L’exécutif « utilise » les Procureurs, selon Alioune Ndao

Samedi 30 Décembre 2017
ACTUALITÉ



L’ancien procureur spécial de la Crei, débarqué en plein procès Karim Wade, s’est distingué hier, lors du colloque de l’Union des magistrats du Sénégal (Ums), en pointant ce qu’il considère comme des dysfonctionnements de la justice. Surtout les prétendues injonctions de la chancellerie adressées au Parquet.

Alioune Ndao affirme qu’il arrive que l’exécutif bloque la main d’un juge; il déplore ce fait. «La chancellerie ne doit donner que des instructions allant dans le sens de la poursuite, c’est ce que dit la loi, rappelle l’ancien procureur spécial de la Crei dans une déclaration relayée par Wal fadjri. Mais on constate que les instructions de non poursuite sont plus nombreuses. Or aucun texte n’autorise le ministre de la Justice à donner des instructions de non poursuite, comme par exemple un classement sans suite ou autre.»

«Les instructions sont données au procureur par voie téléphonique…»

Le plus dur, regrette le juge Ndao, c’est que certains de ses collègues courbent l’échine face à ces immixtions dans leur travail. Il déplore cela également : «Malheureusement, le magistrat suit parfois la volonté de l’exécutif pour ne pas mécontenter l’autorité hiérarchique alors qu’il doit, poliment mais fermement, refuser. Et celui qui ose braver l’ordre de la tutelle se retrouve sans défense face aux foudres de la chancellerie.»

Aussi, poursuit Alioune Ndao dans son réquisitoire sévère contre l’exécutif, le ministère de la Justice a tendance, selon lui, à sauter le procureur général pour saisir directement le procureur de la République, «violant ainsi la loi de façon délibérée». Et pire, souligne l’ancien procureur spécial, en transmettant des ordres oraux et non écrits.

Alioune Ndao détaille : «Les instructions sont données par voie téléphonique ou au cours de réunions et gare au procureur téméraire qui osera aller à l’encontre des desiderata de la chancellerie. Les instructions du ministère de la Justice envers le procureur général doivent être écrites et non orales. Il arrive que l’on demande même au procureur de la République de ne plus répondre à des injonctions données par un procureur général. De tels dysfonctionnements ne peuvent que desservir la justice.»


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