Il y a parfois des prises de parole qui valent davantage par le sourire qu’elles provoquent que par la sagesse qu’elles prétendent distiller.
Voilà qu’un ancien haut responsable, passé par quelques-unes des institutions les plus sensibles de la République, se découvre une âme de moraliste. Le voilà qui disserte sur les comptes dormants, les biens oubliés, les héritiers laissés dans l’ignorance.
Le voilà qui exhorte les chefs de famille à parler, à ne rien cacher, à organiser la transmission de leur patrimoine.
Quelle admirable conversion !
Mais il est une question que personne ne semble avoir osé lui poser : pourquoi donc commencer par apprendre aux autres à ouvrir leurs tiroirs lorsqu’on doit soi-même composer avec les questions que certains tiroirs administratifs et judiciaires ont suscitées autour de sa propre gestion ?
La scène aurait presque quelque chose de théâtral.
Le prédicateur de la transparence n’est pourtant pas n’importe qui. Il connaît les rouages de l’administration fiscale. Il a fréquenté les couloirs de la haute administration. Il a dirigé des structures où les chiffres, les comptes, les actifs et les responsabilités ne sont pas de simples abstractions.
Et puis, un jour, voilà que l’Inspection générale d’État s’intéresse à sa gestion.
Une mission de contrôle a été ordonnée au plus haut niveau de l’État. Des irrégularités ont été relevées et auraient conduit à des suites dont la justice a été saisie. Depuis plusieurs mois, le dossier continue son chemin dans les méandres institutionnels.
Et l’homme, lui, parle de transparence.
Il y a mieux encore.
À un moment donné, alors qu’il s’apprêtait à prendre l’avion, son départ du territoire aurait été contrarié. Une intervention émanant d’une personnalité particulièrement haut placée aurait, dit-on, permis de débloquer la situation.
Et malgré cela, le voilà qui vient expliquer au peuple que « la confiance évite la confusion ».
On aurait envie de lui répondre : commencez donc par nous montrer l’exemple.
Attention, toutefois : une procédure judiciaire n’est pas une condamnation.
Un rapport d’inspection n’est pas un verdict. Et la présomption d’innocence n’est pas une décoration que l’on accroche au veston selon les circonstances. Elle vaut pour tous, y compris pour ceux dont la gestion fait l’objet d’investigations.
Mais la présomption d’innocence n’interdit ni les questions, ni l’exigence de cohérence.
Car enfin, il y a quelque chose d’indécent dans cette manie de certains responsables de vouloir distribuer des certificats de vertu alors que leur propre parcours appelle encore des explications.
La transparence n’est pas une conférence Facebook.
Elle n’est pas une formule bien ciselée.
Elle n’est pas un conseil donné aux pères de famille pour leur apprendre où cacher — pardon, où déclarer — leurs comptes et leurs biens.
La transparence, la vraie, commence lorsque l’on accepte que sa propre gestion soit examinée sans chercher à détourner le regard vers les petits secrets des autres.
Alors, devinez qui nous parle de comptes dormants ?
Un homme qui connaît les comptes.
Un homme qui connaît les administrations.
Un homme qui connaît les contrôles.
Un homme dont la gestion aurait suffisamment intrigué les organes de contrôle pour qu’une mission spéciale s’y intéresse.
Un homme dont le dossier, selon les informations qui circulent, n’aurait toujours pas livré tous ses secrets.
Et qui, malgré tout, trouve encore le moyen de donner des leçons.
Décidément, dans ce pays, certains ont une conception particulièrement élastique de la pudeur.
Il faudrait peut-être rappeler à notre distingué moraliste une vérité élémentaire : avant de demander aux autres d’allumer la lumière dans leurs maisons, il faut être certain que personne ne cherche encore l’interrupteur dans la sienne.
À force de vouloir apparaître plus malin que tout le monde, on finit parfois par devenir prisonnier de ses propres contradictions.
Alors, de grâce : un peu moins de sermons, beaucoup plus de réponses.
Le peuple n’a pas besoin de nouveaux prédicateurs de la transparence.
Il attend simplement que, partout où des questions ont été soulevées, la lumière soit faite.
Voilà qu’un ancien haut responsable, passé par quelques-unes des institutions les plus sensibles de la République, se découvre une âme de moraliste. Le voilà qui disserte sur les comptes dormants, les biens oubliés, les héritiers laissés dans l’ignorance.
Le voilà qui exhorte les chefs de famille à parler, à ne rien cacher, à organiser la transmission de leur patrimoine.
Quelle admirable conversion !
Mais il est une question que personne ne semble avoir osé lui poser : pourquoi donc commencer par apprendre aux autres à ouvrir leurs tiroirs lorsqu’on doit soi-même composer avec les questions que certains tiroirs administratifs et judiciaires ont suscitées autour de sa propre gestion ?
La scène aurait presque quelque chose de théâtral.
Le prédicateur de la transparence n’est pourtant pas n’importe qui. Il connaît les rouages de l’administration fiscale. Il a fréquenté les couloirs de la haute administration. Il a dirigé des structures où les chiffres, les comptes, les actifs et les responsabilités ne sont pas de simples abstractions.
Et puis, un jour, voilà que l’Inspection générale d’État s’intéresse à sa gestion.
Une mission de contrôle a été ordonnée au plus haut niveau de l’État. Des irrégularités ont été relevées et auraient conduit à des suites dont la justice a été saisie. Depuis plusieurs mois, le dossier continue son chemin dans les méandres institutionnels.
Et l’homme, lui, parle de transparence.
Il y a mieux encore.
À un moment donné, alors qu’il s’apprêtait à prendre l’avion, son départ du territoire aurait été contrarié. Une intervention émanant d’une personnalité particulièrement haut placée aurait, dit-on, permis de débloquer la situation.
Et malgré cela, le voilà qui vient expliquer au peuple que « la confiance évite la confusion ».
On aurait envie de lui répondre : commencez donc par nous montrer l’exemple.
Attention, toutefois : une procédure judiciaire n’est pas une condamnation.
Un rapport d’inspection n’est pas un verdict. Et la présomption d’innocence n’est pas une décoration que l’on accroche au veston selon les circonstances. Elle vaut pour tous, y compris pour ceux dont la gestion fait l’objet d’investigations.
Mais la présomption d’innocence n’interdit ni les questions, ni l’exigence de cohérence.
Car enfin, il y a quelque chose d’indécent dans cette manie de certains responsables de vouloir distribuer des certificats de vertu alors que leur propre parcours appelle encore des explications.
La transparence n’est pas une conférence Facebook.
Elle n’est pas une formule bien ciselée.
Elle n’est pas un conseil donné aux pères de famille pour leur apprendre où cacher — pardon, où déclarer — leurs comptes et leurs biens.
La transparence, la vraie, commence lorsque l’on accepte que sa propre gestion soit examinée sans chercher à détourner le regard vers les petits secrets des autres.
Alors, devinez qui nous parle de comptes dormants ?
Un homme qui connaît les comptes.
Un homme qui connaît les administrations.
Un homme qui connaît les contrôles.
Un homme dont la gestion aurait suffisamment intrigué les organes de contrôle pour qu’une mission spéciale s’y intéresse.
Un homme dont le dossier, selon les informations qui circulent, n’aurait toujours pas livré tous ses secrets.
Et qui, malgré tout, trouve encore le moyen de donner des leçons.
Décidément, dans ce pays, certains ont une conception particulièrement élastique de la pudeur.
Il faudrait peut-être rappeler à notre distingué moraliste une vérité élémentaire : avant de demander aux autres d’allumer la lumière dans leurs maisons, il faut être certain que personne ne cherche encore l’interrupteur dans la sienne.
À force de vouloir apparaître plus malin que tout le monde, on finit parfois par devenir prisonnier de ses propres contradictions.
Alors, de grâce : un peu moins de sermons, beaucoup plus de réponses.
Le peuple n’a pas besoin de nouveaux prédicateurs de la transparence.
Il attend simplement que, partout où des questions ont été soulevées, la lumière soit faite.


Le donneur de leçons face à ses propres zones d’ombre
