« Des développements positifs sont attendus. » Voilà une formule qui, à elle seule, pourrait résumer des décennies de coopération entre le Sénégal, le Fonds monétaire international et les autres bailleurs de fonds internationaux. Une formule rassurante, soigneusement calibrée, qui laisse entrevoir la perspective d’un nouvel accord, sans jamais répondre à la question essentielle : après tant de programmes, de conditionnalités et de réformes, pourquoi tant de pays africains demeurent-ils prisonniers d’un endettement chronique ?
Une mission du Fonds monétaire international séjourne actuellement au Sénégal. Les discussions avec les autorités seraient, selon le FMI, « constructives » et auraient permis des progrès « substantiels ». Des développements positifs seraient même attendus dans les prochains jours.
Très bien.
Mais il faudrait peut-être, avant de célébrer ces signaux diplomatiques, prendre un peu de recul et regarder le bilan de plusieurs décennies de politiques financières internationales.
Depuis des générations, le FMI et la Banque mondiale interviennent dans les économies des pays en développement au nom de la stabilité, de la croissance et de la réduction de la pauvreté. Pourtant, dans nombre de ces pays, la dette demeure élevée, les infrastructures sociales restent insuffisantes et les populations continuent de supporter le poids des politiques d’austérité et des restrictions budgétaires.
Le Sénégal n’échappe pas à cette contradiction.
Nous avons connu les programmes d’ajustement structurel. Nous avons connu la dévaluation du franc CFA. Nous avons connu les politiques de rigueur, les réformes imposées ou fortement encouragées de l’extérieur et les multiples prescriptions destinées à assainir nos finances publiques.
Et après tout cela, où en sommes-nous ?
Des établissements scolaires manquent encore de moyens. Les infrastructures sanitaires demeurent insuffisantes. Dans certaines zones, l'accès aux soins reste un parcours difficile. Le chômage et la précarité persistent, tandis que la question de la souveraineté économique demeure entière.
Il serait donc intellectuellement malhonnête de présenter le FMI comme une institution capable, à elle seule, d’apporter une solution miracle à nos difficultés.
Le Fonds peut apporter des financements, une expertise et un cadre de stabilisation. Mais il ne peut pas, par la magie d’un programme, produire une transformation structurelle d’une économie. Et surtout, chaque financement extérieur vient avec ses propres contraintes, ses propres exigences et, parfois, un coût social considérable.
C’est précisément pourquoi la question de la stratégie économique du Sénégal mérite un véritable débat.
L’ambition d’une plus grande autonomie financière et d’une réduction progressive de la dépendance à l’égard des bailleurs internationaux n’a rien d’irrationnel. Au contraire, elle devrait constituer un objectif de long terme pour tout État qui aspire à une véritable souveraineté.
Encore faut-il distinguer la souveraineté proclamée de la souveraineté construite.
Une économie souveraine ne se bâtit ni par des slogans ni par le rejet systématique des partenaires internationaux.
Elle se construit par la mobilisation des ressources nationales, la transformation locale, la maîtrise de la dépense publique, la lutte contre les détournements, une fiscalité efficace, l'investissement productif et surtout la capacité à créer suffisamment de richesses pour financer durablement les politiques publiques.
C’est là que le débat devient intéressant.
Si le Sénégal doit retourner négocier avec le FMI, il ne devrait pas seulement demander combien l’institution est prête à nous prêter.
Il devrait également se demander pourquoi nous sommes encore contraints d’emprunter, quelles erreurs nous ont conduits à cette situation et comment éviter que le prochain programme ne prépare simplement le prochain endettement.
Car il existe un risque permanent : celui de transformer l’aide financière en mécanisme de dépendance.
L’argent entre, les programmes sont annoncés, les réformes sont engagées, les créanciers sont rassurés… puis, quelques années plus tard, la dette revient au centre du débat et le cycle recommence.
À qui profite réellement ce système ? C’est également une question légitime.
Une partie importante des financements internationaux revient souvent, directement ou indirectement, vers les économies des pays donateurs à travers les marchés, les entreprises, les cabinets de conseil, les fournisseurs et les grands groupes qui exécutent les projets. Pendant ce temps, les pays bénéficiaires conservent la dette et doivent rembourser.
On pourrait alors résumer la mécanique par une formule provocatrice : l’argent circule, les contrats se déplacent, mais la dette, elle, reste.
Il serait toutefois trop facile de faire porter toute la responsabilité de nos difficultés aux puissances étrangères. L’Afrique doit aussi regarder ses propres responsabilités en face. La mauvaise gouvernance, la corruption, le clientélisme, l’opacité dans la gestion publique et l’absence de contrôle efficace ont trop souvent contribué à aggraver une situation déjà fragile.
La souveraineté véritable commence donc par une exigence simple : rendre des comptes à son propre peuple.
Dans ce contexte, le débat sur le FMI ne devrait pas être réduit à une opposition caricaturale entre « bons patriotes » et « mauvais Occidentaux ». Ce serait trop commode et surtout trop simpliste.
La vraie question est de savoir comment sortir progressivement d’une relation dans laquelle nous avons trop souvent été réduits au rôle de demandeurs de financements.
Le Sénégal doit pouvoir discuter avec le FMI sans complexe, négocier sans naïveté et coopérer sans renoncer à ses intérêts fondamentaux.
Les partenaires internationaux défendent leurs intérêts. C’est leur rôle.
À nous de défendre les nôtres.
Si les discussions actuelles débouchent sur un nouvel accord, il faudra donc regarder au-delà des communiqués optimistes et des formules diplomatiques. Il faudra examiner les conditions, les engagements, les sacrifices demandés à la population et surtout la capacité réelle du programme à remettre durablement le pays sur ses pieds.
Parce que le véritable « développement positif » ne sera pas l’annonce d’un nouveau prêt.
Ce sera le jour où le Sénégal pourra financer son développement sans avoir besoin de revenir périodiquement frapper à la porte des mêmes institutions.
Ce jour-là, nous pourrons véritablement parler de souveraineté économique.
En attendant, méfions-nous des miracles annoncés dans les communiqués.
Les peuples africains ont déjà suffisamment payé le prix des expériences économiques dont ils n’ont pas toujours choisi les règles.
Une mission du Fonds monétaire international séjourne actuellement au Sénégal. Les discussions avec les autorités seraient, selon le FMI, « constructives » et auraient permis des progrès « substantiels ». Des développements positifs seraient même attendus dans les prochains jours.
Très bien.
Mais il faudrait peut-être, avant de célébrer ces signaux diplomatiques, prendre un peu de recul et regarder le bilan de plusieurs décennies de politiques financières internationales.
Depuis des générations, le FMI et la Banque mondiale interviennent dans les économies des pays en développement au nom de la stabilité, de la croissance et de la réduction de la pauvreté. Pourtant, dans nombre de ces pays, la dette demeure élevée, les infrastructures sociales restent insuffisantes et les populations continuent de supporter le poids des politiques d’austérité et des restrictions budgétaires.
Le Sénégal n’échappe pas à cette contradiction.
Nous avons connu les programmes d’ajustement structurel. Nous avons connu la dévaluation du franc CFA. Nous avons connu les politiques de rigueur, les réformes imposées ou fortement encouragées de l’extérieur et les multiples prescriptions destinées à assainir nos finances publiques.
Et après tout cela, où en sommes-nous ?
Des établissements scolaires manquent encore de moyens. Les infrastructures sanitaires demeurent insuffisantes. Dans certaines zones, l'accès aux soins reste un parcours difficile. Le chômage et la précarité persistent, tandis que la question de la souveraineté économique demeure entière.
Il serait donc intellectuellement malhonnête de présenter le FMI comme une institution capable, à elle seule, d’apporter une solution miracle à nos difficultés.
Le Fonds peut apporter des financements, une expertise et un cadre de stabilisation. Mais il ne peut pas, par la magie d’un programme, produire une transformation structurelle d’une économie. Et surtout, chaque financement extérieur vient avec ses propres contraintes, ses propres exigences et, parfois, un coût social considérable.
C’est précisément pourquoi la question de la stratégie économique du Sénégal mérite un véritable débat.
L’ambition d’une plus grande autonomie financière et d’une réduction progressive de la dépendance à l’égard des bailleurs internationaux n’a rien d’irrationnel. Au contraire, elle devrait constituer un objectif de long terme pour tout État qui aspire à une véritable souveraineté.
Encore faut-il distinguer la souveraineté proclamée de la souveraineté construite.
Une économie souveraine ne se bâtit ni par des slogans ni par le rejet systématique des partenaires internationaux.
Elle se construit par la mobilisation des ressources nationales, la transformation locale, la maîtrise de la dépense publique, la lutte contre les détournements, une fiscalité efficace, l'investissement productif et surtout la capacité à créer suffisamment de richesses pour financer durablement les politiques publiques.
C’est là que le débat devient intéressant.
Si le Sénégal doit retourner négocier avec le FMI, il ne devrait pas seulement demander combien l’institution est prête à nous prêter.
Il devrait également se demander pourquoi nous sommes encore contraints d’emprunter, quelles erreurs nous ont conduits à cette situation et comment éviter que le prochain programme ne prépare simplement le prochain endettement.
Car il existe un risque permanent : celui de transformer l’aide financière en mécanisme de dépendance.
L’argent entre, les programmes sont annoncés, les réformes sont engagées, les créanciers sont rassurés… puis, quelques années plus tard, la dette revient au centre du débat et le cycle recommence.
À qui profite réellement ce système ? C’est également une question légitime.
Une partie importante des financements internationaux revient souvent, directement ou indirectement, vers les économies des pays donateurs à travers les marchés, les entreprises, les cabinets de conseil, les fournisseurs et les grands groupes qui exécutent les projets. Pendant ce temps, les pays bénéficiaires conservent la dette et doivent rembourser.
On pourrait alors résumer la mécanique par une formule provocatrice : l’argent circule, les contrats se déplacent, mais la dette, elle, reste.
Il serait toutefois trop facile de faire porter toute la responsabilité de nos difficultés aux puissances étrangères. L’Afrique doit aussi regarder ses propres responsabilités en face. La mauvaise gouvernance, la corruption, le clientélisme, l’opacité dans la gestion publique et l’absence de contrôle efficace ont trop souvent contribué à aggraver une situation déjà fragile.
La souveraineté véritable commence donc par une exigence simple : rendre des comptes à son propre peuple.
Dans ce contexte, le débat sur le FMI ne devrait pas être réduit à une opposition caricaturale entre « bons patriotes » et « mauvais Occidentaux ». Ce serait trop commode et surtout trop simpliste.
La vraie question est de savoir comment sortir progressivement d’une relation dans laquelle nous avons trop souvent été réduits au rôle de demandeurs de financements.
Le Sénégal doit pouvoir discuter avec le FMI sans complexe, négocier sans naïveté et coopérer sans renoncer à ses intérêts fondamentaux.
Les partenaires internationaux défendent leurs intérêts. C’est leur rôle.
À nous de défendre les nôtres.
Si les discussions actuelles débouchent sur un nouvel accord, il faudra donc regarder au-delà des communiqués optimistes et des formules diplomatiques. Il faudra examiner les conditions, les engagements, les sacrifices demandés à la population et surtout la capacité réelle du programme à remettre durablement le pays sur ses pieds.
Parce que le véritable « développement positif » ne sera pas l’annonce d’un nouveau prêt.
Ce sera le jour où le Sénégal pourra financer son développement sans avoir besoin de revenir périodiquement frapper à la porte des mêmes institutions.
Ce jour-là, nous pourrons véritablement parler de souveraineté économique.
En attendant, méfions-nous des miracles annoncés dans les communiqués.
Les peuples africains ont déjà suffisamment payé le prix des expériences économiques dont ils n’ont pas toujours choisi les règles.


FMI : les « développements positifs » d’une vieille dépendance


