Affaire Biotrial: des éléments de l’enquête accablent le laboratoire

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Affaire Biotrial: des éléments de l’enquête accablent le laboratoire

Le 17 janvier 2016, Guillaume Molinet décédait suite à des tests cliniques effectués par le laboratoire Biotrial de Rennes. Cet accident sanitaire a fait beaucoup parler de lui à l'époque. Le laboratoire a toujours clamé son innocence, mais l'affaire n'est pas si simple. De nouveaux éléments de l'enquête montrent non seulement la légèreté du laboratoire mais met aussi en question l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

Tout commence le 10 janvier 2016. Guillaume Molinet, un homme de 49 ans, est volontaire pour effectuer un test clinique pour le laboratoire Biotrial. Il s'agit de tester une molécule, la BIA 10-2474, utilisée pour lutter contre la douleur et les troubles anxieux. Très vite, il se sent mal et est admis le soir même au CHU de Rennes. En attendant, les essais continuent sur les autres volontaires. Mais l'état de Guillaume s'aggrave et il décède le 17 janvier après plusieurs jours de coma.

De nouveaux éléments

Selon le journal Le Figaro, qui a mis à jour de nouveaux éléments dans l’enquête, il apparait que les autres volontaires du groupe auquel appartenait Guillaume ont eux aussi subi des effets secondaires importants et que Biotrial ne les aurait pas pris en compte.

Pendant la phase d'essai clinique, Lylian, 39 ans, évoque des trous de mémoire très importants au point de ne pas se souvenir en janvier de ce qu'il a fait le Noël précédent. Régis, un autre volontaire, parle, lui, de troubles de la vision. Quant à Guillaume, le patient décédé, selon les témoignages, le laboratoire aurait mis beaucoup de temps à le faire hospitaliser alors qu'il se sentait très mal, ne pouvait plus s'asseoir, ni même boire seul.

L'enquête permet aussi de mettre à jour une pratique très contestable. Le laboratoire ferait pression sur ces cobayes humains. Il leur est par exemple interdit de prendre des photos sous peine d'amendes qui peuvent aller jusqu'à 150 euros. Et si un volontaire quitte le processus, son salaire est largement amputé. Des méthodes abusives qui incitent bien sûr les volontaires à ne pas se plaindre, et à subir les effets secondaires éventuels des médicaments.

L'ANSM mise en cause

En France, tous les essais cliniques sont soumis à une procédure d'autorisation de l'ANSM, qui donne son visa après évaluation du dossier. L'expérimentation de janvier était en phase 1. C'est-à-dire qu'elle n'avait jamais été testée sur l'homme, uniquement sur des animaux. Et c'est là que le bât blesse. L'ANSM a toujours prétendu que « l'accident était totalement imprévisible et que rien ne permettait d'anticiper la toxicité de la molécule testée ». Pourtant, en avril dernier un rapport interne de l'Agence du médicament alerte ses services et signale des conséquences neurologiques très graves sur les quatre espèces d'animaux sur lesquelles on a testé la fameuse molécule.

D'après le site d'information Mediapart, il semblerait aussi que l’Agence du médicament aurait communiqué un rapport censuré à l'Inspection des affaires sociales, ainsi qu'aux autorités judiciaires. Elle aurait donc directement trompé la ministre de la Santé Marisol Touraine par une désinformation systématique.

L'Agence a démenti les faits même si les éléments de l'enquête sont assez clairs. 
En attendant, l'instruction suit son cours. Il faut rappeler que le parquet de Paris a ouvert en juin dernier une information judiciaire contre X « pour homicide et blessures involontaires ». Quant au laboratoire Biotrial, il a aujourd'hui, toujours, l'autorisation d'exercer.

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