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Détournement de 16 millions au BRT : A. Taha propose de rembourser, mais la justice doit désormais suivre son cours

Rédigé par Dakarposte le Lundi 24 Août 2026 à 14:09 modifié le Lundi 24 Août 2026 - 16:10

A. Taha, vendeuse de tickets du BRT via la plateforme numérique « Kubapay », a été interpellée vendredi dernier par la Division des investigations criminelles (DIC) et déférée au parquet dans une affaire présumée de détournement de deniers publics portant sur quelque 16 millions de francs CFA.

Selon les éléments rapportés par Libération, la mise en cause aurait pris l’habitude d’ouvrir plusieurs sessions sur la plateforme.

À la fin de son service, elle ne déclarait que les recettes issues de certaines sessions, tandis que d’autres demeuraient ouvertes, permettant, selon l’accusation, de soustraire à des fins personnelles les montants correspondants.

Entendue par les enquêteurs, A. Taha a reconnu l’existence d’écarts dans les recettes, tout en contestant le caractère intentionnel du détournement. Elle a notamment expliqué avoir été induite en erreur par ses identifiants.

Elle s’est néanmoins déclarée disposée à rembourser les sommes concernées et a formulé deux propositions : travailler pour Dakar Mobilité SA sans percevoir de salaire jusqu’à concurrence du préjudice, ou s’acquitter de la somme par voie de moratoire, avec l’appui de sa famille.

Mais peut-on réellement qualifier cette proposition de « mode de remboursement original » ?

À bien y regarder, il ne s’agit finalement que d’une proposition de réparation du préjudice, dont l’acceptation ou le rejet relève de la société concernée et, surtout, des suites judiciaires de l’affaire.

Si Dakar Mobilité SA estime avoir subi un préjudice, il lui appartient d’assumer ses responsabilités au regard de ses engagements et de la loi.

Pour le reste, la justice doit désormais faire son œuvre, établir les faits, apprécier les responsabilités et décider des suites appropriées.

Cette affaire, au-delà du cas personnel de A. Taha, pose néanmoins une question beaucoup plus vaste : pourquoi certains continuent-ils de considérer les deniers publics comme une cagnotte à portée de main ?

La tentation du gain rapide, nourrie par une société où la réussite matérielle est parfois exhibée avec ostentation, constitue un mal qu’il faut regarder en face.

Mais, il serait également injuste d'en faire une question exclusivement féminine : la corruption et les détournements n'ont évidemment ni sexe ni visage.


Le véritable problème réside plutôt dans la perception de l'impunité. Lorsque de présumés grands détourneurs sont soupçonnés d’avoir manipulé des milliards et que les procédures s’éternisent, tandis que des justiciables poursuivis pour des montants infiniment plus modestes sont rapidement exposés à la rigueur pénale, le sentiment d’une justice à géométrie variable peut s’installer dans l’opinion.
La loi doit être la même pour tous, qu’il s’agisse de millions ou de milliards.

Il faut toutefois se garder de réclamer, sous le coup de l’indignation, des sanctions disproportionnées ou contraires aux principes fondamentaux de l’État de droit.
La fermeté contre les détournements doit aller de pair avec une justice indépendante, des procédures régulières et des peines réellement dissuasives lorsqu’une culpabilité est établie.

Le Sénégal ne sortira pas durablement de cette culture du « gain facile » par les seuls discours.
Il faudra renforcer les mécanismes de contrôle, améliorer la traçabilité des recettes, responsabiliser les gestionnaires et surtout faire comprendre que l’argent public n’est la propriété de personne : il appartient à la collectivité.

Dans ce contexte, le débat parlementaire sur le contrôle des fonds publics ne devrait pas se limiter aux mécanismes politiques.

La surveillance effective des deniers de l’État, la prévention des détournements et l’évaluation des dispositifs de contrôle méritent une attention tout aussi soutenue. C’est à ce prix que pourra être restaurée la confiance des citoyens.

Quant à A. Taha, elle devra répondre des faits qui lui sont reprochés. Ni le montant relativement modeste du préjudice allégué, ni sa proposition de remboursement ne sauraient déterminer à eux seuls l’issue de la procédure.

La justice devra simplement appliquer la loi, avec la même rigueur et la même équité pour les petits comme pour les grands.

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