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Gaz russe : Poutine accentue les coupures vers l’Europe, Berlin s’insurge contre cette « arme énergétique »

Rédigé par Dakarposte le Vendredi 13 Mai 2022 à 15:44

La situation s'envenime sur le front du gaz russe. Alors que depuis mardi, Kiev et Moscou se renvoient la balle pour justifier la diminution du volume du gaz qui transite par l'Ukraine vers l'Europe, la Russie vient de franchir une nouvelle étape ce jeudi. Gazprom a annoncé cesser d'utiliser un gazoduc clé pour le transport de l'hydrocarbure à l'Europe via la Pologne. L'adoption des contre-sanctions russes "signifie une interdiction d'utiliser un gazoduc appartenant à EuRoPol GAZ (qui exploite la partie polonaise du gazoduc Yamal-Europe) pour transporter du gaz russe à travers la Pologne", a justifié Gazprom dans un communiqué sur Telegram.

Cette décision fait en effet suite à l'adoption, mercredi, de sanctions par la Russie contre plus de 30 sociétés de l'Union européenne, des États-Unis et de Singapour, en représailles contre les sanctions dont elle est frappée pour son offensive militaire contre l'Ukraine. La liste des sociétés sanctionnées comprend 31 compagnies, dont EuRoPol GAZ S.A., le propriétaire de la partie polonaise du gazoduc Yamal-Europe, axe gazier majeur qui achemine du gaz russe à travers la Biélorussie et la Pologne jusqu'en Allemagne. Gazprom ajoute qu'avant cela "la partie polonaise a violé à plusieurs reprises les droits de Gazprom en tant qu'actionnaire d'EuRoPol GAZ et, le 26 avril 2022, a inscrit Gazprom sur la liste des sanctions, bloquant la possibilité pour l'entreprise d'exercer des droits sur les actions et autres titres d'EuRoPol GAZ, et recevoir des dividendes". Une grande partie des autres sociétés sanctionnées appartiennent à Gazprom Germania, la filiale allemande du géant gazier russe, que l'État allemand a placé sous son contrôle en raison de son importance stratégique. Gazprom a de son côté annoncé début avril son "retrait" de cette filiale, sans en dire davantage. Ces sanctions incluent une interdiction de transactions et de l'entrée dans les ports russes de navires liés aux sociétés concernées.

Fin avril, Gazprom avait déjà annoncé suspendre toutes ses livraisons de gaz à la Bulgarie et la Pologne, avec pour justification le refus des deux pays membres de l'Union européenne de régler leurs factures en roubles.

Baisse de 25% de l'approvisionnement en Allemagne
Jeudi, Vladimir Poutine a fustigé l'attitude des Occidentaux, auteurs des sanctions, qui "guidés par leurs ambitions gonflées et aveugles et par la russophobie, portent un coup beaucoup plus dur à leurs propres intérêts nationaux, à leurs propres économies et à la prospérité de leurs propres citoyens". Selon le président russe qui s'exprimait lors d'une réunion consacrée aux questions économiques, l'Occident souffre davantage que la Russie des sanctions imposées à Moscou en raison de l'offensive en Ukraine, se vantant d'une grande résistance de l'économie russe face aux "défis extérieurs".

La Russie accroît en effet la pression sur l'Europe, dépendante de son gaz. Plus tôt dans la journée, Gazprom a indiqué que le transit du gaz russe vers le Vieux Continent via l'Ukraine allait connaître une baisse de près du tiers jeudi par rapport à la veille. Quelque 50,6 millions de m3 doivent transiter via la Station de Soudja jeudi contre 72 millions la veille, selon Gazprom, cité par les agences russes, soit une baisse de près de 30% après les 18% de chute enregistrés mercredi. Les volumes affichés par l'opérateur ukrainien des gazoducs OGTSOU sont légèrement différents, mais du même ordre, évoquant lui sur son site 53 millions de m3 jeudi contre 73 la veille.

Pour la deuxième journée consécutive, les approvisionnements sont affectés. Mercredi, c'est l'Allemagne qui a, la première, vu son approvisionnement chuter. L'arrivée de gaz russe via l'Ukraine (par le gazoduc Megal) dans la première économie européenne a baissé de quelque 40% en deux jours, selon les données des opérateurs. Le gazoduc Megal est l'un des principaux gazoducs transitant par l'Ukraine. "La situation s'aggrave car l'énergie est désormais utilisée comme une arme de plusieurs manières", a réagi le ministre allemand de l'Energie Robert Habeck lors d'une conférence de presse, ce jeudi. "Les stocks doivent être pleins avant l'été, sinon nous serons dans une situation où il est facile de nous faire du chantage", a-t-il ajouté. La veille, l'agence gouvernementale s'était toutefois voulue rassurante assurant que l'approvisionnement était "stable". "Ces volumes (sont) actuellement compensés par des flux plus importants, notamment en provenance de Norvège et des Pays-Bas", a-t-elle précisé. L'Allemagne a également assuré être à la rechercher d'approvisionnements de substitution.

Kiev et Moscou se renvoient la balle

Du côté de l'Ukraine comme de la Russie, on se renvoie la balle. Le directeur de l'opérateur GTSOU a assuré, jeudi, que l'Ukraine ne rouvrira pas la route de transit du gaz de Sokhranivka, de la Russie vers l'Europe, tant que Kiev n'aura pas obtenu le contrôle total de son réseau de gazoducs. Deux jours plus tôt, la société a déclaré un cas de force majeure en raison de vols de gaz commis par des séparatistes soutenus par la Russie et a interrompu les flux via Sokhranivka, qui représentent près d'un tiers du gaz que la Russie envoie en Europe via l'Ukraine. Le gazoduc traverse la région ukrainienne de Lougansk, dont une partie est sous le contrôle des séparatistes soutenus par la Russie depuis 2014. "Nous n'ouvrirons pas. Jusqu'au contrôle total de l'actif", a déclaré le patron de GTSOU, Sergiy Makogon, dans des commentaires écrits. Selon lui, le producteur public de gaz russe Gazprom n'était pas au courant que les séparatistes avaient commencé à voler du gaz transitant par l'Ukraine.


Pour pallier la fermeture de cette route, OGTSOU a demandé à Gazprom d'accroître les volumes sur un autre site, Soudja, qui se trouve dans les territoires contrôlés par Kiev. Mais Moscou affirme que le transit peut parfaitement se faire via Sokhranivka, alors que réorienter le flot vers Soudja serait impossible pour des "raisons technologiques", comme l'a assuré Gazprom mardi. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a seulement déclaré que "la Russie a toujours honoré ses obligations contractuelles et va continuer de le faire". "C'est un jeu politique de leur côté", a estimé la conseillère de Ioury Vitrenko (patron de Naftogaz), Svitlana Zalichtchouk: "Ils vont tenter de nous présenter comme irresponsables, mais c'est exactement le contraire. Ils ont occupé nos territoires, nous n'avons plus d'accès à nos infrastructures".

L'UE veut réduire sa dépendance à la Russie
Malgré le conflit et les combats, Kiev comme Moscou ont, jusqu'à présent, continué de permettre l'acheminement de l'hydrocarbure jusqu'à l'Europe, la Russie insistant notamment sur le fait qu'elle était malgré les sanctions un partenaire énergétique fiable. La manne des hydrocarbures est essentielle à son économie. Pour autant, l'Union européenne s'efforce de se préparer à une rupture de ses approvisionnements depuis que Vladimir Poutine a ordonné le paiement des livraisons en roubles - une modification contractuelle que l'UE juge inacceptable.

Elle ambitionne également de se défaire de sa dépendance aux hydrocarbures russes sans être parvenu, pour l'instant, à s'accorder sur un embargo sur les importations de pétrole russe. Mais plusieurs Etats-membres freinent des quatre fers avec en tête la Hongrie, très dépendante à l'or noir russe. "Nous avons clairement indiqué depuis le début qu'il y avait une ligne rouge que nous ne pourrions pas franchir : l'embargo énergétique", a encore asséné le Premier ministre Viktor Orban alors que les négociations se poursuivent.

De son côté, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kouleba, a réclamé que l'Europe mette un terme définitif à sa dépendance envers le gaz russe, alors qu'il était en déplacement en Allemagne."Il faut couper cet oxygène énergétique pour la Russie, et c'est particulièrement important pour l'Europe", a-t-il souligné lors d'une conférence de presse avec Robert Habeck. "La Russie a montré (...) qu'elle n'était pas un partenaire fiable, et l'Europe ne peut pas se permettre" dans ces conditions de continuer à traiter avec Moscou, a fait valoir Dmytro Kouleba.

Alors que l'approvisionnement en gaz russe de l'Europe est fortement perturbé ces deux derniers jours, une première depuis le début du conflit, Vladimir Poutine a assuré jeudi que l'Occident souffrait davantage que la Russie des sanctions imposées à Moscou en raison de l'offensive en Ukraine, se vantant d'une grande résistance de l'économie russe face aux "défis extérieurs". Les auteurs des sanctions, "guidés par leurs ambitions gonflées et aveugles et par la russophobie, portent un coup beaucoup plus dur à leurs propres intérêts nationaux, à leurs propres économies et à la prospérité de leurs propres citoyens", a déclaré le président russe lors d'une réunion consacrée aux questions économiques. "Nous le voyons avant tout en regardant une forte hausse de l'inflation en Europe, qui frôle 20% dans certains pays", a-t-il affirmé. Selon Vladimir Poutine, "il est évident que (...) la poursuite de l'obsession des sanctions va aboutir inévitablement aux conséquences les plus difficiles pour l'Union européenne, pour ses citoyens".

"Pour sa part, la Russie réussit avec assurance à faire face aux défis extérieurs grâce à sa politique macroéconomique responsable de ces dernières années, ainsi que grâce aux décisions systémiques visant à renforcer sa souveraineté économique et sa sécurité technologique et alimentaire", a-t-il assuré.

Et de se féliciter du ralentissement "progressif" de l'inflation après son envolée à 16,7% en mars, ainsi que du renforcement de la devise russe qui a fait preuve jeudi d'une remontée en puissance record depuis le début de l'année 2020, en atteignant à 12H00 GMT 67,7 roubles pour un euro et 65,2 roubles pour un dollar. Début 2022, le taux du rouble était autour de 85 roubles pour un euro et 75 roubles pour un dollar. Appuyé par des mesures de contrôle monétaire draconiennes prises par la Banque centrale, "le rouble fait preuve probablement de la meilleure dynamique parmi les devises internationales", a estimé Vladimir Poutine.
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