La comparaison devenue virale entre les prix pratiqués à Dakar et ceux observés à Paris a quelque chose de profondément dérangeant. Non pas parce qu’il serait, en soi, extraordinaire qu’un produit importé coûte plus cher dans un pays éloigné de son lieu de production, mais parce qu’elle révèle une réalité que les Sénégalais éprouvent quotidiennement : le coût de la vie est devenu une épreuve permanente, y compris pour des produits qui ne devraient pas, en principe, atteindre de tels niveaux de prix.
Soyons justes : comparer mécaniquement Dakar à Paris peut conduire à des conclusions hâtives. Un produit importé de France doit supporter le transport, l’assurance, les droits et taxes éventuels, les frais portuaires, la distribution, les marges des intermédiaires et les coûts liés à la chaîne logistique.
Il est donc parfaitement logique qu’un beurre, une céréale ou un produit d’entretien venu d’Europe puisse être plus cher au Sénégal qu’en France. La même logique fonctionne dans l’autre sens : des mangues, certains fruits, poissons ou produits africains exportés vers l’Europe peuvent atteindre, dans les rayons français, des prix qui paraîtraient exorbitants au consommateur sénégalais.
Mais cette explication ne saurait servir de paravent à tout. Car le véritable scandale commence lorsque les produits fabriqués au Sénégal, avec des matières premières disponibles au Sénégal, deviennent eux aussi hors de portée des Sénégalais. Et c’est précisément là que la comparaison prend une tout autre dimension.
Le poulet en est une illustration. Un poulet de chair produit localement peut atteindre environ 3 000 francs CFA le kilogramme dans certaines grandes surfaces, ce qui signifie qu'une volaille entière peut rapidement coûter 5 000 ou 6 000 francs, voire davantage selon son poids et le point de vente. Le lait caillé produit localement, les céréales transformées en araw, sankhal ou thiakry, le riz local et quantité d'autres denrées ne sont pas épargnés par cette inflation du quotidien.
Et lorsque le consommateur quitte les grandes surfaces pour les boutiques de quartier, il ne découvre pas nécessairement l'Eldorado. Il arrive même que certains produits y soient plus chers encore.
Voilà le paradoxe qui devrait interpeller sérieusement les pouvoirs publics : comment expliquer que la production locale, censée nous prémunir contre les aléas des marchés internationaux, demeure si coûteuse pour le consommateur ?
Il faut certes reconnaître que produire au Sénégal n'est pas gratuit. L'alimentation animale, l'énergie, le transport, les emballages, les équipements, le financement, la conservation, la distribution et les différentes charges qui pèsent sur les entreprises ont un coût.
Mais lorsque la chaîne de valeur devient illisible et que personne n'est véritablement capable d'expliquer au citoyen pourquoi un produit local atteint un prix aussi élevé, la puissance publique doit regarder de plus près ce qui se passe entre le producteur et le consommateur.
C'est précisément ici que le ministère de l'Industrie et du Commerce doit prendre toute sa responsabilité. La Direction du Commerce intérieur dispose déjà, officiellement, de missions relatives à la politique des prix, à la régulation des marchés, à l'approvisionnement, à la protection des consommateurs et à la surveillance du marché contre les pratiques restrictives de concurrence et la concurrence déloyale. Il faut donc passer de la mission administrative à l'action visible.
Soyons justes : comparer mécaniquement Dakar à Paris peut conduire à des conclusions hâtives. Un produit importé de France doit supporter le transport, l’assurance, les droits et taxes éventuels, les frais portuaires, la distribution, les marges des intermédiaires et les coûts liés à la chaîne logistique.
Il est donc parfaitement logique qu’un beurre, une céréale ou un produit d’entretien venu d’Europe puisse être plus cher au Sénégal qu’en France. La même logique fonctionne dans l’autre sens : des mangues, certains fruits, poissons ou produits africains exportés vers l’Europe peuvent atteindre, dans les rayons français, des prix qui paraîtraient exorbitants au consommateur sénégalais.
Mais cette explication ne saurait servir de paravent à tout. Car le véritable scandale commence lorsque les produits fabriqués au Sénégal, avec des matières premières disponibles au Sénégal, deviennent eux aussi hors de portée des Sénégalais. Et c’est précisément là que la comparaison prend une tout autre dimension.
Le poulet en est une illustration. Un poulet de chair produit localement peut atteindre environ 3 000 francs CFA le kilogramme dans certaines grandes surfaces, ce qui signifie qu'une volaille entière peut rapidement coûter 5 000 ou 6 000 francs, voire davantage selon son poids et le point de vente. Le lait caillé produit localement, les céréales transformées en araw, sankhal ou thiakry, le riz local et quantité d'autres denrées ne sont pas épargnés par cette inflation du quotidien.
Et lorsque le consommateur quitte les grandes surfaces pour les boutiques de quartier, il ne découvre pas nécessairement l'Eldorado. Il arrive même que certains produits y soient plus chers encore.
Voilà le paradoxe qui devrait interpeller sérieusement les pouvoirs publics : comment expliquer que la production locale, censée nous prémunir contre les aléas des marchés internationaux, demeure si coûteuse pour le consommateur ?
Il faut certes reconnaître que produire au Sénégal n'est pas gratuit. L'alimentation animale, l'énergie, le transport, les emballages, les équipements, le financement, la conservation, la distribution et les différentes charges qui pèsent sur les entreprises ont un coût.
Mais lorsque la chaîne de valeur devient illisible et que personne n'est véritablement capable d'expliquer au citoyen pourquoi un produit local atteint un prix aussi élevé, la puissance publique doit regarder de plus près ce qui se passe entre le producteur et le consommateur.
C'est précisément ici que le ministère de l'Industrie et du Commerce doit prendre toute sa responsabilité. La Direction du Commerce intérieur dispose déjà, officiellement, de missions relatives à la politique des prix, à la régulation des marchés, à l'approvisionnement, à la protection des consommateurs et à la surveillance du marché contre les pratiques restrictives de concurrence et la concurrence déloyale. Il faut donc passer de la mission administrative à l'action visible.
Un audit sérieux des circuits de distribution des produits de grande consommation s'impose
Les grandes enseignes, les grossistes, les importateurs, les distributeurs et, plus largement, les différents maillons de la chaîne doivent pouvoir expliquer leurs prix. Il ne s'agit pas de désigner arbitrairement des coupables, encore moins de jeter l'opprobre sur telle ou telle enseigne. Il s'agit de comprendre où se forme le prix et à quel endroit les marges s'accumulent.
Pourquoi ne pas instaurer, pour les produits de première nécessité, un véritable observatoire permanent des prix, alimenté par des enquêteurs présents dans toutes les régions du pays ? Pourquoi ne pas publier régulièrement un relevé officiel permettant au citoyen de connaître le prix indicatif ou réglementé des denrées essentielles et de signaler les écarts injustifiés ?
Il ne suffit pas de décréter des prix depuis Dakar. Il faut aller sur le terrain. Dans les marchés, les boutiques, les supermarchés, les grossistes et les points de distribution.
Vérifier les factures, comparer les prix d'achat et de vente, identifier les intermédiaires, contrôler les marges et sanctionner, lorsque la loi le permet, les pratiques abusives. Une politique de protection du consommateur ne peut être efficace si elle demeure confinée dans les bureaux de l'administration.
Il y a également une autre question, plus délicate, qui mérite d'être posée : celle de la qualité des produits importés et de leur composition.
Des organisations comme le CFSI et Oxfam documentent depuis plusieurs années l'arrivée en Afrique de l'Ouest de poudres de lait écrémé réengraissées avec des matières grasses végétales, notamment de l'huile de palme. Ces produits peuvent concurrencer durement les filières laitières locales et leur composition n'est pas toujours suffisamment lisible pour le consommateur.
Il faut toutefois se garder d'une accusation globale et non étayée selon laquelle les grandes marques vendues au Sénégal seraient systématiquement des « faux » ou des produits falsifiés. Une telle affirmation nécessiterait des analyses indépendantes, produit par produit, et des preuves scientifiques. Le vrai sujet, en revanche, est incontestable : le consommateur doit savoir exactement ce qu'il achète.
Un beurre doit être clairement identifié comme tel. Un produit à base de poudre de lait et de matière grasse végétale doit être étiqueté conformément aux règles applicables. Un yaourt doit permettre au consommateur de connaître sa composition. La transparence n'est pas un luxe : elle est un droit.
Et cette question est d'autant plus importante que des travaux d'organisations spécialisées ont déjà documenté la concurrence entre les produits issus du lait local et les préparations à base de poudres importées. Le CFSI souligne notamment que les importations de poudre de lait, dont une partie est réengraissée avec des matières grasses végétales, concurrencent les producteurs locaux et peuvent fragiliser durablement la filière.
Alors, que faire ?
Consommer local, autant que possible. Mais là encore, il ne suffit pas de demander au Sénégalais de consommer local si le produit local est inaccessible ou si sa qualité et sa disponibilité ne sont pas garanties. Consommer local doit être un choix patriotique, certes, mais également un choix économiquement rationnel.
Nos éleveurs doivent pouvoir produire davantage de lait. Nos agriculteurs doivent pouvoir écouler leur mil, leur riz, leurs fruits et leurs légumes à des prix rémunérateurs.
Nos transformateurs doivent disposer d'énergie, de financement, de chaînes du froid et d'infrastructures adaptées. Nos pêcheurs doivent pouvoir travailler dans des conditions dignes. Et surtout, le producteur doit gagner correctement sa vie sans que le consommateur soit étranglé au bout de la chaîne.
C'est là toute la difficulté : le producteur ne doit pas être pauvre et le consommateur condamné à payer cher.
La question de l'endettement public complique évidemment la situation. Un État fortement contraint financièrement dispose de moins de marges pour subventionner durablement les prix, soutenir les producteurs ou amortir tous les chocs extérieurs.
La réponse à la vie chère ne peut donc pas être exclusivement budgétaire. Elle doit être structurelle : produire davantage, transformer davantage, importer intelligemment, réduire les dépendances et améliorer la productivité.
Quant à nos députés, le temps est venu de leur demander autre chose que des discours. Le Parlement doit être l'endroit où l'on débat réellement du prix du riz, du lait, du pain, du transport, du logement, de l'électricité, des médicaments et du pouvoir d'achat.
Le député n'est pas seulement le représentant d'une majorité ou d'un parti : il est aussi le porte-voix du citoyen qui peine à remplir son panier.
Il serait cependant injuste de transformer cette exigence légitime en procès indistinct contre l'ensemble des parlementaires. La question pertinente est plutôt celle de l'efficacité et de la responsabilité de l'institution. Si la représentation nationale doit être rationalisée, cela doit se faire sur la base d'une réflexion sérieuse sur le nombre de députés, leur travail législatif, leur présence, leurs moyens et leur capacité à contrôler effectivement l'action gouvernementale. Car pendant que les institutions discutent, le peuple, lui, paie.
Il paie au marché. Il paie à la boutique. Il paie à la pompe. Il paie son loyer. Il paie ses factures. Et depuis ce samedi 15 août, il doit en plus composer avec une hausse du prix des carburants, qui risque mécaniquement de peser sur le transport et les coûts de distribution.
La situation commande donc davantage qu'une communication politique. Elle appelle une véritable politique nationale du pouvoir d'achat.
Il faut connaître les prix, comprendre leur formation, surveiller les marges, contrôler la qualité, renforcer la concurrence, soutenir la production nationale et sanctionner les abus lorsqu'ils sont établis. Il faut également rendre régulièrement publics les résultats des contrôles afin que le consommateur sache que l'État veille réellement sur lui.
La vie chère n'est pas une fatalité. Elle est le résultat d'un système économique complexe, mais un système peut être corrigé.
Dakar ne doit pas devenir une capitale où certains produits importés coûtent plus cher qu'à Paris tandis que les produits locaux demeurent eux-mêmes inaccessibles à une grande partie de la population. Le Sénégal possède suffisamment de terres, de producteurs, de pêcheurs, d'éleveurs, de transformateurs et de talents pour construire une économie moins dépendante et plus protectrice.
Il faut maintenant que l'État regarde la réalité en face.
Parce qu'au-delà des chiffres, des statistiques et des tableaux Excel, il y a une famille devant un étal, une mère devant une caisse de supermarché, un père qui calcule son salaire avant de remplir son panier et un jeune ménage qui renonce chaque jour à quelque chose pour parvenir à la fin du mois.
C'est pour eux que la bataille contre la vie chère doit devenir une priorité nationale. Et c'est à l'État, aux entreprises, aux producteurs, aux parlementaires et aux consommateurs de prendre chacun leur part de responsabilité.
Le peuple n'attend plus des promesses : il attend que son panier respire.


Vie chère au Sénégal : quand le panier de la ménagère devient le miroir d’une économie à bout de souffle
