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Soupçons d'emplois fictifs : François Fillon et son épouse Penelope jugés coupables

ACTUALITÉ

Epilogue provisoire de l'affaire qui avait fait dérailler sa campagne présidentielle en 2017, l'ancien Premier ministre François Fillon a été condamné lundi à Paris à deux ans d'emprisonnement ferme et à une lourde amende dans l'affaire des emplois fictifs de son épouse Penelope.

Les avocats du couple Fillon, qui avaient plaidé la relaxe lors du procès en février-mars, ont immédiatement annoncé leur intention de faire appel. Le tribunal correctionnel de Paris a jugé fictifs les emplois de Mme Fillon comme assistante parlementaire de son époux et du suppléant de ce dernier, Marc Joulaud, et la plupart des emplois d'assistants des enfants Fillon auprès de leur père sénateur.

Mais aussi les lucratives activités de conseillère littéraire de Mme Fillon à la Revue des deux mondes du milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, proche de M. Fillon.

Regardez ci-dessous l'interview de Fabrice Lhomme, journaliste d'investigation pour le journal Le Monde, réalisée en février 2020. Il est l'auteur avec Gérard Davet d'"Apocalypse, les années Fillon", un livre-enquête sur l'ancien Premier ministre français, nourri de témoignages et de documents exclusifs.


Les magistrats ont pointé les "manquements" de l'ancien Premier ministre et ancien parlementaire à ses devoirs de "probité" et d'"exemplarité". Reconnu coupable de détournement de fonds publics et complicité, et complicité et recel d'abus de biens sociaux, il est condamné à cinq ans d'emprisonnement, dont deux ferme, 375.000 euros d'amende et dix ans d'inéligibilité.

François Fillon, libre jusqu'à son procès en appel
Cette peine n'est pas aménageable, mais en l'absence de mandat de dépôt, M. Fillon, retraité de la politique et reconverti dans la finance, restera libre jusqu'à son procès en appel.

En faisant "prévaloir son intérêt personnel sur l'intérêt commun" dans un but d'"enrichissement personnel", M. Fillon, 66 ans, "a contribué à éroder la confiance" des citoyens, a souligné la présidente du tribunal Nathalie Gavarino.

Son épouse Penelope Fillon, qui avait notamment signé trois contrats d'assistante parlementaire avec son mari député et le suppléant de celui-ci dans la Sarthe, Marc Joulaud, entre 1998 et 2013, est condamnée à trois ans de prison avec sursis, 375.000 euros d'amende et deux ans d'inéligibilité - elle vient d'être réélue conseillère municipale de sa commune, Solesmes.

Pour le tribunal, ses contrats n'avaient "aucune consistance" et ne répondaient à "aucun besoin".

Marc Joulaud, maire sortant de Sablé-sur-Sarthe, battu dimanche soir aux municipales mais élu au conseil municipal, a quant à lui été condamné à trois ans d'emprisonnement avec sursis, 20.000 euros d'amende avec sursis et cinq ans d'inéligibilité.

Un millions d'euros pour l'Assemblée
Au total, les fonds publics issus de l'Assemblée et du Sénat détournés au titre des contrats de Mme Fillon et des enfants du couple s'élèvent, selon le tribunal, à près de 1 156 000 euros.

Seule l'Assemblée s'est constituée partie civile. Les prévenus sont condamnés à lui verser plus d'un million d'euros de dommages et intérêts, en remboursement des sommes perçues.

Jusqu'en début d'après-midi, l'incertitude avait régné sur le rendu de ce jugement en raison d'une demande de réouverture des débats de la défense. Celle-ci espérait rebondir sur de récentes déclarations de l'ancienne cheffe du parquet national financier (PNF) qui a récemment fait état de "pressions" procédurales" de sa hiérarchie pendant l'enquête. Le tribunal a très brièvement évoqué ces demandes mais les a rejetées tacitement.

Les Fillon, arrivés masqués conformément au protocole sanitaire, n'ont pas fait de commentaires à l'issue de l'audience. "Naturellement, cette décision qui n'est pas juste va être frappée d'appel", a réagi l'avocat de François Fillon, Antonin Lévy.

"Il y aura un nouveau procès, c'est d'autant plus nécessaire que, depuis quelques jours, on commence enfin à comprendre ce que nous pressentons depuis 2017, les conditions ubuesques dans lesquelles cette enquête s'est déclenchée, les conditions scandaleuses dans lesquelles cette instruction a été ouverte, les conditions surprenantes dans lesquelles les investigations ont ensuite été conduites", a-t-il affirmé.

Enquête "à charge"
Ce que décrit Mme Houlette, notamment des demandes pressantes de remontées d'informations, n'a rien d'illégal mais a relancé dans le clan Fillon les accusations d'instrumentalisation de la justice et conduit Emmanuel Macron à saisir pour avis le Conseil supérieur de la magistrature.

La défense, qui dénonce depuis trois ans une enquête "à charge" menée en pleine campagne présidentielle, espérait que le tribunal attende l'avis du CSM et la fin de la commission d'enquête parlementaire sur l'indépendance de la justice, devant laquelle s'exprimait Mme Houlette, pour en discuter et statuer.

Donné favori à la présidentielle, François Fillon, chantre de la droite conservatrice, avait finalement été éliminé au premier tour après une campagne minée par cette affaire qu'avait révélée le Canard Enchaîné.
Mamadou Ndiaye

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