Il y a des silences qui finissent par devenir des déclarations. Et puis il y a des prises de parole qui, par le moment où elles surviennent, disent peut-être davantage que les mots qu’elles contiennent.
Depuis sa nomination, le 2 avril 2024, comme ministre, directeur de cabinet du président de la République Bassirou Diomaye Faye, le professeur Mary Teuw Niane s’était installé dans une relative discrétion. L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, longtemps familier des tribunes, des débats universitaires et des joutes politiques, semblait avoir choisi les coulisses plutôt que la lumière.
Alors, pourquoi maintenant ? Pourquoi cette nouvelle sortie, cette volonté de prendre la parole, au moment précis où le programme « Un étudiant, un ordinateur » revient dans l’actualité parlementaire ?
La question n’est pas anodine
Le Bureau de l’Assemblée nationale a récemment déclaré recevable une proposition de résolution visant à créer une commission d’enquête sur les irrégularités présumées dans la passation et l’exécution des marchés liés au programme « Un étudiant, un ordinateur ».
La procédure n’est pas encore arrivée à son terme, mais le simple retour du dossier dans l’espace public suffit à réveiller les mémoires et les responsabilités. Et dans cette histoire, le nom de Mary Teuw Niane ne peut évidemment pas être absent
Il faut toutefois remettre les dates à leur place. Contrairement à une lecture trop rapide, le professeur Mary Teuw Niane n’était pas ministre de l’Enseignement supérieur entre 2017 et 2022. Il a occupé ce portefeuille du 29 octobre 2012 au 7 avril 2019. À partir d’avril 2019, c’est Cheikh Oumar Anne qui lui succède.
Mais il existe une autre réalité, plus profonde : « Un étudiant, un ordinateur » est intimement associé au passage de Mary Teuw Niane à la tête de l’Enseignement supérieur.
Le programme, dans sa forme originelle, avait été initié sous le régime d’Abdoulaye Wade. Il serait donc historiquement inexact d’en faire une invention personnelle de Mary Teuw Niane.
En revanche, sous son magistère, le projet prend une nouvelle dimension. Dès 2013, l’État annonce un milliard de francs CFA pour sa réalisation ; le ministère accompagne son déploiement et plusieurs milliers d’étudiants bénéficient progressivement de l’opération.
En 2014, une nouvelle phase du programme est encore présentée comme l’un des projets phares de la réforme universitaire.
Autrement dit, si Mary Teuw Niane n’en est pas l’inventeur originel, il en fut incontestablement l’un des principaux artisans et promoteurs durant son passage au ministère.
C’est précisément ce passé qui donne aujourd’hui à sa prise de parole une résonance particulière.
Car lorsqu’un dossier portant sur un programme public que l’on a contribué à développer revient, plusieurs années plus tard, sous la forme d’une enquête parlementaire, le silence devient difficile à interpréter. Et la parole, elle, devient forcément scrutée.
Mary Teuw Niane se sent-il menacé ?
Rien ne permet de l’affirmer. Mais la question peut être posée. Non pas parce qu’une commission d’enquête constituerait, en elle-même, une mise en cause personnelle de l’ancien ministre. Elle ne l’est pas. Mais, parce que l’objet même de l’enquête — les conditions de passation et d’exécution des marchés du programme — renvoie à une politique publique dont il fut l’un des visages les plus visibles.
Dès lors, toute prise de parole sur le sujet peut être lue comme une volonté de replacer les responsabilités dans leur contexte, de rappeler les faits et, peut-être aussi, de ne pas laisser l’histoire du programme être réécrite sans ceux qui l’ont portée à ses débuts.
Il y a, dans cette affaire, un paradoxe presque littéraire.
L’homme qui fut longtemps au cœur de l’enseignement supérieur est aujourd’hui installé au cœur de la Présidence de la République. Depuis avril 2024, il est le directeur de cabinet du chef de l’État.
Il n’est donc plus celui qui répond directement des politiques universitaires. Il n’est plus le ministre qui arbitre, signe ou engage les programmes du département. Pourtant, une partie de son passé administratif revient le chercher par la mémoire des dossiers.
Et parmi ces dossiers, « Un étudiant, un ordinateur » occupe une place singulière.
Parce qu'il symbolisait une promesse : celle d’une université sénégalaise entrant de plain-pied dans l’ère numérique. Parce qu’il avait permis à des milliers d’étudiants d’accéder à un outil devenu indispensable à leur formation.
Mais aussi parce que, comme tout programme mobilisant des ressources publiques et impliquant des marchés, des fournisseurs et plusieurs administrations successives, il peut aujourd’hui être soumis au regard du contrôle parlementaire.
Dès lors, la question n’est peut-être pas seulement de savoir pourquoi Mary Teuw Niane parle aujourd’hui. Elle est aussi de savoir pourquoi son silence, depuis sa nomination à la Présidence, avait été si long.
Le professeur, qui s’était fait connaître par une parole intellectuelle souvent assumée, avait choisi depuis son arrivée au cabinet présidentiel une posture beaucoup plus effacée. Cette discrétion pouvait être interprétée comme celle d’un haut fonctionnaire politique soucieux de respecter la réserve attachée à sa fonction.
Mais lorsque le passé revient frapper à la porte, même les hommes de silence peuvent éprouver le besoin de rappeler leur version des faits.
Alors, défense personnelle ? Mise au point ? Simple expression d’un point de vue sur une actualité nationale ?
Il serait prématuré de trancher.
Une chose, cependant, paraît difficile à contester : le nom de Mary Teuw Niane est historiquement lié au développement du programme « Un étudiant, un ordinateur » sous son passage au ministère. Et l’actuelle procédure parlementaire, qui porte sur la gestion du programme sur plusieurs périodes, remet nécessairement en circulation cette séquence de l’histoire de l’enseignement supérieur sénégalais.
Il appartient désormais aux parlementaires de faire leur travail, aux documents de parler et aux responsabilités d’être établies sur pièces.
Quant à Mary Teuw Niane, sa sortie intervient dans un moment où le passé administratif n’est plus tout à fait le passé. Et c’est peut-être là que réside tout le mystère de cette prise de parole : lorsqu’un dossier que l’on croyait derrière soi revient dans l’actualité, le silence n’est plus toujours une protection.
Parfois, il devient une question. Et la parole, une manière de répondre avant même que l’on ne soit officiellement interrogé.
Depuis sa nomination, le 2 avril 2024, comme ministre, directeur de cabinet du président de la République Bassirou Diomaye Faye, le professeur Mary Teuw Niane s’était installé dans une relative discrétion. L’ancien ministre de l’Enseignement supérieur, longtemps familier des tribunes, des débats universitaires et des joutes politiques, semblait avoir choisi les coulisses plutôt que la lumière.
Alors, pourquoi maintenant ? Pourquoi cette nouvelle sortie, cette volonté de prendre la parole, au moment précis où le programme « Un étudiant, un ordinateur » revient dans l’actualité parlementaire ?
La question n’est pas anodine
Le Bureau de l’Assemblée nationale a récemment déclaré recevable une proposition de résolution visant à créer une commission d’enquête sur les irrégularités présumées dans la passation et l’exécution des marchés liés au programme « Un étudiant, un ordinateur ».
La procédure n’est pas encore arrivée à son terme, mais le simple retour du dossier dans l’espace public suffit à réveiller les mémoires et les responsabilités. Et dans cette histoire, le nom de Mary Teuw Niane ne peut évidemment pas être absent
Il faut toutefois remettre les dates à leur place. Contrairement à une lecture trop rapide, le professeur Mary Teuw Niane n’était pas ministre de l’Enseignement supérieur entre 2017 et 2022. Il a occupé ce portefeuille du 29 octobre 2012 au 7 avril 2019. À partir d’avril 2019, c’est Cheikh Oumar Anne qui lui succède.
Mais il existe une autre réalité, plus profonde : « Un étudiant, un ordinateur » est intimement associé au passage de Mary Teuw Niane à la tête de l’Enseignement supérieur.
Le programme, dans sa forme originelle, avait été initié sous le régime d’Abdoulaye Wade. Il serait donc historiquement inexact d’en faire une invention personnelle de Mary Teuw Niane.
En revanche, sous son magistère, le projet prend une nouvelle dimension. Dès 2013, l’État annonce un milliard de francs CFA pour sa réalisation ; le ministère accompagne son déploiement et plusieurs milliers d’étudiants bénéficient progressivement de l’opération.
En 2014, une nouvelle phase du programme est encore présentée comme l’un des projets phares de la réforme universitaire.
Autrement dit, si Mary Teuw Niane n’en est pas l’inventeur originel, il en fut incontestablement l’un des principaux artisans et promoteurs durant son passage au ministère.
C’est précisément ce passé qui donne aujourd’hui à sa prise de parole une résonance particulière.
Car lorsqu’un dossier portant sur un programme public que l’on a contribué à développer revient, plusieurs années plus tard, sous la forme d’une enquête parlementaire, le silence devient difficile à interpréter. Et la parole, elle, devient forcément scrutée.
Mary Teuw Niane se sent-il menacé ?
Rien ne permet de l’affirmer. Mais la question peut être posée. Non pas parce qu’une commission d’enquête constituerait, en elle-même, une mise en cause personnelle de l’ancien ministre. Elle ne l’est pas. Mais, parce que l’objet même de l’enquête — les conditions de passation et d’exécution des marchés du programme — renvoie à une politique publique dont il fut l’un des visages les plus visibles.
Dès lors, toute prise de parole sur le sujet peut être lue comme une volonté de replacer les responsabilités dans leur contexte, de rappeler les faits et, peut-être aussi, de ne pas laisser l’histoire du programme être réécrite sans ceux qui l’ont portée à ses débuts.
Il y a, dans cette affaire, un paradoxe presque littéraire.
L’homme qui fut longtemps au cœur de l’enseignement supérieur est aujourd’hui installé au cœur de la Présidence de la République. Depuis avril 2024, il est le directeur de cabinet du chef de l’État.
Il n’est donc plus celui qui répond directement des politiques universitaires. Il n’est plus le ministre qui arbitre, signe ou engage les programmes du département. Pourtant, une partie de son passé administratif revient le chercher par la mémoire des dossiers.
Et parmi ces dossiers, « Un étudiant, un ordinateur » occupe une place singulière.
Parce qu'il symbolisait une promesse : celle d’une université sénégalaise entrant de plain-pied dans l’ère numérique. Parce qu’il avait permis à des milliers d’étudiants d’accéder à un outil devenu indispensable à leur formation.
Mais aussi parce que, comme tout programme mobilisant des ressources publiques et impliquant des marchés, des fournisseurs et plusieurs administrations successives, il peut aujourd’hui être soumis au regard du contrôle parlementaire.
Dès lors, la question n’est peut-être pas seulement de savoir pourquoi Mary Teuw Niane parle aujourd’hui. Elle est aussi de savoir pourquoi son silence, depuis sa nomination à la Présidence, avait été si long.
Le professeur, qui s’était fait connaître par une parole intellectuelle souvent assumée, avait choisi depuis son arrivée au cabinet présidentiel une posture beaucoup plus effacée. Cette discrétion pouvait être interprétée comme celle d’un haut fonctionnaire politique soucieux de respecter la réserve attachée à sa fonction.
Mais lorsque le passé revient frapper à la porte, même les hommes de silence peuvent éprouver le besoin de rappeler leur version des faits.
Alors, défense personnelle ? Mise au point ? Simple expression d’un point de vue sur une actualité nationale ?
Il serait prématuré de trancher.
Une chose, cependant, paraît difficile à contester : le nom de Mary Teuw Niane est historiquement lié au développement du programme « Un étudiant, un ordinateur » sous son passage au ministère. Et l’actuelle procédure parlementaire, qui porte sur la gestion du programme sur plusieurs périodes, remet nécessairement en circulation cette séquence de l’histoire de l’enseignement supérieur sénégalais.
Il appartient désormais aux parlementaires de faire leur travail, aux documents de parler et aux responsabilités d’être établies sur pièces.
Quant à Mary Teuw Niane, sa sortie intervient dans un moment où le passé administratif n’est plus tout à fait le passé. Et c’est peut-être là que réside tout le mystère de cette prise de parole : lorsqu’un dossier que l’on croyait derrière soi revient dans l’actualité, le silence n’est plus toujours une protection.
Parfois, il devient une question. Et la parole, une manière de répondre avant même que l’on ne soit officiellement interrogé.


« Un étudiant, un ordinateur » : pourquoi la nouvelle sortie de Mary Teuw Niane intrigue


