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​Apprendre à vivre avec le virus… Une injonction sans lendemain. Et pour cause…

Mercredi 17 Juin 2020

Voilà près de deux semaines depuis que le Chef de l’Etat Macky SALL a sorti sa très controversée injonction à l’endroit des Sénégalais : " Il faut apprendre à vivre avec le virus ". Aujourd’hui, à l’heure d’un bilan d’étape, force est de reconnaître cependant qu’il y a de fortes chances que la direction comportementale indiquée par le capitaine du navire donne lieu à un naufrage dont peu d’entre nous sortiront indemnes.

PEOPLE & BUZZ

On se rappelle que dès l’entame, la plupart des Sénégalais se sont montrés plutôt choqués et foncièrement déçus par cette recommandation du " Macky". Ils l’avaient trouvée à la limite irresponsable pour une proposition venant d’un président qui avait dès l’entame revêtu un manteau de chef de guerre.  D’autres n’avaient pas hésité à y voir le triste spectacle d’un général qui abandonne ses troupes en pleine calamité.
 Ces considérations et jugements si défavorables à l’image d’ensemble du président de la République dans cette situation particulière de COVID 19 remettent naturellement au goût du jour le célèbre adage selon lequel un mot, une petite phrase, sortie au mauvais moment, peut parfois faire plus de dégâts qu’une bombe à fragmentation. 
Cela dit, force est de reconnaître donc que la communication du président, comme souvent d’ailleurs, présente des défaillances insoupçonnées qui sont de nature à créer les conditions d’une rupture progressive de la sainte alliance qu’il avait presque fini de sceller avec son peuple à l’occasion de l’arrivée de la pandémie chez nous. 

Il faut apprendre…
Il est vrai cependant que si le président n’est pas « entendu » c’est avant tout parce qu’il n’a pas en face les oreilles qu’il lui faut. Il a un peuple largement frappé par la maladie de l’analphabétisme, une maladie dont on sait qu’elle a pour principales signes distinctives l’incurie, l’incapacité à décoder le Message et le goût de la transgression. 
Ce peuple, dans sa grande majorité donc, n’a pas appris ; et même s’il a appris, il a parfois tellement mal appris, tellement mal digéré et assimilé les savoirs reçus que son comportement vis-à-vis de ce trésor qu’est l’Instruction n’est ni plus ni moins que le lugubre spectacle d’un cycliste handicapé qui pédale dans la farine. 
C’est comme qui dirait donc que nous avons raté le coche, puisque en termes de dispositifs pour développer notre intellect, tout nous avait été offert sur un plateau par le père de notre Nation  Senghor, dont l’attachement aux valeurs cognitives était notoirement connu. 
Si nous voulons plus tard (dans vingt ans, trente ans) arriver à bien assumer notre rapport à la Modernité et à tous les aléas obscurément profonds qui bousculent notre humaine condition à longueur de décennies, il faut que nous commencions par placer l’exigence d’apprendre au centre de nos préoccupations. Pas seulement apprendre pour apprendre, mais apprendre pour ne plus désapprendre, apprendre pour mieux comprendre et pour ne plus jamais se méprendre sur les priorités de notre marche vers la lumière du jour.  

Apprendre à vivre…
Vous comprendrez donc qu’il ne s’agit pas d’un apprentissage cosmétique, détaché des valeurs intrinsèques qui fondent notre être profond. Il doit plutôt s’agir d’un apprentissage profondément enraciné dans les plus hautes exigences existentielles, étroitement corrélé à la vie, de sorte que l’on puisse avancer au rythme de l’Ange qui aura enfin dompté et vaincu le Démon qui est en nous. 
C’est cela donc qui nous manque, ce savoir-vivre salvateur, qui est avant tout l’expression d’une volonté individuelle et qui est d’autant plus impérieuse qu’elle donne sens et consistance à notre respiration collective. 

…vivre avec le virus… 
Comment pouvons-nous vivre avec un virus, incarnation suprême d’un danger mortel permanent, alors que nous n’avons jamais appris à vivre avec nos semblables, encore moins avec nous-mêmes ? Nous autres Sénégalais passons le plus clair de notre temps à semer les germes de la division entre nous, à élaborer des clivages insensés, suivant des inclinations parfois absurdes et diaboliques que nous impose la Modernité. Même si nous sommes assez pudiques pour ne pas en parler toujours et toujours, nous savons tous qu’il y a deux Sénégal, qu’il y a deux Sénégalais et qu’il y a deux Dakar, ou même plus. Même parmi les plus pauvres des plus pauvres d’entre nous, l’instinct grégaire et l’égoïsme, la volonté d’accaparement et l’obsession de l’ostentation fonctionnent à merveille.
Le virus responsable de la COVID 19 est venu donc à la rencontre d’un peuple qui a fini de vendanger sa capacité naturelle à ouvrir les portes de a maison à l’Etranger. Pour vivre avec le virus, il va falloir donc remettre à neuf toute cette vaste terre comportementale dévastée. Une tâche qui est loin d’être aisée.     





Par Mamadou NDIAYE
    njaydakarposte@gmail.com
Mamadou Ndiaye

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