En Algérie, Abdelmadjid Tebboune, ex-premier ministre de Bouteflika, remporte l’élection présidentielle

Des milliers de manifestants, qui réclament le départ de l’ensemble de l’élite au pouvoir, sont descendus dans les rues d’Alger après la proclamation des résultats.

ACTUALITÉ

Abdelmadjid Tebboune, ancien ministre puis chef de gouvernement du président Abdelaziz Bouteflika, a remporté, dès le premier tour, l’élection présidentielle en Algérie, a annoncé, vendredi 13 décembre, l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE).

M. Tebboune, 74 ans, a recueilli 58,15 % des suffrages, a communiqué le président de l’ANIE, Mohamed Charfi, lors d’une cérémonie officielle, au lendemain d’un scrutin marqué par une abstention record et qui s’est déroulé dans un contexte de contestation massive et inédite du régime au pouvoir en Algérie depuis l’indépendance, en 1962.

Cet ancien fidèle de M. Bouteflika devance l’islamiste Abdelkader Bengrina (17,38 %), puis Ali Benflis (10,55 %), Azzedine Mihoubi (7,26 %) et Abdelaziz Belaïd (6,66 %), tous proches ou alliés de l’ancien président. Les résultats définitifs seront publiés entre le 16 et le 25 décembre, après examen d’éventuels recours.

Le président français, Emmanuel Macron, a « pris note » de l’élection d’Abdelmadjid Tebboune, tout en insistant sur « le dialogue qui doit s’ouvrir entre les autorités et la population », lors d’une conférence de presse vendredi à Bruxelles.


« La saison 2 du Hirak va commencer »
Peu après la proclamation des résultats, les partisans du Hirak – mouvement de contestation de 2019 – sont descendus en masse dans les rues d’Alger après la prière du vendredi, pour la 43e fois depuis le déclenchement de la contestation le 22 février. Les manifestants brandissaient des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « Tebboune, ton mandat est un mandat mort-né », ou encore « Votre président ne me représente pas ». Aucun des cinq candidats ne trouvait grâce à leurs yeux, considérés comme des purs produits d’un régime abhorré et dont ils étaient la caution.

Le nom du vainqueur n’a aucune importance pour Saïd, 32 ans, ingénieur venu de Bouira, à une centaine de kilomètres de route de la capitale. « J’ai manifesté hier à Alger et j’y ai passé la nuit pour remanifester aujourd’hui et dire qu’on ne reconnaît pas leur vote et leur président », a-t-il expliqué à l’Agence France-Presse (AFP) sur un marché. « Tebboune, c’est pire que Bouteflika. Il est connu pour avoir fait partie des voleurs. On n’a pas voté et on ne fera pas marche arrière », a affirmé Meriem, une fonctionnaire de 31 ans.

« Les résultats ? On leur a ajouté de la levure pour qu’ils augmentent. La saison 2 du Hirak va commencer, mais il faut que l’on soit mieux organisés », a renchéri Farida, une retraitée sexagénaire. Et sur Twitter, le hashtag du jour est #Le Hirak continue, alors que commence une campagne sur le thème : « Tebboune n’est pas mon président ».


Le taux de participation le plus faible enregistré
L’ANIE a établi le taux de participation à 39,83 %, soit le plus faible de l’histoire des scrutins présidentiels pluralistes en Algérie. Il est inférieur de plus de 10 points à celui du précédent scrutin – le plus faible jusqu’ici – qui, en 2014, avait vu la quatrième victoire de M. Bouteflika.

Morne dans de nombreux bureaux de vote, la journée de jeudi a été marquée à Alger par une démonstration de force du Hirak qui a bravé un très fort déploiement policier pour défiler en masse. Les contestataires continuent d’exiger la fin du « système » aux manettes depuis l’indépendance, en 1962, et le départ de tous les anciens soutiens ou collaborateurs des vingt ans de présidence Bouteflika.

« Le peuple n’a pas voté. Le peuple a toujours été mis de côté. On nous a muselés depuis l’indépendance. On nous a spoliés notre indépendance. Hier, on a reçu des coups. Les femmes, les vieux ont été frappés. On va continuer jusqu’au départ du système », avertit Djamila, la soixantaine, qui exerce une profession libérale.

Après une première tentative d’élection avortée en juillet, le haut commandement de l’armée, pilier du régime, ouvertement aux commandes depuis le départ de M. Bouteflika, a tenu coûte que coûte à organiser ce scrutin pour sortir de la crise politico-institutionnelle qui a aggravé la situation économique. Visage de ce haut commandement, le général Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’armée, assurait depuis des semaines que la participation serait « massive ».

Mercredi, des personnalités proches du Hirak avaient exhorté les contestataires à ne pas « répondre aux provocations », à « ne pas empêcher l’exercice par d’autres citoyens de leur droit à s’exprimer librement » – un mot d’ordre respecté à Alger. Le vote s’est déroulé sans incident majeur à travers le pays sauf dans la région traditionnellement frondeuse et majoritairement berbérophone de Kabylie, théâtre de sérieux troubles.

« Le nouveau président aura la lourde charge de veiller à la satisfaction des attentes des citoyens qui ont dicté, par un sursaut patriotique à la mesure des défis, la marche en avant », prévient vendredi le quotidien gouvernemental El Moudjahid, un des rares titres à paraître le vendredi, premier jour de week-end.

 
Mamadou Ndiaye

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