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Sénégal–FMI : à Dakar, l’heure de vérité pour les finances publiques et la crédibilité économique

Rédigé par Dakarposte le Mercredi 19 Août 2026 à 12:34 modifié le Mercredi 19 Août 2026 - 14:34

Dakar accueille, à compter de ce 19 août et jusqu’au 1er septembre prochain, une nouvelle mission du Fonds monétaire international.
L’information, que la rédaction de Dakarposte avait annoncée, prend aujourd’hui une résonance particulière : au-delà du simple calendrier des négociations, c’est une partie décisive de la relation entre le Sénégal et l’institution de Bretton Woods qui se joue.

Le FMI revient à Dakar pour poursuivre les discussions devant conduire, à terme, à un nouvel accord de financement.

Mais derrière le langage feutré des missions techniques, une question demeure : le Sénégal est-il désormais en mesure de convaincre sur la solidité de ses comptes, la sincérité de ses données et la soutenabilité de sa trajectoire budgétaire ?

Cette nouvelle séquence n’est pas une mission ordinaire. Elle intervient après plusieurs mois de discussions marqués par les révélations sur les données budgétaires et d’endettement, ainsi que par la nécessité de restaurer la confiance entre Dakar et ses partenaires financiers.

La mission conduite par Mercedes Vera Martin devra ainsi permettre de rapprocher les positions sur les politiques économiques et les réformes susceptibles d’être soutenues dans le cadre d’un éventuel nouveau programme.

Le véritable enjeu est là. Un programme du FMI ne constitue pas seulement une ligne de crédit supplémentaire dans les comptes de l’État. Il représente, pour les marchés, les investisseurs et les autres bailleurs, une forme de certificat de crédibilité macroéconomique.

Dans un environnement où le Sénégal doit composer avec une dette lourde, des marges budgétaires réduites et un coût de financement plus exigeant, la conclusion d’un nouvel accord pourrait contribuer à restaurer la confiance et à desserrer progressivement l’étau financier.

À l’inverse, une négociation qui s’éterniserait ou buterait sur les mêmes fragilités comptables risquerait de prolonger l’incertitude et d’alourdir encore le coût de l’argent pour l’État.

C’est pourquoi la question des données budgétaires revêt une importance qui dépasse largement les querelles de chiffres.

En économie publique, la qualité de la donnée est à la finance ce que la boussole est au navigateur : sans elle, même la meilleure volonté politique risque de conduire à mauvais port. Les irrégularités mises au jour ont précisément ébranlé cette boussole.

Le FMI avait déjà salué, à l’issue de sa mission de juin, l’engagement des autorités sénégalaises à remédier aux vulnérabilités révélées par les données erronées, ainsi que les réformes entreprises en matière de gestion de la dette, de finances publiques et de gouvernance budgétaire. Mais, le Fonds avait également souligné que des actions supplémentaires restaient nécessaires.

La mission qui commence aujourd’hui doit donc être l’occasion de transformer les déclarations d’intention en mécanismes durables. Il ne suffit plus de corriger les chiffres du passé ; il faut empêcher que de telles distorsions puissent se reproduire.
Cela suppose une chaîne statistique et budgétaire plus rigoureuse, des procédures de contrôle renforcées, une meilleure traçabilité des engagements de l’État et une information financière accessible, régulière et intelligible.
La transparence ne doit plus être considérée comme une exigence imposée de l’extérieur, mais comme un instrument de souveraineté économique.
Car la souveraineté financière ne signifie pas l’isolement. Elle consiste, au contraire, à disposer d’institutions suffisamment solides pour choisir ses partenaires, négocier en position de force et emprunter dans des conditions compatibles avec les intérêts du pays.

Un État qui maîtrise ses comptes, connaît précisément l’étendue de ses engagements et publie des données fiables est un État qui peut discuter avec le FMI sans subir la négociation.

Les discussions devraient également toucher aux réformes des finances publiques, à la mobilisation des recettes, à l’exécution budgétaire, à la masse salariale et à la soutenabilité du service de la dette.

Les perspectives de croissance liées notamment à la production d’hydrocarbures seront également scrutées. Or, c’est précisément ici que se trouve l’un des grands paradoxes de l’économie sénégalaise : le pays entre dans une nouvelle ère énergétique au moment même où il doit assainir ses comptes publics.

Les recettes tirées du pétrole et du gaz peuvent offrir une bouffée d’oxygène, mais elles ne sauraient devenir le prétexte d’une nouvelle fuite en avant budgétaire.

L’histoire économique regorge d’États qui ont confondu rente et richesse durable. Le Sénégal aurait tout intérêt à éviter ce piège.
Les revenus des hydrocarbures doivent servir à consolider les fondamentaux, à financer des investissements productifs, à renforcer le capital humain et à réduire les vulnérabilités, plutôt qu’à repousser indéfiniment les réformes difficiles. Une manne temporaire ne peut constituer la réponse permanente à un déficit structurel.

Le gouvernement devra également défendre sa propre conception de l’assainissement budgétaire. La rigueur ne saurait être réduite à une succession de coupes indistinctes dans les dépenses publiques. Une politique budgétaire intelligente doit savoir distinguer la dépense improductive de l’investissement indispensable, l’économie immédiate du coût différé, la réduction comptable du déficit de l’amélioration réelle de l’efficacité de l’État.
C’est tout le sens du débat autour d’un nouveau modèle de financement.

Il nous revient que les autorités sénégalaises entendent notamment accorder une place accrue au marché régional et aux instruments en monnaie locale afin de réduire leur dépendance aux financements extérieurs. Cette orientation peut avoir sa cohérence, mais elle exige elle aussi discipline et prudence : le marché régional n’est pas une source d’argent infinie et le recours accru à l’endettement domestique peut, s’il devient excessif, exercer une pression sur les liquidités disponibles pour le secteur privé.

Il faudra donc trouver le difficile équilibre entre consolidation budgétaire et soutien à l’activité. Trop d’austérité, et la croissance pourrait s’essouffler ; trop de relâchement, et la dette continuerait de peser sur les générations futures. Entre ces deux écueils se trouve la voie étroite d’une réforme crédible : élargir l’assiette fiscale plutôt que multiplier mécaniquement les prélèvements, améliorer le rendement de la dépense publique, lutter contre les déperditions, rationaliser les choix d’investissement et renforcer la gouvernance.


Le FMI, de son côté, devra également mesurer la réalité sociale de cette équation. Un programme économique n’est viable que s’il est politiquement et socialement soutenable.

Les Sénégalais ne peuvent être invités à supporter indéfiniment le coût des déséquilibres accumulés sans percevoir, en contrepartie, une amélioration de la qualité des services publics, de l’emploi, du pouvoir d’achat et des perspectives économiques.


La séquence du 19 août au 1er septembre sera donc bien davantage qu’une nouvelle étape administrative.
Elle constitue un rendez-vous avec la vérité des comptes, mais aussi avec la crédibilité de la parole publique.

Dakar doit désormais convaincre non seulement le FMI, mais également les marchés, les investisseurs, les entreprises et, surtout, ses propres citoyens que la page des approximations budgétaires peut être définitivement tournée.

La rédaction de Dakarposte avait annoncé cette nouvelle mission. Elle s’ouvre désormais au grand jour. Reste à savoir si elle débouchera sur un simple rapprochement technique ou sur le véritable commencement d’un nouveau pacte financier entre le Sénégal et le FMI.


Dans cette négociation, le Sénégal ne joue pas seulement l’accès à un financement. Il joue une part de sa réputation économique. Et, dans le monde de la finance, la réputation est parfois la première des garanties.
Mamadou Ndiaye

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