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Macky Sall à l’ONU : le « c’est bien » de Wade, une caution que nul ne peut authentifier ?

Rédigé par Dakarposte le Lundi 10 Août 2026 à 15:35 modifié le Lundi 10 Août 2026 - 17:35

Entre confidence rapportée, stratégie d’image et course à l’ONU, le retour de Macky Sall au-devant de la scène sénégalaise n’est peut-être pas aussi désintéressé qu’il y paraît.


Macky Sall à l’ONU : le « c’est bien » de Wade, une caution que nul ne peut authentifier ?
Il est des petites phrases qui, sorties de la bouche d’un ancien chef d’État, peuvent prendre des proportions démesurées. Celle que François Soudan prête à Me Abdoulaye Wade à propos de la candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies appartient incontestablement à cette catégorie.

Dans un article consacré à la rencontre qu’il a eue avec l’ancien président sénégalais à Versailles, quelques jours avant son centième anniversaire, le directeur de la rédaction de Jeune Afrique rapporte que, interrogé sur la candidature de son ancien Premier ministre et successeur à la magistrature suprême, Me Wade se serait contenté d’un lapidaire : « C’est bien. »

Trois mots. Pas davantage. Mais, trois mots auxquels on voudrait faire dire beaucoup.


Car derrière cette formule, telle que rapportée par le journaliste, certains pourraient être tentés de voir une approbation, voire une bénédiction politique du « pape du Sopi » à la candidature de celui qui fut son ancien collaborateur avant de devenir son adversaire, puis son successeur au palais de la République.

Seulement voilà : peut-on réellement transformer cette confidence journalistique en vérité historique ?

Rien, dans le récit publié, ne permet au lecteur de vérifier matériellement que Me Wade a effectivement prononcé cette phrase dans les termes rapportés.
Il ne s’agit pas ici de mettre en doute la parole de François Soudan, encore moins de lui prêter une intention qu’il n’aurait pas. Il s’agit simplement de rappeler une règle élémentaire du journalisme : une parole rapportée demeure une parole rapportée, aussi prestigieux soit son auteur, tant qu’elle n’est pas corroborée par un enregistrement, un témoin indépendant ou un autre élément vérifiable.

Or, dans le cas présent, le « C’est bien » attribué à Me Wade est précisément le pivot autour duquel se construit une interprétation politique considérable.

Il serait donc pour le moins hasardeux d’en déduire que le vieil opposant de toujours à Macky Sall aurait soudainement adoubé la candidature de celui qu’il n’a jamais véritablement cessé de considérer avec circonspection.
D’autant que le contexte mérite d’être regardé avec davantage de distance.

Un « c’est bien » qui arrange peut-être trop de monde


Il faut se garder de faire dire à Me Wade ce qu’il n’a peut-être jamais voulu dire. « C’est bien » peut signifier beaucoup de choses. Cela peut être une approbation. Cela peut aussi être une réponse de circonstance, une manière élégante de clore une séquence, ou simplement la réaction polie d’un homme qui ne souhaite pas s’étendre sur un sujet. François Soudan lui-même souligne le caractère « impénétrable » de cette réponse.

Alors pourquoi vouloir absolument en faire une caution politique ?

La question mérite d’autant plus d’être posée que l’ancien président Macky Sall se trouve aujourd’hui engagé dans une bataille diplomatique particulièrement délicate.

Sa candidature au poste de secrétaire général de l’ONU est officielle : il a été formellement présenté par le Burundi le 2 mars 2026 et figure bien parmi les candidats recensés par les Nations unies. Mais entre être candidat et être en mesure de gagner, il existe un monde.

Le premier vote de l’ONU n’est guère rassurant

La course à la succession d’Antonio Guterres a pris un tournant concret avec le premier vote indicatif du Conseil de sécurité, organisé le 30 juillet.

Et les chiffres, eux, ont le mérite de ne pas souffrir d’interprétation subjective.

La Costaricienne Rebeca Grynspan est arrivée en tête avec 10 voix d’encouragement, une de découragement et quatre sans opinion. Elle est suivie par la Guyanaise Carolyn Rodrigues-Birkett avec neuf voix favorables.
Rafael Grossi, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, obtient sept encouragements.
Michelle Bachelet et Macky Sall recueillent chacun six voix favorables, mais l’ancien président sénégalais compte sept voix de découragement, contre cinq pour l’ancienne présidente chilienne. Il se retrouve ainsi cinquième sur sept candidats.

Le verdict n’est certes pas définitif. Un « straw poll » n’est ni une élection ni un vote éliminatoire. Il s’agit d’un mécanisme informel permettant aux quinze membres du Conseil de sécurité de tester le degré de soutien dont bénéficie chaque candidat.

Le processus peut comporter plusieurs tours, jusqu’à l’émergence d’un candidat capable de réunir au moins neuf voix et de ne rencontrer aucun veto d’un des cinq membres permanents.

Il serait donc excessif d'écrire que Macky Sall est juridiquement ou définitivement « éliminé ». Mais, il serait tout aussi imprudent de faire comme si son classement ne signifiait rien.

Six encouragements contre sept découragements : le signal est objectivement mauvais.

Et il l’est d’autant plus que la candidature de Rebeca Grynspan semble avoir pris une longueur d’avance. Le contexte régional joue également en faveur de l’Amérique latine et des Caraïbes, tandis que l’idée de voir, pour la première fois, une femme accéder au secrétariat général de l’ONU nourrit une dynamique politique qui ne saurait être négligée.

Autrement dit, parler aujourd’hui d’une victoire de Macky Sall à l’ONU relève davantage du pari que de la probabilité.

Mais derrière New York, il y a peut-être Dakar

C’est ici que commence une autre lecture, plus politique, plus sénégalaise, et forcément plus spéculative. Car si la bataille de New York constitue officiellement l’objectif affiché, certains observateurs de la scène politique sénégalaise se demandent si l’ambition de Macky Sall ne dépasse pas largement les murs de verre du siège des Nations unies.

Selon des interlocuteurs rompus aux arcanes de la politique sénégalaise, que nous avons sollicités sur cette question, l’ancien président pourrait, à terme, nourrir une ambition autrement plus domestique : retrouver un jour le chemin du pouvoir au Sénégal.

Il ne s’agit évidemment pas d'une certitude, encore moins d'une déclaration de Macky Sall. Rien ne permet de l'affirmer comme un fait.
Mais cette hypothèse gagne en intérêt lorsqu'on observe méthodiquement les mouvements récents de l'ancien chef de l'État. Car, depuis son départ du pouvoir en avril 2024, une question demeure : comment réhabiliter une image profondément écornée par les dernières années de son magistère ?

Les années Macky Sall ont été marquées par de profondes réalisations infrastructurelles et économiques, mais aussi par des tensions politiques d'une rare intensité. Les affrontements de mars 2021, déclenchés dans le contexte de l'arrestation d'Ousmane Sonko, avaient fait quatorze morts selon Amnesty International, dont douze par balles tirées par les forces de sécurité et de défense, selon l'organisation.

En juin 2023, après la condamnation de Sonko, le Sénégal connut une nouvelle flambée de violences. Amnesty International avait documenté au moins 23 morts et 390 blessés lors des manifestations des 1er et 2 juin, tout en appelant à une enquête indépendante sur l'usage de la force et sur la présence de personnes armées en civil aux côtés des forces de sécurité.


Ces épisodes ont durablement marqué les mémoires.
Ils ont également nourri, chez Ousmane Sonko, le Pastef et une large partie de leur électorat, une accusation politique lourde à l'endroit du régime de Macky Sall : dérive autoritaire, instrumentalisation supposée de la justice, restriction des libertés publiques, répression des manifestations et responsabilité politique dans la spirale de violences qui a accompagné la confrontation entre le pouvoir et l'opposition.

Il convient toutefois de distinguer la responsabilité politique alléguée d'une responsabilité pénale individuellement établie. Les accusations portées à l'époque contre Macky Sall et son régime ne sauraient être présentées comme des condamnations judiciaires personnelles.
Mais en politique, les perceptions pèsent parfois aussi lourd que les verdicts des tribunaux.

Macky Sall à l’ONU : le « c’est bien » de Wade, une caution que nul ne peut authentifier ?
Se refaire une image avant de refaire de la politique ?

C'est précisément là que la candidature à l'ONU pourrait prendre une autre dimension. Se présenter à la succession d'Antonio Guterres, multiplier les consultations diplomatiques, défendre une vision du multilatéralisme, rencontrer des dirigeants et apparaître comme un homme d'État de stature internationale : tout cela participe nécessairement à une entreprise de repositionnement.

La fonction de secrétaire général des Nations unies, même si elle reste hors de portée pour le moment, offre une formidable tribune.
Et la diplomatie possède cette vertu singulière : elle permet parfois aux anciens dirigeants de changer de décor avant de changer d'image.

Macky Sall n'est plus seulement, dans ce récit, l'ancien président dont les dernières années ont été associées à une confrontation politique extrêmement brutale avec l'opposition. Il devient l'ancien chef d'État africain candidat à la plus haute fonction administrative et diplomatique de l'Organisation des Nations unies.

Le récit change. Le personnage aussi. Et c'est peut-être cela, au fond, qui compte.

Le retour à Dakar : simple escale diplomatique ou test grandeur nature ?

Le 17 juillet 2026, Macky Sall est revenu à Dakar pour la première fois depuis son départ du pouvoir. Il a été reçu au palais de la République par son successeur, Bassirou Diomaye Faye, dans une atmosphère particulièrement cordiale. Selon la RTS, l'ancien président était venu notamment informer le chef de l'État de sa candidature et solliciter le soutien officiel du Sénégal.

Les images de cet accueil ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Il y eut la foule, le cortège, les poignées de main, les accolades et l'audience au palais.

Il serait cependant imprudent de prendre cette ferveur ponctuelle pour une mesure scientifique de la popularité de Macky Sall. Une foule mobilisée n'est pas un sondage. Un accueil chaleureux n'est pas une élection. Mais politiquement, les images ont une valeur.
Elles permettent de montrer qu'un ancien président qui avait quitté le Sénégal dans un contexte extrêmement tendu peut désormais y revenir, être reçu au sommet de l'État et traverser la capitale sous les applaudissements d'une partie de la population.
C'est, à tout le moins, une opération de communication remarquablement efficace.

Et si l'objectif était aussi de prendre la température de l'opinion, de mesurer la capacité de mobilisation de ses réseaux, de vérifier l'état de ses soutiens et de commencer à modifier le récit entourant son passage au pouvoir, alors le déplacement aurait produit exactement ce qu'il devait produire : des images.

Macky Sall à l’ONU : le « c’est bien » de Wade, une caution que nul ne peut authentifier ?
Le paradoxe Diomaye-Sonko

Il y a, dans cette séquence, un paradoxe qui n'a échappé à personne. Hier, Macky Sall était présenté par ses adversaires comme l'incarnation d'un système qu'il fallait absolument renverser.

Aujourd'hui, son successeur, élu dans le sillage d'une rupture politique profonde portée par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko, le reçoit au palais de la République avec les égards dus à un ancien chef de l'État.

La politique sénégalaise, décidément, possède une mémoire courte et des retournements vertigineux. Ce qui hier semblait relever de l'impensable devient aujourd'hui banal. Et c'est peut-être là que se trouve la véritable portée de la candidature de Macky Sall.
Car qu'il devienne ou non secrétaire général de l'ONU, l'ancien président est déjà engagé dans une bataille : celle de la réécriture de son image.

Et le fameux « C'est bien » de Me Wade dans tout cela ?

Il faut donc revenir à cette fameuse phrase. « C'est bien. » Est-ce réellement ce que Me Abdoulaye Wade a dit ?

François Soudan l'affirme dans son récit. Nous n'avons, à ce stade, aucune raison de traiter le journaliste de menteur. Mais nous n'avons pas davantage les moyens de transformer son récit en vérité incontestable.
Et surtout, nous refusons de faire dire à trois mots plus qu'ils ne disent.

Un homme de l'âge, de l'expérience et du caractère de Me Wade peut parfaitement répondre « C'est bien » sans pour autant exprimer une adhésion enthousiaste à la candidature de son ancien Premier ministre.

Peut-être approuve-t-il.
Peut-être prend-il acte.
Peut-être se montre-t-il simplement courtois.
Peut-être encore ne souhaite-t-il pas ouvrir une polémique politique à quelques jours des célébrations de son centenaire.
Nous ne savons pas.

Et c'est précisément parce que nous ne savons pas qu'il faut résister à la tentation de transformer une confidence en caution.
Macky Sall à l'ONU : presque perdu ? Peut-être. Définitivement ? Non.

La première photographie de la compétition internationale n'est guère flatteuse pour le candidat sénégalais : cinquième sur sept, davantage de « découragements » que d'« encouragements », derrière Rebeca Grynspan, Carolyn Rodrigues-Birkett, Rafael Grossi et Michelle Bachelet.

Mais la diplomatie internationale est rarement une photographie ; elle est un film. Les votes indicatifs peuvent évoluer. Les alliances peuvent se déplacer. Les candidatures peuvent se retirer. Les rapports de force entre membres permanents du Conseil de sécurité peuvent changer la donne.

Il serait donc prématuré de prononcer l'oraison funèbre de la candidature de Macky Sall. Mais, il serait tout aussi naïf de présenter aujourd'hui son accession au secrétariat général comme une perspective sérieuse et imminente.

Pour l'heure, la route de New York ressemble davantage à une pente escarpée qu'à une avenue triomphale. Et peut-être faut-il regarder ailleurs.
Car, si Macky Sall venait finalement à échouer dans sa quête du prestigieux fauteuil de secrétaire général des Nations unies, il lui resterait quelque chose de précieux : une visibilité internationale accrue, une image progressivement remodelée et, surtout, la possibilité d'avoir testé, grandeur nature, la température de l'opinion sénégalaise.

Voilà pourquoi la candidature à l'ONU pourrait être bien plus qu'une candidature à l'ONU.

Quant au « C'est bien » de Me Wade, qu'on nous permette de conserver une part de scepticisme.
En politique comme en journalisme, les silences ont parfois plusieurs sens. Les mots rapportés, eux, ne devraient jamais en avoir un seul par décret.

Et entre ce que Me Wade aurait dit, ce que François Soudan a entendu, ce qu'il a voulu restituer et ce que certains souhaitent aujourd'hui nous faire croire, il existe encore un espace : celui du doute.

Et le doute, en démocratie, n'est pas une faiblesse. C'est une précaution salutaire.
Mamadou Ndiaye

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