Serigne Saliou Thioune : «Mes derniers échanges avec mon père, Cheikh Béthio»

L’idée était de rencontrer Serigne Saliou Thioune, guide nouvellement intronisé des Thiantacônes pour un entretien grand format. Mais notre volonté de le faire découvrir à nos lecteurs sous toutes ses facettes s’est heurtée à l’excès de zèle de deux de ses chambellans. Qui, sous prétexte que le guide devait «honorer d’autres engagements», ont abrégé, sans ménagement, l’interview. Qu’à cela ne tienne, le nouveau guide des Thiantacônes a quand même répondu à quelques-unes de nos questions. Sans langue de bois. Entretien.

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Depuis votre intronisation à la tête des Thiantacônes, un accessoire vestimentaire s’est rajouté à votre mise. Nous voulons parler de cette écharpe blanche. Quelle est sa signification ?

Beaucoup de gens ont été surpris de me voir avec une écharpe autour du cou alors que j’étais en audience avec le Khalife général des mourides, Serigne Mountakha Bassirou Mbacké. Alors que ce n’est pas la tradition chez les mourides. Par politesse, en présence du Khalife, le talibé ne porte ni écharpe ni coiffe. C’est Serigne Bass Abdou Khadre, qui m’a reçu au nom du khalife, qui m’a donné l’ordre de ne jamais l’enlever de mon cou. On n’a pas le droit de le mettre devant le marabout. Mais cette fois-ci, je l’ai fait, c’est parce qu’ils me l’ont autorisé. Je suis désormais tenu de toujours l’avoir autour du cou. Si vous regardez bien la vidéo, seuls Serigne Bass et moi avons osé le faire. En ce qui concerne sa signification, seul le marabout pourra l’expliquer. Moi je ne fais que suivre les recommandations. Je ne peux pas donner d’explications et je n’en cherche même pas. Je m’en tiens au Ndiguël du Khalife.

Vous avez été désigné par le Khalife général des Mourides pour succéder à votre défunt père, Cheikh Béthio Thioune, rappelé à Dieu le mai 7 mai dernier. Qui se cache derrière Serigne Saliou Thioune ?

Je suis le fils aîné de Serigne Béthio Thioune. Mais je ne suis pas l’aîné de la famille, puisque j’ai une grande sœur. Aujourd’hui, j’ai 55 ans. Je suis né le 3 août 1964. Contrairement à certains fils de marabouts, mon père s’est personnellement investi dans mon éducation. Je ne suis jamais allé chez mes oncles. J’ai toujours été aux côtés de mon père. C’est lui-même qui m’a élevé depuis mes trois (3) ans. J’ai fait l’école française et j’ai commencé par Daniel Brothier de Thiès, où j’ai fait mon cursus élémentaire, avant que mon père ne soit affecté à Diourbel. J’ai ensuite poursuivi mes études à la Mission catholique de Diourbel. Puis cap sur le lycée Gaston Berger de Kaolack. J’étais en internat. Par la suite, j’ai intégré le lycée De Lafosse où j’ai fait la première partie du Baccalauréat. C’est à partir de cette année que mon père m’a recruté à la Commune de Dakar comme agent municipal. Je suis entré à la Commune de Pikine en 1984, jusqu’en 2013, toujours comme agent municipal. J’étais au service de la comptabilité. En 2000, j’ai intégré la société CDE (Consortium d’entreprise) comme responsable du service de recouvrement. Jusqu’à l’heure où je vous parle, j’y suis toujours employé.

«Si mes responsabilités en tant que guide des Thiantacônes prennent le dessus sur mon travail, je vais arrêter…»

Vous dites que vous travaillez toujours au Cde. Il y a une nouvelle charge qui vient de vous être confiée. Est-ce que ce sera facile de cumuler ces deux activités ?

Je pense que ce ne sera pas facile de cumuler les deux activités. Au vu de mes nouvelles responsabilités familiales et de ma charge de travail au Cde, ce sera très difficile d’allier les deux. Cheikh Béthio Thioune l’avait en son temps réussi. Il est parvenu à cumuler les deux activités. Vous savez qu’il était un grand commis de l’État, un administrateur civil. Il a travaillé dans beaucoup de communes du Sénégal. Mais il coordonnait en même temps ses activités auprès de Serigne Saliou Mbacké. Cheikh Béthio était un homme assez particulier. Il n’est pas aisé de lui arriver à la cheville. C’était une personne spéciale dans plusieurs domaines. Il savait se surpasser. Je risque de ne pas pouvoir allier les deux et si mes responsabilités en tant que guide des Thiantacônes prennent le dessus, je pense que je vais finir par choisir et arrêter le travail au sein du Cde.

Vous avez été désigné pour remplacer votre père en tant que guide des «Thiantacônes». Comment déclinez-vous aujourd’hui votre feuille de route ?

Essayer d’abord de perpétuer son œuvre. On va essayer de consolider ce qu’il avait déjà initié et vulgariser son héritage. Je vais essayer de faire plus. Pour cela, je sollicite des prières, parce que ce n’est pas une chose facile, vu la dimension de l’homme. Serigne Saliou Mbacké l’avait élevé à un niveau très élevé. On va essayer de suivre ses pas. Parce qu’il ne sera pas facile de remplacer Cheikh Béthio Thioune. Mais Serigne Touba est capable de tout. Il peut nous faciliter la tâche. C’est pourquoi nous sollicitons des prières.

Quel a été votre sentiment suite à votre intronisation comme Guide des Thiantacônes par le Khalife Général des mourides, si l’on sait qu’une querelle de succession se dessinait dès l’annonce de la disparition de votre père ?

J’ai rendu d’abord grâce à Dieu et à Serigne Touba. Parce que ce n’est pas cela qui m’intéressait. Le statut de guide des Thiantacônes ne m’a jamais intéressé. Serigne Mountakha m’a recommandé et en tant que Khalife de Serigne Touba, on ne peut que suivre ses recommandations à la lettre. Parce que nous sommes des talibés mourides avant d’être «Thiantacônes». On ne négocie pas avec les ndiguël. On est obligé de respecter les recommandations du marabout. Je l’ai fait sans calcul, sans arrière-pensée. Advienne que pourra. Quoi qu’il en soit, je ne pouvais que faire ce que le khalife a recommandé. Il y avait trop de tensions au début, mais tout est rentré dans l’ordre. Maintenant c’est comme si rien ne s’est passé. Si je n’avais pas respecté cette recommandation du khalife, ce serait autre chose. C’est à ce moment qu’il y aurait des tensions inattendues. Parce que notre père nous a éduqués dans cela. Lorsque vous verrez les archives, vous comprendrez que depuis tout petit, j’étais à ses côtés. Nous allions ensemble rencontrer Serigne Saliou. A chaque Magal, nous étions (mon père et moi) les premiers à être reçus par Serigne Saliou. J’assistais à toutes ses rencontres avec le marabout. Il m’a bien formé. Donc je ne suis pas un novice en la matière. J’étais très proche de lui. J’avais beaucoup d’amour pour mon père et je l’admirais beaucoup. Au-delà du père qu’il était pour moi, il ne m’a jamais abandonné. Il a fait de moi ce que je suis devenu aujourd’hui. Cheikh Béthio m’a beaucoup soutenu dans la vie. Si aujourd’hui j’ai la possibilité de m’adresser à de grandes personnalités, c’est grâce à lui. Il m’a forgé. Nous avions une très grande complicité. Je fais partie des dernières personnes avec qui il a parlé avant de nous quitter. On s’est parlé au téléphone le dernier jeudi avant sa mort intervenue le mardi 7 mai dernier. Lorsqu’on échangeait, j’étais à ce moment à Paris. Il m’a fait appeler. Limamou Gueye, son «Dieuwrigne», qui était à Bordeaux avec lui, m’a appelé pour me dire que le Cheikh avait besoin de moi. Je l’ai ensuite informé que j’étais à Paris. Je devais aller lui rendre visite. Cinq minutes après, mon téléphone sonne, je décroche et c’est lui (Cheikh Béthio) au bout du fil. Il me demande où je me trouve. Je lui ai répondu que j’étais à Paris, mais que j’allais quitter pour venir sur Bordeaux. Il m’a ensuite dit que ce n’était pas la peine de venir et m’a demandé de retourner à Dakar. Il m’a dit : «Ce n’est pas la peine de venir. Là actuellement, je suis à l’hôpital et ce ne sera pas facile de venir. Il faut retourner à Dakar, il y a des choses que tu dois régler là-bas». J’ai insisté pour aller à Bordeaux, mais il a catégoriquement refusé. C’était un peu bizarre, le fait de venir jusqu’à Paris, entre Bordeaux et Paris, c’est moins de 2 heures de route avec le TGV, mais il n’a pas voulu que je vienne. Puisque j’ai toujours suivi son ndiguel, je n’ai pas insisté. Je suis rentré le samedi. Trois jours après, c’est-à-dire le mardi, il est décédé.

Votre dernier échange portait sur quoi ? Il ne vous a rien confié?

Sur ce que je viens de vous dire. Il ne m’a rien dit de particulier. Nous avons toujours beaucoup échangé. Tous les 15 jours, je me rendais sur Bordeaux pour lui rendre visite. Toutes les deux semaines, je prenais l’avion pour aller échanger avec lui. Mais ce ne sont pas des choses qu’on doit mettre sur la place publique.

«Il y a eu trop de tensions au début…»

Vous l’avez dit. Il y a eu beaucoup de tensions au début, avec la querelle de succession au sein de votre famille et des Thiantacônes. Puis, le khalife des mourides a tranché. Comment avez-vous fait pour gérer toute cette tension pour que cela n’éclate pas ? 

Pour cela, je rends grâce à Serigne Saliou Mbacké. Je suis de nature lucide. Je sais me maîtriser devant n’importe quelle situation. Généralement, je suis de nature très calme et discret. Beaucoup de gens ne me connaissent pas. Lorsque la situation s’est présentée, mon premier réflexe a été d’aller voir Serigne Cheikh pour discuter avec lui. Et c’est ce que j’ai fait. Je suis allé le voir et il m’a indiqué le chemin à suivre. Ensuite, il y a eu les recommandations du Khalif, que j’ai respectées. Maintenant, il n’y a aucun problème. Je suis entouré de mes frères et nous sommes unis et indivisibles. Mes jeunes frères me vouent du respect, c’est nous dans nous.

Cheikh Béthio était connu pour son rôle de fédérateur. Aujourd’hui, est-ce que vous pensez avoir les épaules assez larges pour diriger les Thiantacônes ?

Je sollicite des prières pour que je puisse le faire. C’est mon souhait et je tends la main à tout le monde. Il a laissé dernière lui des centaines de disciples. Je compte mettre tout le monde sur le même pied. Je veux travailler avec tout le monde. C’est vrai que j’ai été choisi pour les diriger, mais ce n’est pas parce que je suis le plus intelligent ou celui qui est le plus savant. Il y a parmi eux ceux qui aiment Cheikh Béthio beaucoup plus que moi. Mais Dieu a fait que j’ai été désigné pour diriger les «Thiantacônes». Je pense qu’ils seront avec moi et il n’y aura aucun problème. D’autant plus que je serai basé ici, à Médinatoul Salam.


Cheikh Amidou Kane

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