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Affaire Boury Bathily : les féministes appellent la justice à faire toute la lumière sur les violences conjugales dénoncées

Rédigé par Dakarposte le Mardi 18 Août 2026 à 19:44 modifié le Mardi 18 Août 2026 - 21:44

Affaire Boury Bathily : les féministes appellent la justice à faire toute la lumière sur les violences conjugales dénoncées
La parole de Boury Bathily, épouse du lutteur Balla Gaye 2, continue de résonner bien au-delà des réseaux sociaux. Après avoir dénoncé publiquement, lors d’un direct sur TikTok, des faits de violences conjugales dont elle affirme avoir été victime, la jeune femme reçoit désormais le soutien d’organisations féministes sénégalaises, qui appellent les autorités judiciaires à ne pas considérer ces accusations comme une simple affaire relevant de la sphère privée.

Dans un communiqué, les organisations signataires expriment leur solidarité avec Boury Bathily et rappellent, au-delà de son cas personnel, la nécessité d’apporter aux femmes victimes de violences une protection effective, une écoute bienveillante et un accompagnement adapté.

Elles insistent sur un principe qu’elles jugent essentiel : une victime doit pouvoir parler sans être soupçonnée, humiliée ou rendue responsable des violences qu’elle dénonce.

Pour ces organisations, la prise de parole de Boury Bathily doit surtout être replacée dans la problématique plus vaste des violences faites aux femmes au sein du couple. Elles mettent en garde contre une lecture réductrice qui consisterait à présenter les auteurs présumés comme des hommes ayant simplement « perdu le contrôle » ou comme des personnes atteintes de folie.

Une telle interprétation, estiment-elles, contribue à dépolitiser et à banaliser les violences masculines. Elle tend à transformer un acte de violence en épisode isolé, alors que celui-ci peut s’inscrire dans un rapport de domination, d’emprise et de contrôle durable.

Les signataires appellent ainsi à modifier profondément le regard porté sur les violences conjugales. Celles-ci, soulignent-elles, ne se résument pas aux coups. Elles peuvent revêtir des formes psychologiques, verbales, économiques, sexuelles ou sociales, parfois invisibles aux yeux de l’entourage, mais profondément destructrices pour la victime.

Elles décrivent également un mécanisme de violences susceptible de se répéter et de s’aggraver au fil du temps. L’emprise peut d’abord s’installer progressivement par le contrôle, les menaces, l’isolement, les pressions psychologiques ou la privation de liberté. Elle peut ensuite laisser place à l’épisode violent, avant qu’intervienne une phase de culpabilisation de la victime.

Puis survient parfois ce que les spécialistes désignent comme la « lune de miel » : excuses, promesses de changement, gestes d’affection et manifestations de repentir peuvent alors faire naître chez la victime l’espoir d’un retour à une relation apaisée. Mais, lorsque les causes profondes de la violence demeurent intactes, le cycle est susceptible de recommencer.

Cette mécanique explique, selon les organisations féministes, pourquoi l’injonction faite aux femmes victimes de « simplement quitter leur conjoint » est largement insuffisante. Quitter une relation marquée par l’emprise peut constituer une démarche particulièrement difficile et risquée. Elle suppose souvent un environnement protecteur, des ressources financières, un accompagnement psychologique et social, ainsi qu’une réponse institutionnelle capable de garantir la sécurité de la victime.

Dans le cas de Boury Bathily, les organisations demandent donc une intervention rapide de la justice.
Elles appellent expressément le procureur de la République à s’autosaisir afin que les faits publiquement dénoncés puissent faire l’objet des vérifications nécessaires, dans le respect des règles de procédure et de la présomption d’innocence.

Cette demande ne constitue pas, dans leur démarche, une invitation à rendre justice par les réseaux sociaux. Elle traduit au contraire l’exigence que des accusations aussi graves puissent être examinées par les autorités compétentes, avec célérité, impartialité et rigueur, tout en prenant pleinement en considération la sécurité de la personne qui affirme avoir subi les violences.

Car derrière le retentissement médiatique de l’affaire se trouve une question de société que les organisations féministes entendent remettre au centre du débat : les violences conjugales peuvent-elles encore être reléguées au rang de conflits domestiques auxquels la collectivité n’aurait pas à se mêler ?
Leur réponse est sans ambiguïté. « Les violences conjugales ne sont pas une affaire privée », rappellent-elles, considérant qu’elles s’inscrivent dans des rapports de domination et dans des mécanismes sociaux de banalisation qu’il appartient à la société tout entière de combattre.
Au-delà de la personnalité des protagonistes et de l’émotion suscitée par cette affaire, les signataires invitent ainsi à privilégier le droit, la protection et la dignité des victimes. Elles réclament que la parole de Boury Bathily soit entendue, que les faits allégués soient établis ou infirmés par les autorités compétentes et que la sécurité de l’intéressée soit placée au premier rang des préoccupations.

« Nous croyons les survivantes et nous les soutenons », affirment-elles.
Une déclaration qui sonne moins comme un simple slogan militant que comme un appel à faire de la protection des femmes victimes de violences une exigence concrète de l’État de droit.

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