En Ukraine, la lutte anticorruption vient une nouvelle fois d’ébranler les plus hautes sphères du pouvoir. Le président Volodymyr Zelensky a limogé, ce mercredi, sa cheffe adjointe de cabinet, Iryna Mudra, au moment même où les enquêteurs du Bureau national de lutte contre la corruption (NABU) lançaient une vaste opération visant une organisation criminelle présumée, dont les ramifications conduiraient jusqu’à plusieurs responsables proches de la présidence.
Parmi les personnes visées figurent un député en exercice, un ancien parlementaire ainsi que le directeur général et le président du conseil de surveillance d’une banque publique, dont les fonctions semblent correspondre à celles des dirigeants de Sense Bank.
Selon les enquêteurs, ce réseau aurait participé au blanchiment d’environ trois millions d’euros, soit près de 150 millions de hryvnias, déposés comme caution pour un suspect dans une importante affaire de corruption.
Cette nouvelle opération, baptisée « Forest Gump », paraît être le prolongement direct de l’opération « Midas », devenue l’une des plus vastes affaires de corruption du mandat de Zelensky.
Dévoilée en novembre 2025 par le NABU et le Parquet spécialisé anticorruption (SAPO), après plus d’une année d’investigations, l’affaire Midas porte sur un système présumé de détournement et de versement de commissions occultes au sein d’Energoatom, le géant public ukrainien de l’énergie nucléaire.
Selon les enquêteurs, une organisation criminelle aurait exercé, sans y occuper officiellement de fonctions, une influence considérable sur l’entreprise. En échange du déblocage de paiements dus aux fournisseurs, ses membres auraient exigé des commissions représentant entre 10 et 15 % de la valeur des contrats. Le NABU estime qu’environ 85 millions d’euros auraient ainsi été blanchis.
L’ancien ministre de la Justice et de l’Énergie, Herman Halouchtchenko, a été mis en cause pour blanchiment d’argent et participation à une organisation criminelle. En février, le NABU affirmait que plus de 7,4 millions de dollars, 2,4 millions d’euros et 1,3 million de francs suisses provenant du système présumé avaient été transférés ou mis à la disposition de membres de sa famille.
Les trois millions d’euros au cœur de l’opération Forest Gump auraient, eux, servi à garantir sa libération sous caution. Des mandats de perquisition rendus publics par plusieurs parlementaires ukrainiens indiquent que Sense Bank aurait été utilisée pour transférer une partie de ces fonds.
Le NABU a également diffusé des enregistrements audio dans lesquels Iryna Mudra évoque la banque et des démarches présumées destinées à influer sur les décisions la concernant.
Dans une conversation enregistrée en juin, Mudra affirme notamment que le directeur général de Sense Bank et le président de son conseil de surveillance devaient venir la rencontrer.
Elle évoque par ailleurs un certain « David » ainsi que le président d’une commission parlementaire, qui chercheraient, selon elle, à garantir une forme de protection politique à l’établissement. L’identité de « David » n’a pas été officiellement établie, mais certains éléments pourraient faire penser à David Arakhamia, chef du groupe parlementaire du parti Serviteur du peuple, formation de Zelensky.
Dans un autre échange, Mudra affirme avoir été sollicitée par un homme prénommé « Timur », qu’elle décrit comme un « réfugié israélien », afin qu’elle prenne en charge le dossier relatif à Sense Bank. Cette description semble correspondre à Timur Mindich, ami de longue date de Zelensky et ancien partenaire d’affaires du président.
Mindich appartient depuis des années au cercle intime de Zelensky. Copropriétaire de Kvartal 95, société de production audiovisuelle cofondée par le président ukrainien, il est considéré par les enquêteurs comme l’une des figures centrales du système présumé révélé par l’opération Midas. Il a quitté l’Ukraine pour Israël en novembre 2025, peu après l’éclatement de l’affaire.
Son nom apparaît également dans une autre enquête, baptisée « Dynasty », dans laquelle le NABU et le SAPO affirment que plus de 8,8 millions d’euros auraient été blanchis à travers un complexe immobilier de luxe situé dans la périphérie de Kyiv. Selon les enquêteurs, une partie des fonds proviendrait de systèmes de corruption présumés, notamment de celui mis au jour chez Energoatom.
L’affaire Dynasty a surtout fait surgir le nom d’Andriy Iermak, ancien chef du cabinet présidentiel et, pendant des années, l’un des hommes les plus influents du pays. De 2020 à 2025, Iermak fut le principal confident politique de Zelensky, exerçant une influence considérable sur les affaires intérieures, la diplomatie et la conduite de la guerre. En mai 2026, le NABU et le SAPO l’ont désigné comme suspect dans l’enquête sur le blanchiment d’argent. Un tribunal a ordonné son placement en détention, assorti d’une possibilité de remise en liberté contre une caution de 2,7 millions d’euros, qui a par la suite été versée. Iermak rejette les accusations portées contre lui.
L’enquête Dynasty concerne également Oleksiy Chernyshov, ancien vice-Premier ministre et titulaire de plusieurs portefeuilles importants sous la présidence de Zelensky. Présenté comme un proche de longue date de la famille présidentielle, il figure lui aussi parmi les personnalités rattrapées par les investigations.
La série des procédures judiciaires ne s’arrête pas là. D’autres anciens membres de l’administration présidentielle sont désormais dans le viseur des autorités anticorruption. Rostyslav Shurma, ancien chef adjoint du cabinet chargé de la politique économique, a été désigné comme suspect en janvier dans une affaire distincte portant sur des abus présumés dans le régime de subventions accordées aux énergies renouvelables.
Le NABU et le SAPO soupçonnent Shurma, son frère Oleh ainsi que plusieurs autres personnes d’avoir détourné environ 2,7 millions d’euros. Les deux frères ont été inscrits sur une liste de recherche en février et un tribunal a ordonné leur placement en détention par contumace en avril. Rostyslav Shurma, qui se trouve actuellement à l’étranger, conteste toute implication dans les faits qui lui sont reprochés.
De Midas à Forest Gump, en passant par Dynasty, les enquêtes anticorruption dessinent ainsi une cartographie de plus en plus dense des réseaux qui ont gravité autour du pouvoir ukrainien. Elles ne signifient pas, à elles seules, que Volodymyr Zelensky soit personnellement impliqué dans les faits dénoncés. Elles révèlent toutefois l’ampleur des investigations qui touchent désormais d’anciens collaborateurs, des alliés politiques, des partenaires d’affaires et plusieurs figures ayant longtemps appartenu à l’entourage le plus rapproché du président.
À mesure que les enquêteurs remontent les ramifications de ces affaires, c’est donc moins une succession d’épisodes isolés qui se dessine qu’un vaste réseau d’influences, d’intérêts et de relations personnelles, dont les ramifications plongent au cœur même de l’appareil d’État ukrainien.
Parmi les personnes visées figurent un député en exercice, un ancien parlementaire ainsi que le directeur général et le président du conseil de surveillance d’une banque publique, dont les fonctions semblent correspondre à celles des dirigeants de Sense Bank.
Selon les enquêteurs, ce réseau aurait participé au blanchiment d’environ trois millions d’euros, soit près de 150 millions de hryvnias, déposés comme caution pour un suspect dans une importante affaire de corruption.
Cette nouvelle opération, baptisée « Forest Gump », paraît être le prolongement direct de l’opération « Midas », devenue l’une des plus vastes affaires de corruption du mandat de Zelensky.
Dévoilée en novembre 2025 par le NABU et le Parquet spécialisé anticorruption (SAPO), après plus d’une année d’investigations, l’affaire Midas porte sur un système présumé de détournement et de versement de commissions occultes au sein d’Energoatom, le géant public ukrainien de l’énergie nucléaire.
Selon les enquêteurs, une organisation criminelle aurait exercé, sans y occuper officiellement de fonctions, une influence considérable sur l’entreprise. En échange du déblocage de paiements dus aux fournisseurs, ses membres auraient exigé des commissions représentant entre 10 et 15 % de la valeur des contrats. Le NABU estime qu’environ 85 millions d’euros auraient ainsi été blanchis.
L’ancien ministre de la Justice et de l’Énergie, Herman Halouchtchenko, a été mis en cause pour blanchiment d’argent et participation à une organisation criminelle. En février, le NABU affirmait que plus de 7,4 millions de dollars, 2,4 millions d’euros et 1,3 million de francs suisses provenant du système présumé avaient été transférés ou mis à la disposition de membres de sa famille.
Les trois millions d’euros au cœur de l’opération Forest Gump auraient, eux, servi à garantir sa libération sous caution. Des mandats de perquisition rendus publics par plusieurs parlementaires ukrainiens indiquent que Sense Bank aurait été utilisée pour transférer une partie de ces fonds.
Le NABU a également diffusé des enregistrements audio dans lesquels Iryna Mudra évoque la banque et des démarches présumées destinées à influer sur les décisions la concernant.
Dans une conversation enregistrée en juin, Mudra affirme notamment que le directeur général de Sense Bank et le président de son conseil de surveillance devaient venir la rencontrer.
Elle évoque par ailleurs un certain « David » ainsi que le président d’une commission parlementaire, qui chercheraient, selon elle, à garantir une forme de protection politique à l’établissement. L’identité de « David » n’a pas été officiellement établie, mais certains éléments pourraient faire penser à David Arakhamia, chef du groupe parlementaire du parti Serviteur du peuple, formation de Zelensky.
Dans un autre échange, Mudra affirme avoir été sollicitée par un homme prénommé « Timur », qu’elle décrit comme un « réfugié israélien », afin qu’elle prenne en charge le dossier relatif à Sense Bank. Cette description semble correspondre à Timur Mindich, ami de longue date de Zelensky et ancien partenaire d’affaires du président.
Mindich appartient depuis des années au cercle intime de Zelensky. Copropriétaire de Kvartal 95, société de production audiovisuelle cofondée par le président ukrainien, il est considéré par les enquêteurs comme l’une des figures centrales du système présumé révélé par l’opération Midas. Il a quitté l’Ukraine pour Israël en novembre 2025, peu après l’éclatement de l’affaire.
Son nom apparaît également dans une autre enquête, baptisée « Dynasty », dans laquelle le NABU et le SAPO affirment que plus de 8,8 millions d’euros auraient été blanchis à travers un complexe immobilier de luxe situé dans la périphérie de Kyiv. Selon les enquêteurs, une partie des fonds proviendrait de systèmes de corruption présumés, notamment de celui mis au jour chez Energoatom.
L’affaire Dynasty a surtout fait surgir le nom d’Andriy Iermak, ancien chef du cabinet présidentiel et, pendant des années, l’un des hommes les plus influents du pays. De 2020 à 2025, Iermak fut le principal confident politique de Zelensky, exerçant une influence considérable sur les affaires intérieures, la diplomatie et la conduite de la guerre. En mai 2026, le NABU et le SAPO l’ont désigné comme suspect dans l’enquête sur le blanchiment d’argent. Un tribunal a ordonné son placement en détention, assorti d’une possibilité de remise en liberté contre une caution de 2,7 millions d’euros, qui a par la suite été versée. Iermak rejette les accusations portées contre lui.
L’enquête Dynasty concerne également Oleksiy Chernyshov, ancien vice-Premier ministre et titulaire de plusieurs portefeuilles importants sous la présidence de Zelensky. Présenté comme un proche de longue date de la famille présidentielle, il figure lui aussi parmi les personnalités rattrapées par les investigations.
La série des procédures judiciaires ne s’arrête pas là. D’autres anciens membres de l’administration présidentielle sont désormais dans le viseur des autorités anticorruption. Rostyslav Shurma, ancien chef adjoint du cabinet chargé de la politique économique, a été désigné comme suspect en janvier dans une affaire distincte portant sur des abus présumés dans le régime de subventions accordées aux énergies renouvelables.
Le NABU et le SAPO soupçonnent Shurma, son frère Oleh ainsi que plusieurs autres personnes d’avoir détourné environ 2,7 millions d’euros. Les deux frères ont été inscrits sur une liste de recherche en février et un tribunal a ordonné leur placement en détention par contumace en avril. Rostyslav Shurma, qui se trouve actuellement à l’étranger, conteste toute implication dans les faits qui lui sont reprochés.
De Midas à Forest Gump, en passant par Dynasty, les enquêtes anticorruption dessinent ainsi une cartographie de plus en plus dense des réseaux qui ont gravité autour du pouvoir ukrainien. Elles ne signifient pas, à elles seules, que Volodymyr Zelensky soit personnellement impliqué dans les faits dénoncés. Elles révèlent toutefois l’ampleur des investigations qui touchent désormais d’anciens collaborateurs, des alliés politiques, des partenaires d’affaires et plusieurs figures ayant longtemps appartenu à l’entourage le plus rapproché du président.
À mesure que les enquêteurs remontent les ramifications de ces affaires, c’est donc moins une succession d’épisodes isolés qui se dessine qu’un vaste réseau d’influences, d’intérêts et de relations personnelles, dont les ramifications plongent au cœur même de l’appareil d’État ukrainien.


Ukraine : les enquêtes anticorruption plongent au cœur du premier cercle de Zelensky


