vols ou cambriolages doivent être poursuivis sur la base des faits et des preuves, quelle que soit la nationalité de leurs auteurs présumés.
Mais cette exigence de rigueur ne doit pas empêcher l’État d’entendre l’inquiétude croissante exprimée par certains citoyens face à l’insécurité. Lorsque des populations vivent dans la peur, l’autorité publique doit répondre.
Elle doit identifier les causes, établir les responsabilités et renforcer la présence des services compétents, sans amalgame ni stigmatisation.
L’opération actuellement menée à Colobane peut donc être perçue comme un signal. Mais pour qu’elle ne demeure pas une simple parenthèse sécuritaire, elle devrait s’inscrire dans une politique plus vaste : contrôle effectif des frontières, identification des étrangers résidant sur le territoire, délivrance de titres de séjour selon des critères transparents, vérification régulière de leur validité et application rigoureuse des décisions administratives et judiciaires.
À défaut, les mêmes personnes partiront d’une rue pour réapparaître dans une autre, d’un quartier pour gagner le suivant, et le problème se déplacera sans jamais être traité à sa racine.
L’État sénégalais gagnerait donc à passer de l’intervention ponctuelle à une véritable politique migratoire. Une politique qui ne serait ni dictée par la peur ni nourrie par l’amalgame, mais fondée sur un principe simple : un territoire souverain doit savoir qui y entre, qui y séjourne, pourquoi il y séjourne et dans quelles conditions il est autorisé à y demeurer.
C’est à cette condition que l’opération de Colobane pourra dépasser le simple effet d’annonce et s’inscrire dans une démarche durable de sécurité, d’ordre public et de maîtrise des flux migratoires.


Colobane : le déguerpissement des étrangers sans titre ne saurait être une réponse durable

