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Exportation de ferraille au Sénégal : les opérateurs dénoncent un régime à deux vitesses

Rédigé par Dakarposte le Vendredi 21 Août 2026 à 19:25 modifié le Vendredi 21 Août 2026 - 21:25

Le secteur de la ferraille traverse actuellement une période de profonde incertitude au Sénégal. Alors que quatorze opérateurs disposent, en principe, de licences d’exportation régulièrement délivrées, seuls trois seraient, à ce jour, effectivement en mesure d’exercer leurs activités.
Une situation de paralysie que les professionnels de la filière imputent à des conditions d’exploitation qu’ils jugent à la fois contraignantes, discriminatoires et difficilement compatibles avec la réalité économique du secteur.

Céline Momar-Sorna, président des exportateurs métalliques du Sénégal, est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il considère comme un véritable verrouillage de la profession.

Au cœur de ses griefs figure notamment l’exigence imposant aux opérateurs de disposer d’un dépôt d’une superficie minimale de 5 000 mètres carrés. Introduite, selon les professionnels, entre 2023 et 2024, cette disposition constituerait aujourd’hui l’un des principaux obstacles à la reprise normale des activités.

Pour les acteurs concernés, les conséquences de cette situation dépassent largement le cercle des seuls exportateurs. Toute la chaîne de valeur se trouve affectée : ferrailleurs, ameneurs, collecteurs et intermédiaires voient leurs ressources financières immobilisées, tandis que les entreprises accumulent les retards de règlement. Certains opérateurs seraient ainsi contraints d’attendre entre dix et quinze jours après la livraison de leurs marchandises avant d’obtenir leur paiement.



« On écarte les uns et on privilégie les autres »

Le ton se durcit davantage lorsque le président de l’organisation patronale dénonce l’existence présumée d’un traitement à deux vitesses au sein de la filière. Selon lui, certains intérêts ou lobbies chercheraient à marginaliser une partie des opérateurs titulaires de licences au bénéfice d’autres acteurs.

Des accusations particulièrement graves, qui appellent, de la part des autorités compétentes, des explications claires et une clarification sans ambiguïté des conditions d’accès et d’exercice dans le secteur.

C’est précisément sur ce point que les professionnels interpellent le ministre du Commerce. Ils lui demandent de prendre la mesure de la crise, d’arbitrer rapidement le différend et de veiller à ce que les opérateurs régulièrement agréés puissent exercer leurs droits dans le strict respect d’un même régime réglementaire.

Au-delà des revendications corporatistes, la question posée est celle de l’égalité de traitement devant la réglementation. Si des licences ont été légalement accordées à quatorze opérateurs, leur mise en œuvre ne saurait, selon les professionnels, être entravée par des conditions qui seraient appliquées de manière différenciée.




Un manque à gagner qui interpelle les pouvoirs publics

La paralysie de la filière ne serait pas sans conséquence pour l’économie nationale. Céline Momar-Sorna estime que le secteur est susceptible de générer entre 30 et 40 millions de francs CFA tous les sept jours, avec plus de 60 conteneurs chargés et acheminés vers le port de Dakar au cours de la même période.

Autrement dit, derrière les difficultés administratives et réglementaires dénoncées par les exportateurs se profile un enjeu économique réel : celui de l’activité des milliers de personnes qui gravitent autour de la collecte, du tri, du transport, de la commercialisation et de l’exportation des métaux.

La crise actuelle menace ainsi une chaîne économique dans laquelle se croisent économie informelle, petites entreprises, intermédiaires et opérateurs industriels. L’immobilisation des capitaux, les retards de paiement et l’arrêt partiel des opérations risquent, à terme, d’accentuer davantage les difficultés rencontrées par les acteurs les plus vulnérables de cette chaîne.




Le ministre du Commerce interpellé

Face à cette situation, les exportateurs appellent directement le ministre du Commerce à exercer pleinement son rôle d’arbitrage et de régulation. Leur demande est simple : que les règles soient clairement établies, publiquement assumées et appliquées de façon uniforme à tous les titulaires de licences.

L’enjeu n’est donc plus seulement celui de la reprise des exportations de ferraille. Il touche également à la crédibilité du dispositif d’agrément, à la prévisibilité de l’environnement des affaires et au principe d’égalité entre opérateurs économiques.

Les professionnels attendent désormais du ministère du Commerce une intervention diligente susceptible de mettre fin aux blocages et de rétablir un cadre de concurrence équitable. Car, au-delà des intérêts particuliers, c’est la cohérence même de la politique d’encadrement de la filière qui se trouve aujourd’hui interpellée.

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