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La crise du cacao en Côte d’Ivoire, premier grand défi économique du président Ouattara

Rédigé par Dakarposte le Dimanche 25 Janvier 2026 à 10:32 modifié le Dimanche 25 Janvier 2026 - 18:02

La chute des cours du cacao a provoqué une crise en Côte d’Ivoire qui en est le premier exportateur mondial. Un défi de taille pour le président Alassane Ouattara qui vient d’entamer son quatrième mandat et dont le gouvernement s’est engagé cette semaine à acheter des stocks. Explications.


La crise du cacao en Côte d’Ivoire, premier grand défi économique du président Ouattara
Des fèves qui ne sont plus récoltées et des sacs qui s’entassent dans des hangars. Depuis plusieurs semaines, la Côte d’Ivoire fait face à d’importantes difficultés pour écouler ses stocks de cacao, moins attractif à cause de la chute des cours mondiaux. Une problématique majeure pour le pays ouest-africain, premier exportateur qui représente à lui seul 45 % de la production mondiale.

Pour tenter de dénouer la situation, le gouvernement s’est engagé mardi à racheter les stocks invendus. Problème : des désaccords demeurent sur les volumes concernés, et les syndicats accusent le gouvernement de minimiser la crise.

Prix élevé et chute des cours mondiaux

Pour protéger ses planteurs, la Côte d’Ivoire fixe le prix de vente des fèves de cacao. Celui-ci est établi chaque année en octobre, par décret présidentiel et pour une période d’un an, avec des ajustement à chaque trimestre. En 2025, il a atteint un record absolu, fixé à 2 800 francs CFA par kg (4,3 euros) soit une hausse de 56 % par rapport à l’année 2024.


Mais en parallèle de ces prix élevés, les cours mondiaux du cacao ont chuté d’un tiers de leur valeur (6500 à 4500 dollars/tonne). En cause, une production plus importante que prévu, liée à de bonnes conditions climatiques et à un recul marqué de la consommation mondiale. Résultat, les ventes patinent. Le cacao peine à trouver acheteurs et se retrouvent bloqués dans de vastes hangars.

Machine grippée

La situation suscite de vives inquiétudes dans ce pays où un quart de la population vit de la filière cacao et qui représente 14 % du produit intérieur brut (PIB).

La plupart des producteurs sont payés par des coopératives, qui collectent les fèves, les conditionnent et livrent les stocks aux exportateurs aux ports d’Abidjan et de San Pedro. Mais la machine est grippée, dénoncent les acteurs du secteur et certains producteurs ne perçoivent plus de revenus.

"Cherchez des moyens pour nous payer" s’insurge Denis Assamoi, à la coopérative d’Agboville, dans le Sud-Est du pays, "on a des soucis, j’ai un enfant qui est à l’hôpital". Depuis deux mois ce producteur ne perçoit plus de revenus. Il a livré huit tonnes de fève de cacao à la coopérative, qui elle aussi est dans l’attente de trouver acheteur.

Or, le stockage coûte cher : "Il faut parer aux risques de moisissure et puis il y a le risque de vol", explique Ramatou Sow, sa présidente, qui voit, impuissante, ses stocks grossir dans son hangar, faute de solution.



Mesures gouvernementales

En théorie, un organisme public, le Conseil Café Cacao (CCC) agit comme régulateur de la filière en achetant aux coopérative les invendus, qu’il stocke et vend sur le marché mondial ou pour la transformation locale.

Mais depuis le début de la crise, le CCC peine à absorber le volume d’invendus, bien supérieur à la normale. Fin décembre, la plateforme ANAPROCI-SYNAPCI, représentant les planteurs et producteurs de café-cacao, a tapé du poing sur la table exigeant le départ du directeur général du CCC pour "incompétence" ainsi qu’un plan gouvernemental d’urgence.

Mardi 20 janvier le gouvernement a finalement annoncé "la mise en place d’un dispositif d’achat" du stock pour "agir rapidement en zone de production, rétablir la liquidité" et sécuriser l’évacuation vers les usines et les ports".

Trop tard, trop peu ?

Mais un désaccord persiste sur le volume des stocks concernés. Le plan d’achat annoncé par le gouvernement concerne 123 000 tonnes pour 280 milliards de Francs CFA (427 millions d’euros). Les syndicats évaluent quant à eux les invendus à 700 000 tonnes.

Le manque à gagner pour les planteurs est difficile à évaluer. D'autant plus que certains, acculés, revendent leurs stocks sur le marché noir à des prix cassés aux pays voisins (Burkina Faso, Ghana, Liberia ou Guinée). D’autres ont cessé de récolter faute de place. Enfin d’importants stocks sont également bloqués dans des camions, aux abords des ports, et n’ont pas été comptabilisés dans l’inventaire des autorités qui ne ciblent que les fèves bloquées dans les zones de production.



Dans ce contexte, les syndicats accusent le gouvernement de minimiser la crise. Cette situation a également provoqué un débat sur l’augmentation record du prix du cacao décrétée en octobre dernier et annoncée par le président Alassane Ouattara en pleine campagne présidentielle. S’agissait-il d’une mesure électoraliste, déconnectée de la réalité, pour s’assurer le soutien des planteurs ?

Le gouvernement, lui, rappelle que le prix a été fixé, comme toujours en fonction des préventes aux grandes multinationales exportatrices.

Ces contrats, portant sur 85 % de la production estimée du pays pour l’année 2025-2026, ont été signé majoritairement entre mars et août 2025, alors que le coût sur les marchés mondiaux oscillait autour de 8000 dollars par tonne, soit près de deux fois le prix actuel.

Une situation qui a mis en difficulté les multinationales exportatrices, aujourd’hui à la peine pour honorer leurs engagements.

Malgré l’ampleur de la crise, le gouvernement se veut rassurant. "La situation est désormais sous contrôle", affirmait le 20 janvier le ministre de l'Agriculture Kobenan Kouassi Adjoumani. "Le gouvernement est mobilisé (…) et les opérations d’enlèvement vont produire des effets concrets dans les prochains jours".

Ce dernier n'a pas été reconduit à son poste, au sein du nouveau gouvernement d'Allasane Ouattara dévoilé vendredi.

Le prochain ajustement du prix des fèves de cacao aura lieu fin mars 2026. Sauf surprise majeur, il devrait être revu significativement à la baisse pour tenter d’endiguer la crise.

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