Il est des revirements qui interrogent. Et il en est d’autres qui, au regard de la gravité des événements auxquels ils se rattachent, devraient surtout interpeller la justice et la conscience nationale.
La récente mais surprenante prise de parole de la patrone du fameux salon de massage (Sweet Beauté) en l’occurrence Ndèye Khady Ndiaye, qui demande publiquement pardon à Adji Sarr et affirme vouloir désormais « être en paix avec sa conscience », ne peut être accueillie comme une simple confession tardive. Elle soulève une question autrement plus grave : que vaut une vérité proclamée après des années de dénégations, de serments et de prises de position publiques, lorsque les conséquences humaines et politiques de cette affaire ont été considérables ?
Il ne s’agit pas ici de condamner une personne sur la seule foi d'une déclaration médiatique. Il appartient à la justice, et à elle seule, d’établir les responsabilités pénales. Mais il serait tout aussi irresponsable de considérer que cette nouvelle posture efface d’un trait les déclarations antérieures et les zones d’ombre qui ont accompagné l’affaire Sweet Beauté.
La récente mais surprenante prise de parole de la patrone du fameux salon de massage (Sweet Beauté) en l’occurrence Ndèye Khady Ndiaye, qui demande publiquement pardon à Adji Sarr et affirme vouloir désormais « être en paix avec sa conscience », ne peut être accueillie comme une simple confession tardive. Elle soulève une question autrement plus grave : que vaut une vérité proclamée après des années de dénégations, de serments et de prises de position publiques, lorsque les conséquences humaines et politiques de cette affaire ont été considérables ?
Il ne s’agit pas ici de condamner une personne sur la seule foi d'une déclaration médiatique. Il appartient à la justice, et à elle seule, d’établir les responsabilités pénales. Mais il serait tout aussi irresponsable de considérer que cette nouvelle posture efface d’un trait les déclarations antérieures et les zones d’ombre qui ont accompagné l’affaire Sweet Beauté.
Hier, défendre Sonko à tout prix ; aujourd’hui, demander pardon
Pendant toute la procédure, Ndèye Khady Ndiaye s’était inscrite dans une ligne de défense particulièrement ferme à l’égard d’Ousmane Sonko. Devant la justice comme dans l’espace public, elle contestait la version d’Adji Sarr et soutenait celle du leader de Pastef.
Lors du procès tenu devant la chambre criminelle de Dakar en 2023, elle a été longuement entendue sur les faits et a maintenu sa version. Le jugement a finalement écarté contre elle l’accusation de complicité de viol, mais l’a déclarée coupable d’incitation à la débauche et condamnée à deux ans d’emprisonnement ferme, outre une amende de 600 000 francs CFA.
La juridiction l’a également condamnée solidairement avec Ousmane Sonko à verser 20 millions de francs CFA de dommages et intérêts à Adji Sarr.
Voilà pourquoi sa nouvelle posture mérite autre chose qu’un simple commentaire de circonstance.
Car si elle affirme aujourd’hui vouloir « dire toute la vérité », une interrogation s’impose : quelle vérité ? Celle d’aujourd’hui ou celle qu’elle soutenait hier sous serment devant la justice ? C’est précisément là que se trouve le nœud de cette affaire.
Pendant toute la procédure, Ndèye Khady Ndiaye s’était inscrite dans une ligne de défense particulièrement ferme à l’égard d’Ousmane Sonko. Devant la justice comme dans l’espace public, elle contestait la version d’Adji Sarr et soutenait celle du leader de Pastef.
Lors du procès tenu devant la chambre criminelle de Dakar en 2023, elle a été longuement entendue sur les faits et a maintenu sa version. Le jugement a finalement écarté contre elle l’accusation de complicité de viol, mais l’a déclarée coupable d’incitation à la débauche et condamnée à deux ans d’emprisonnement ferme, outre une amende de 600 000 francs CFA.
La juridiction l’a également condamnée solidairement avec Ousmane Sonko à verser 20 millions de francs CFA de dommages et intérêts à Adji Sarr.
Voilà pourquoi sa nouvelle posture mérite autre chose qu’un simple commentaire de circonstance.
Car si elle affirme aujourd’hui vouloir « dire toute la vérité », une interrogation s’impose : quelle vérité ? Celle d’aujourd’hui ou celle qu’elle soutenait hier sous serment devant la justice ? C’est précisément là que se trouve le nœud de cette affaire.
Des serments, des affirmations et maintenant la repentance
Le problème n’est pas qu’une personne puisse changer d’avis. Toute conscience humaine peut connaître le doute, le remords et même le repentir. Le problème est ailleurs : lorsqu’une personne a publiquement défendu une version des faits avec une telle détermination, qu’elle l’a soutenue devant la justice et qu’elle revient ensuite annoncer qu’elle souhaite enfin « dire toute la vérité », la République est en droit de demander des explications.
Pas des insinuations.
Pas une nouvelle séquence émotionnelle.
Pas une confession à épisodes.
Le problème n’est pas qu’une personne puisse changer d’avis. Toute conscience humaine peut connaître le doute, le remords et même le repentir. Le problème est ailleurs : lorsqu’une personne a publiquement défendu une version des faits avec une telle détermination, qu’elle l’a soutenue devant la justice et qu’elle revient ensuite annoncer qu’elle souhaite enfin « dire toute la vérité », la République est en droit de demander des explications.
Pas des insinuations.
Pas une nouvelle séquence émotionnelle.
Pas une confession à épisodes.
Des faits. Des noms. Des dates. Des circonstances. Des preuves.
Car la justice n’est pas TikTok. La République n’est pas une scène où chacun peut, au gré des circonstances, réécrire son propre rôle dans une tragédie nationale.
Et les morts dans tout cela ?
C’est ici que l’affaire dépasse très largement le duel entre Ndèye Khady Ndiaye et Adji Sarr. L’affaire Sweet Beauté a constitué l’un des principaux foyers de la crise politique qui a profondément secoué le Sénégal depuis 2021. Les manifestations liées à l’affaire Sonko-Adji Sarr ont fait de nombreux morts. Amnesty International évoque au moins 65 personnes tuées entre 2021 et 2024 dans le contexte plus large de la répression des manifestations politiques.
Dès lors, comment pourrait-on simplement décréter que « cette histoire est derrière nous » ?
Derrière nous ?
Et les familles qui ont perdu un fils, une fille, un frère ou un père ?
Et ceux qui ont été blessés ?
Et ceux dont les commerces ont été détruits ?
Et ceux qui ont perdu leur emploi ou leurs économies ?
Et toutes ces familles qui attendent encore que la lumière soit faite sur les circonstances dans lesquelles leurs proches ont péri ?
L’image des deux fillettes mortes dans l’incendie d’un bus à Yarakh, lors des violences de 2023, demeure à elle seule un terrible rappel de ce que cette crise a coûté au pays.
On ne peut donc pas demander au Sénégal d’oublier parce que certains protagonistes souhaitent désormais tourner la page.
Une République sérieuse ne tourne pas la page sur des morts sans avoir écrit la vérité.
Car la justice n’est pas TikTok. La République n’est pas une scène où chacun peut, au gré des circonstances, réécrire son propre rôle dans une tragédie nationale.
Et les morts dans tout cela ?
C’est ici que l’affaire dépasse très largement le duel entre Ndèye Khady Ndiaye et Adji Sarr. L’affaire Sweet Beauté a constitué l’un des principaux foyers de la crise politique qui a profondément secoué le Sénégal depuis 2021. Les manifestations liées à l’affaire Sonko-Adji Sarr ont fait de nombreux morts. Amnesty International évoque au moins 65 personnes tuées entre 2021 et 2024 dans le contexte plus large de la répression des manifestations politiques.
Dès lors, comment pourrait-on simplement décréter que « cette histoire est derrière nous » ?
Derrière nous ?
Et les familles qui ont perdu un fils, une fille, un frère ou un père ?
Et ceux qui ont été blessés ?
Et ceux dont les commerces ont été détruits ?
Et ceux qui ont perdu leur emploi ou leurs économies ?
Et toutes ces familles qui attendent encore que la lumière soit faite sur les circonstances dans lesquelles leurs proches ont péri ?
L’image des deux fillettes mortes dans l’incendie d’un bus à Yarakh, lors des violences de 2023, demeure à elle seule un terrible rappel de ce que cette crise a coûté au pays.
On ne peut donc pas demander au Sénégal d’oublier parce que certains protagonistes souhaitent désormais tourner la page.
Une République sérieuse ne tourne pas la page sur des morts sans avoir écrit la vérité.
Adji Sarr : la justice doit aussi répondre à son cas
Il faut également avoir le courage de poser l’autre question : et si Adji Sarr avait été victime ?
Le procès de 2023 n’a pas retenu contre Ousmane Sonko les accusations de viol et de menaces de mort sous leur qualification initiale : la chambre criminelle a disqualifié le chef de viol en corruption de la jeunesse et l’a condamné à deux ans d’emprisonnement ferme ; elle a, en revanche, acquitté Ndèye Khady Ndiaye du chef de complicité de viol.
Cela ne permet à personne de transformer une décision judiciaire en vérité absolue sur chaque aspect de l’affaire.
Mais cela commande une chose : ne jamais sacrifier la recherche de la vérité à la passion politique.
Si Ousmane Sonko a été victime d’un complot, que la justice l’établisse.
Si Adji Sarr a été victime, que la justice le reconnaisse et lui rende justice.
Si des personnes ont menti, manipulé, organisé ou dissimulé des faits, qu’elles répondent de leurs actes devant les juridictions compétentes.
Voilà ce que devrait exiger une République digne de ce nom.
Il faut également avoir le courage de poser l’autre question : et si Adji Sarr avait été victime ?
Le procès de 2023 n’a pas retenu contre Ousmane Sonko les accusations de viol et de menaces de mort sous leur qualification initiale : la chambre criminelle a disqualifié le chef de viol en corruption de la jeunesse et l’a condamné à deux ans d’emprisonnement ferme ; elle a, en revanche, acquitté Ndèye Khady Ndiaye du chef de complicité de viol.
Cela ne permet à personne de transformer une décision judiciaire en vérité absolue sur chaque aspect de l’affaire.
Mais cela commande une chose : ne jamais sacrifier la recherche de la vérité à la passion politique.
Si Ousmane Sonko a été victime d’un complot, que la justice l’établisse.
Si Adji Sarr a été victime, que la justice le reconnaisse et lui rende justice.
Si des personnes ont menti, manipulé, organisé ou dissimulé des faits, qu’elles répondent de leurs actes devant les juridictions compétentes.
Voilà ce que devrait exiger une République digne de ce nom.
L'amnistie ne doit pas devenir un couvercle posé sur la vérité
La question de la loi d’amnistie mérite, dans ce contexte, un débat national sérieux. Adoptée le 6 mars 2024, elle couvre les faits susceptibles d’être qualifiés de crimes ou délits commis dans le cadre des manifestations ou événements à motivation politique entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024. Amnesty International a depuis appelé les autorités sénégalaises à garantir vérité, justice et réparations aux victimes.
Il appartient désormais au pouvoir politique et au Parlement de déterminer, dans le respect de la Constitution et du droit, si ce dispositif doit être maintenu, révisé ou abrogé.
Mais une chose doit être claire : l’amnistie ne saurait devenir un instrument d’amnésie nationale.
La paix véritable ne consiste pas à imposer le silence aux victimes. Elle consiste à établir les responsabilités, à réparer autant que possible les préjudices et à permettre au pays de regarder son passé sans avoir à détourner les yeux.
« Deug rekk moy moudj »
Au fond, cette affaire nous ramène à une exigence élémentaire : « Deug rekk moy moudj » — seule la vérité peut nous sortir de cette impasse.
Alors, si Ndèye Khady Ndiaye détient aujourd’hui des éléments nouveaux, qu’elle les livre.
Qu’elle parle.
Qu’elle précise ce qu’elle aurait caché, pourquoi elle l’aurait caché, à qui elle aurait menti et dans quelles circonstances.
Mais surtout, qu’elle accepte que ses nouvelles déclarations soient confrontées aux anciennes, aux témoignages, aux pièces de procédure et aux décisions de justice.
Car demander pardon est une démarche personnelle. Rendre des comptes à la République en est une autre.
Et si de nouvelles déclarations font apparaître des faits susceptibles de constituer des infractions, ce n’est ni à TikTok, ni aux réseaux sociaux, ni aux journalistes de les sanctionner : c’est à la justice de s’en saisir, d’enquêter et de dire le droit.
Quant à l’idée qu’une personne « mérite la taule » pour avoir menti, il faut être précis : nul ne mérite une peine de prison parce qu’il est accusé ou soupçonné d’avoir menti ; une peine ne peut résulter que d’une infraction établie et d’une décision judiciaire. Mais si une nouvelle enquête établissait effectivement des infractions pénales, alors leurs auteurs, quels qu’ils soient et quelle que soit leur proximité avec le pouvoir ou l’opposition, devraient en répondre devant la justice.
C’est précisément cela, respecter la République.
Ni Sonko intouchable. Ni Adji Sarr condamnée d’avance. Ni Ndèye Khady Ndiaye absoute par un simple repentir médiatique.
La vérité, toute la vérité, et la justice pour tous.
La question de la loi d’amnistie mérite, dans ce contexte, un débat national sérieux. Adoptée le 6 mars 2024, elle couvre les faits susceptibles d’être qualifiés de crimes ou délits commis dans le cadre des manifestations ou événements à motivation politique entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024. Amnesty International a depuis appelé les autorités sénégalaises à garantir vérité, justice et réparations aux victimes.
Il appartient désormais au pouvoir politique et au Parlement de déterminer, dans le respect de la Constitution et du droit, si ce dispositif doit être maintenu, révisé ou abrogé.
Mais une chose doit être claire : l’amnistie ne saurait devenir un instrument d’amnésie nationale.
La paix véritable ne consiste pas à imposer le silence aux victimes. Elle consiste à établir les responsabilités, à réparer autant que possible les préjudices et à permettre au pays de regarder son passé sans avoir à détourner les yeux.
« Deug rekk moy moudj »
Au fond, cette affaire nous ramène à une exigence élémentaire : « Deug rekk moy moudj » — seule la vérité peut nous sortir de cette impasse.
Alors, si Ndèye Khady Ndiaye détient aujourd’hui des éléments nouveaux, qu’elle les livre.
Qu’elle parle.
Qu’elle précise ce qu’elle aurait caché, pourquoi elle l’aurait caché, à qui elle aurait menti et dans quelles circonstances.
Mais surtout, qu’elle accepte que ses nouvelles déclarations soient confrontées aux anciennes, aux témoignages, aux pièces de procédure et aux décisions de justice.
Car demander pardon est une démarche personnelle. Rendre des comptes à la République en est une autre.
Et si de nouvelles déclarations font apparaître des faits susceptibles de constituer des infractions, ce n’est ni à TikTok, ni aux réseaux sociaux, ni aux journalistes de les sanctionner : c’est à la justice de s’en saisir, d’enquêter et de dire le droit.
Quant à l’idée qu’une personne « mérite la taule » pour avoir menti, il faut être précis : nul ne mérite une peine de prison parce qu’il est accusé ou soupçonné d’avoir menti ; une peine ne peut résulter que d’une infraction établie et d’une décision judiciaire. Mais si une nouvelle enquête établissait effectivement des infractions pénales, alors leurs auteurs, quels qu’ils soient et quelle que soit leur proximité avec le pouvoir ou l’opposition, devraient en répondre devant la justice.
C’est précisément cela, respecter la République.
Ni Sonko intouchable. Ni Adji Sarr condamnée d’avance. Ni Ndèye Khady Ndiaye absoute par un simple repentir médiatique.
La vérité, toute la vérité, et la justice pour tous.


Scandale Sweet Beauté : peut-on demander pardon à la conscience après avoir demandé au Sénégal de fermer les yeux ?



