Il est des documents qui, à eux seuls, racontent une époque. La mise en demeure adressée à la Fédération sénégalaise de football (FSF) par les conseils de Pape Bouna Thiaw appartient à cette catégorie.
Le document, dont Dakarposte a pu prendre connaissance, réclame à l’instance fédérale la somme de 423 820 300 francs CFA, au titre notamment de salaires, primes, indemnités et divers débours que l’ancien sélectionneur affirme ne pas avoir perçus. Cette démarche intervient alors que la FSF a décidé de mettre fin à sa mission après l’élimination du Sénégal au Mondial 2026.
Voilà donc où nous en sommes : une Fédération qui congédie son sélectionneur, un sélectionneur qui réclame plusieurs centaines de millions de francs CFA, un contrat dont la régularité et la prise en charge financière ont suscité des interrogations, et, en toile de fond, une équipe nationale dont la sortie prématurée de la Coupe du monde a laissé un goût amer à tout un peuple. Difficile, dans ces conditions, de ne pas se demander si le véritable problème ne dépasse pas largement la personne de Pape Thiaw.
Soyons clairs : Pape Thiaw n’est pas exempt de reproches. L’ancien sélectionneur devra lui aussi regarder dans le miroir lorsqu’il sera question de dresser le bilan de son passage à la tête des Lions. L’élimination du Sénégal au Mondial, notamment après un parcours qui devait nourrir davantage d’ambitions, ne saurait être évacuée d’un revers de main. Des choix sportifs ont interrogé, des décisions ont été discutées et certaines séquences ont laissé les supporters sur leur faim. La sortie de Sadio Mané et de ses compagnons de route lors de cette Coupe du monde reste, à cet égard, une immense déception nationale.
Mais reconnaître les insuffisances d’un entraîneur ne saurait exonérer une institution de ses propres responsabilités. Et c’est précisément là que le bât blesse.
Car comment une fédération digne de ce nom peut-elle en arriver à une situation où son sélectionneur, après avoir exercé ses fonctions, se retrouve à réclamer devant huissier plus de 423 millions de francs CFA ?
Le document produit par les avocats de Pape Thiaw détaille notamment 180 millions de francs CFA correspondant à six mois de salaires, 90 millions au titre d’une partie de la prime de signature, 30 millions de prime spéciale, 12 millions d’indemnités de logement, plus d’un million de forfait carburant, des débours et 100 millions de primes liées au titre continental et à la qualification pour le Mondial.
Nous ne sommes plus ici dans une simple querelle d’hommes. Nous sommes face à une question de gouvernance.
Le plus troublant demeure l’opacité qui entoure ce contrat. Selon plusieurs informations publiées ces dernières semaines, le bail de Pape Thiaw aurait prévu un salaire mensuel de 30 millions de francs CFA ainsi qu’une prime de signature et d’autres avantages.
Dans le même temps, l’État, présenté comme le tiers payeur, aurait refusé d’en assumer la charge, estimant ne pas avoir approuvé le contrat.
Alors posons la question sans détour : qui a signé quoi, au nom de qui, avec quel mandat et avec quelles garanties financières ?
C’est cette question que la Fédération devrait avoir le courage de regarder en face au lieu de laisser le football sénégalais s’enliser dans un feuilleton judiciaire et financier qui ne grandit personne.
Car enfin, la FSF n’est pas une association de quartier où l’on peut conclure des engagements de plusieurs centaines de millions de francs CFA et se demander, après coup, qui devra payer la facture.
Le football national est une affaire d’intérêt public. L’équipe nationale appartient symboliquement à tous les Sénégalais.
Ses résultats, son encadrement et les ressources qui lui sont consacrées devraient obéir à des règles de transparence, de prévisibilité et de responsabilité. Et c’est ici que notre colère éditoriale prend tout son sens.
La FSF donne trop souvent le sentiment d’être devenue une citadelle qui fonctionne selon ses propres règles, loin des exigences de reddition de comptes que le football moderne impose. Le spectacle auquel nous assistons autour de Pape Thiaw n’est malheureusement que le dernier épisode d’une gouvernance qui mérite un examen beaucoup plus profond.
Nous ne disons pas que Pape Thiaw doit avoir raison parce qu’il est Pape Thiaw. Nous disons que, si les sommes réclamées sont effectivement dues en vertu d’un contrat régulièrement conclu, elles doivent être payées.
Et si le contrat a été conclu dans des conditions irrégulières, ceux qui l’ont signé doivent alors s’en expliquer. Dans les deux cas, la lumière doit être faite.
Le Sénégal ne peut pas continuer à naviguer dans cette zone grise où les responsabilités se dissolvent dès qu’une difficulté survient.
Il faut également rappeler une évidence : une Fédération qui engage un sélectionneur sur un contrat de longue durée, puis se sépare de lui après une contre-performance, doit avoir anticipé les conséquences financières d'une telle décision. Les informations publiées sur le contrat évoquent notamment une clause pouvant entraîner le versement de huit mois de salaire en cas de rupture.
Si ces dispositions sont exactes, où était donc la prévoyance fédérale ? Où était l’anticipation ? Où était l’expertise juridique ? Où était la rigueur financière ? Et si l’on découvre aujourd’hui que l’État n’a jamais validé le contrat, pourquoi la FSF l’a-t-elle signé ?
Voilà les vraies questions. Elles sont autrement plus importantes que les petites querelles de personnes qui saturent les réseaux sociaux.
À Dakarposte, nous estimons que le football sénégalais mérite mieux. Beaucoup mieux.
Il mérite une Fédération moderne, transparente, professionnelle, comptable de ses décisions et capable de rendre des comptes aux acteurs du football comme à l’opinion. Il mérite une gouvernance qui ne donne pas naissance, à intervalles réguliers, à des scandales, des contentieux et des règlements de comptes.
Et nous irons même plus loin : si la FSF est incapable de se réformer profondément, il faudra avoir le courage de poser la question de sa refondation totale, voire de sa dissolution dans sa forme actuelle. Non pas pour satisfaire une quelconque vengeance contre ses dirigeants, mais parce qu’une institution qui perd durablement la confiance du public finit par devenir un problème plutôt qu’une solution.
Le football sénégalais n’est pas la propriété d’un comité exécutif. Il n’est pas la chasse gardée de quelques dirigeants. Il appartient aux joueurs, aux entraîneurs, aux clubs, aux supporters et, au-delà, à tout un peuple qui finance, applaudit, souffre et rêve avec les Lions.
Pape Thiaw devra répondre de ses choix sportifs. La FSF, elle, doit répondre de ses choix administratifs, contractuels et financiers. L’un n’efface pas l’autre.
Le temps est donc venu d’un grand audit indépendant de la gestion de la Fédération, de ses contrats, de ses ressources et de ses procédures de recrutement et de rupture. Il est temps que les comptes soient ouverts, que les responsabilités soient établies et que les Sénégalais sachent enfin comment sont gérées les affaires de leur football.
Car derrière les 423 820 300 francs CFA réclamés par Pape Thiaw, ce n’est pas seulement une querelle salariale qui se joue. C’est une certaine conception de la gestion du football national qui est mise à nu.
Et à Dakarposte, nous le disons sans détour : il est grand temps de sauver le football sénégalais de ceux qui, par leurs errements, risquent de le précipiter dans une crise permanente.
Le document, dont Dakarposte a pu prendre connaissance, réclame à l’instance fédérale la somme de 423 820 300 francs CFA, au titre notamment de salaires, primes, indemnités et divers débours que l’ancien sélectionneur affirme ne pas avoir perçus. Cette démarche intervient alors que la FSF a décidé de mettre fin à sa mission après l’élimination du Sénégal au Mondial 2026.
Voilà donc où nous en sommes : une Fédération qui congédie son sélectionneur, un sélectionneur qui réclame plusieurs centaines de millions de francs CFA, un contrat dont la régularité et la prise en charge financière ont suscité des interrogations, et, en toile de fond, une équipe nationale dont la sortie prématurée de la Coupe du monde a laissé un goût amer à tout un peuple. Difficile, dans ces conditions, de ne pas se demander si le véritable problème ne dépasse pas largement la personne de Pape Thiaw.
Soyons clairs : Pape Thiaw n’est pas exempt de reproches. L’ancien sélectionneur devra lui aussi regarder dans le miroir lorsqu’il sera question de dresser le bilan de son passage à la tête des Lions. L’élimination du Sénégal au Mondial, notamment après un parcours qui devait nourrir davantage d’ambitions, ne saurait être évacuée d’un revers de main. Des choix sportifs ont interrogé, des décisions ont été discutées et certaines séquences ont laissé les supporters sur leur faim. La sortie de Sadio Mané et de ses compagnons de route lors de cette Coupe du monde reste, à cet égard, une immense déception nationale.
Mais reconnaître les insuffisances d’un entraîneur ne saurait exonérer une institution de ses propres responsabilités. Et c’est précisément là que le bât blesse.
Car comment une fédération digne de ce nom peut-elle en arriver à une situation où son sélectionneur, après avoir exercé ses fonctions, se retrouve à réclamer devant huissier plus de 423 millions de francs CFA ?
Le document produit par les avocats de Pape Thiaw détaille notamment 180 millions de francs CFA correspondant à six mois de salaires, 90 millions au titre d’une partie de la prime de signature, 30 millions de prime spéciale, 12 millions d’indemnités de logement, plus d’un million de forfait carburant, des débours et 100 millions de primes liées au titre continental et à la qualification pour le Mondial.
Nous ne sommes plus ici dans une simple querelle d’hommes. Nous sommes face à une question de gouvernance.
Le plus troublant demeure l’opacité qui entoure ce contrat. Selon plusieurs informations publiées ces dernières semaines, le bail de Pape Thiaw aurait prévu un salaire mensuel de 30 millions de francs CFA ainsi qu’une prime de signature et d’autres avantages.
Dans le même temps, l’État, présenté comme le tiers payeur, aurait refusé d’en assumer la charge, estimant ne pas avoir approuvé le contrat.
Alors posons la question sans détour : qui a signé quoi, au nom de qui, avec quel mandat et avec quelles garanties financières ?
C’est cette question que la Fédération devrait avoir le courage de regarder en face au lieu de laisser le football sénégalais s’enliser dans un feuilleton judiciaire et financier qui ne grandit personne.
Car enfin, la FSF n’est pas une association de quartier où l’on peut conclure des engagements de plusieurs centaines de millions de francs CFA et se demander, après coup, qui devra payer la facture.
Le football national est une affaire d’intérêt public. L’équipe nationale appartient symboliquement à tous les Sénégalais.
Ses résultats, son encadrement et les ressources qui lui sont consacrées devraient obéir à des règles de transparence, de prévisibilité et de responsabilité. Et c’est ici que notre colère éditoriale prend tout son sens.
La FSF donne trop souvent le sentiment d’être devenue une citadelle qui fonctionne selon ses propres règles, loin des exigences de reddition de comptes que le football moderne impose. Le spectacle auquel nous assistons autour de Pape Thiaw n’est malheureusement que le dernier épisode d’une gouvernance qui mérite un examen beaucoup plus profond.
Nous ne disons pas que Pape Thiaw doit avoir raison parce qu’il est Pape Thiaw. Nous disons que, si les sommes réclamées sont effectivement dues en vertu d’un contrat régulièrement conclu, elles doivent être payées.
Et si le contrat a été conclu dans des conditions irrégulières, ceux qui l’ont signé doivent alors s’en expliquer. Dans les deux cas, la lumière doit être faite.
Le Sénégal ne peut pas continuer à naviguer dans cette zone grise où les responsabilités se dissolvent dès qu’une difficulté survient.
Il faut également rappeler une évidence : une Fédération qui engage un sélectionneur sur un contrat de longue durée, puis se sépare de lui après une contre-performance, doit avoir anticipé les conséquences financières d'une telle décision. Les informations publiées sur le contrat évoquent notamment une clause pouvant entraîner le versement de huit mois de salaire en cas de rupture.
Si ces dispositions sont exactes, où était donc la prévoyance fédérale ? Où était l’anticipation ? Où était l’expertise juridique ? Où était la rigueur financière ? Et si l’on découvre aujourd’hui que l’État n’a jamais validé le contrat, pourquoi la FSF l’a-t-elle signé ?
Voilà les vraies questions. Elles sont autrement plus importantes que les petites querelles de personnes qui saturent les réseaux sociaux.
À Dakarposte, nous estimons que le football sénégalais mérite mieux. Beaucoup mieux.
Il mérite une Fédération moderne, transparente, professionnelle, comptable de ses décisions et capable de rendre des comptes aux acteurs du football comme à l’opinion. Il mérite une gouvernance qui ne donne pas naissance, à intervalles réguliers, à des scandales, des contentieux et des règlements de comptes.
Et nous irons même plus loin : si la FSF est incapable de se réformer profondément, il faudra avoir le courage de poser la question de sa refondation totale, voire de sa dissolution dans sa forme actuelle. Non pas pour satisfaire une quelconque vengeance contre ses dirigeants, mais parce qu’une institution qui perd durablement la confiance du public finit par devenir un problème plutôt qu’une solution.
Le football sénégalais n’est pas la propriété d’un comité exécutif. Il n’est pas la chasse gardée de quelques dirigeants. Il appartient aux joueurs, aux entraîneurs, aux clubs, aux supporters et, au-delà, à tout un peuple qui finance, applaudit, souffre et rêve avec les Lions.
Pape Thiaw devra répondre de ses choix sportifs. La FSF, elle, doit répondre de ses choix administratifs, contractuels et financiers. L’un n’efface pas l’autre.
Le temps est donc venu d’un grand audit indépendant de la gestion de la Fédération, de ses contrats, de ses ressources et de ses procédures de recrutement et de rupture. Il est temps que les comptes soient ouverts, que les responsabilités soient établies et que les Sénégalais sachent enfin comment sont gérées les affaires de leur football.
Car derrière les 423 820 300 francs CFA réclamés par Pape Thiaw, ce n’est pas seulement une querelle salariale qui se joue. C’est une certaine conception de la gestion du football national qui est mise à nu.
Et à Dakarposte, nous le disons sans détour : il est grand temps de sauver le football sénégalais de ceux qui, par leurs errements, risquent de le précipiter dans une crise permanente.


Pape Thiaw contre la FSF : quand le football sénégalais se perd dans ses propres contradictions


