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Trois ans après la mutinerie de Rebeuss - Ce que révèlent les PV

Trois ans après la mutinerie à la prison de Rebeuss qui a coûté la vie à Ibrahima Mbow, le 20 septembre 2016, Libération révèle en exclusivité les Pv de l’enquête policière après en avoir livré des bribes.

ACTUALITÉ


Il a servi de base aux enquêteurs. Il s’agit d’un rapport d’Agnès Ndiogoye Faye, alors régisseur de la prison de Rebeuss, retraçant les faits ayant conduit à la mutinerie. Dans le document, Agnès Ndiogoye soutient que depuis le 14 septembre 2016, des détenus des chambres 3, 9, 10, 24 et 30 observaient une grève de la faim pour protester contre les longues détentions et le surpeuplement carcéral. Pour apaiser la tension, les autorités pénitentiaires ont rencontré les représentants des détenus grévistes afin de les faire revenir sur leurs décisions. Le rapport ajoutait que dans la matinée du 20 septembre, certains détenus se sont opposés à la distribution du petit déjeuner et des permis de communiquer à leurs codétenus. Face à la tentative des gardes pénitentiaires de les calmer, un groupe de détenus, armés d'objets tranchants, leur ont opposé une résistance farouche en tentant de s'évader. Selon le rapport, les agents se sont interposés en faisant usage de grenades lacrymogènes, bouchons allumeurs et des fusils à pompe, occasionnant ainsi un mort- Ibrahima Mbow-, 27 blessés du côté des détenus et 14 côtés agents. 

 

Un, 27 blessés chez les détenus et 14 du côté des matons

 
Convoquée pour les besoins de l’enquête policière, Agnès Ndiogoye est d'abord revenu sur le climat social qui a prévalu à la prison de Rebeuss avant les fameux événements en soulignant qu'il était marqué par une tension très vive découlant d'affrontements entre détenus, d'invectives dirigées contre les gardes pénitentiaires et de grèves de la faim observés par certains détenus au niveau de 17 chambres sur les 49 que compte la prison de Rebeuss. Les détenus avaient vertement exprimé leur détermination à s'opposer par tous les moyens à leurs situations carcérales, quitte à y laisser leur vie. Prenant ces menaces au sérieux, elle déclarait avoir rendu compte au directeur de l'administration pénitentiaire et au Procureur de la République  avant de prendre des mesures d'urgence visant à améliorer les conditions de détention, par le transfèrement de 200 détenus vers les autres prisons, et l'équipement de toutes les chambres en matelas avec housse et ventilateurs. 

 

20 septembre, le jour où ça a failli dégénérer

 
Elle a néanmoins indiqué que toutes ces mesures n'ont pu permettre de tempérer l'ardeur de certains détenus qui, dans la journée du 20 septembre, se sont violemment opposés à la distribution du petit déjeuner, en pourchassant leurs codétenus en charge de cette tâche et en mettant le feu à deux matelas, avant d'exiger une rencontre avec le Président de la République pour lui soumettre leurs griefs (surpeuplement carcéral, promiscuité, longues détentions préventives, la non permanence des Chambres criminelles, construction de toilettes supplémentaires etc.). D'ailleurs, elle révélait que la veille, une première tentative d'évasion massive avait été déjouée par ses agents et deux d'entre eux s'en sont sortis avec des blessures entraînant une ITT de sept jours. Pendant qu'elle analysait la situation pour prendre une décision quant à la suspension des visites, certains détenus du 1er secteur, se sont emparés du banc métallique installé pour les visiteurs pour l'amener au 4éme secteur où ils ont tenté vainement de le démonter pour en faire des armes. Au même moment, les détenus des chambres 3 et 9 ont défoncé leurs portes pour rallier ceux du 4éme secteur. Dans la foulée, ils ont défoncé la porte de sortie du 4éme secteur pour tenter d'aller au 1er secteur qui constituait le dernier verrou pour quitter l'enceinte de la prison, soutenait la directrice. 

Face à cette situation, elle disait avoir ordonné à ses agents de procéder à des tirs de sommation puis de faire usage des grenades lacrymogènes, des bouchons allumeurs et des fusils à pompe pour contenir leurs mouvements. Il s'en est suivi des affrontements entre ses hommes et ls détenus mutins qui se sont soldés par un décès (Ibrahima Mbow) et des blessés. 

 

Prison break version sénégalaise

 
A sa suite, il a été procédé aux auditions de son adjoint, le contrôleur Papa Djiby Guèye, des surveillants de prison Seynabou Ndong, Babacar Diop, Abdoulaye Sambou, Malang Abdoulaye Diémé, Aliou Ciss et El Hadji Ibrahima Coly. Ils ont unanimement reconnu leur participation au rétablissement de l'ordre. Ils ont précisé avoir été dotés d'armes mais ont tous souligné n'avoir en aucun moment tiré sur les détenus mutins. 

C'est dans ces circonstances qu'une équipe de la Dic, assisté de la Division de la police scientifique et technique, s'est rendue à la prison de Rebeuss, puis au Pavillon spécial de l'hôpital Aristide Le Dantec aux fins de constatations. 

 

Descente de la Dic à la prison de Rebeuss

 

 A cette occasion, les enquêteurs sous la conduite du contrôleur Pape Djiby Guèye ont procédé à la visite des six secteurs de la prison de Rebeuss ainsi que le service médico-social. La visite effectuée au niveau des secteurs 1, 2 et 3 n'a permis de découvrir aucun objet, trace ou vestige se rapportant aux événements objets de l'enquête. Le contrôleur a affirmé que ces trois compartiments n'ont pas été concernés par la mutinerie. En revanche, au niveau du 4éme secteur, il a été constaté une fraîcheur de l'enduit en ciment au niveau des pattes de scellement de l'unique porte du mur de cloison, laissant penser à une réparation récente. La police scientifique a procédé à des prises de vue sur ladite porte qui, selon les déclarations du contrôleur, a été défoncée par les mutins du secteur 4 qui tentait de rallier le secteur 1. Les enquêteurs ont également découvert un impact de balle à la porte d'entrée de la chambre numéro 45 et des traces de couleur rougeâtre, au niveau du seuil de la chambre numéro 44. Le chef de cette chambre, le détenu A.Dièye a indiqué aux enquêteurs que le défunt Ibrahima Mbow gisait à cet endroit lorsqu'il a reçu le coup fatal. La fouille par ratissage au niveau de la cour de promenade, cœur des affrontements, n'a permis de découvrir que deux cartouches de gaz lacrymogène. 

 

 Révélations fracassantes des détenus blessés

 

 Au niveau du Pavillon spécial, trois détenus y ont été trouvés internés et deux à l'infirmerie de la prison. Ces derniers ont déclaré avoir reçu des balles au moment des événements en précisant que d'autres détenus seraient toujours au niveau de l'hôpital Principal, au service réanimation. Au niveau de cette structure, où Ibrahima Mbow a été accueilli, l'autopsie a révélé qu'il est décédé suite à des «plaies pénétrantes thoraciques et crâniennes avec perforation pulmonaire droite ; lésions cérébrales et hémorragie de grande abondance à la suite de coups et blessures et blessures par arme à feu ». Quatre balles ont été extraites de son corps. 

Par ailleurs, le directeur de Camp pénal de Liberté VI, entendu, a affirmé être intervenu pour le rétablissement de l'ordre à la prison de Rebeuss. Il a déclaré avoir engagé une brigade de douze éléments équipés de matériel de maintien d'ordre à savoir deux fusils à pompe, vingt cartouches chevrotines, douze boucliers, douze casques, douze gilets, douze tonfas et trois barrières. Toutefois, il a précisé n'avoir assisté à aucun tir à pompe ou à des jets de grenades soutenant que ses troupes sont arrivées au moment où la situation a été quasiment maîtrisée. 





Cheikh Mbacké Guissé

 
Mamadou Ndiaye

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