L’Observateur a révélé que des dirigeants fédéraux se sont versé des primes à l’occasion des récentes compétitions. En tant qu’ancien président de Fédération, quelle lecture faites-vous de cette pratique ?
Je n’y vais pas par quatre chemins : je trouve ça scandaleux. Ça n’existe nulle part ailleurs dans le monde. Un dirigeant est là pour contribuer financièrement à la structure qu’il dirige, pas pour se servir. Je vais vous donner un exemple personnel. En 1981, quand je suis parti jouer à Toulon, le président du club était venu me chercher à l’aéroport, m’avait logé à l’hôtel, puis acheté de ses propres deniers tous les meubles de mon appartement : un lit, une armoire, un réfrigérateur, une gazinière. Et en plus, il m’avait remis 5000 francs français pour les menus dépenses. Voilà ce qu’est un président. Ce n’est pas une critique personnelle envers le président Fall, que j’apprécie sincèrement. Mais je dis que des dirigeants qui se partage un magot qui aurait dû revenir aux clubs formateurs, c’est indécent. Ces joueurs-là ont été formés quelque part. Et les clubs qui les ont formés tirent souvent le diable par la queue, au point de ne même pas avoir deux ballons.
Avez-vous jamais touché des primes durant votre mandat ?
Jamais. Je dis bien : jamais un seul franc. Au contraire. Le basket m’a tout donné. Je devais lui rendre la pareille. J’ai même sorti ma carte bancaire de ma poche lors d’un déplacement au Mozambique pour payer les repas de l’Equipe nationale, parce que la Fédération mozambicaine n’avait pas réglé sa facture à l’hôtel et que nos joueurs étaient obligés d’aller manger des restes à dix-huit kilomètres du site. Je suis allé voir le responsable de l’hôtel, j’ai posé ma carte sur la table et j’ai dit : «A partir de demain, l’Equipe du Sénégal mange ici.» Alphonse Bilé était présent ce jour-là, il peut en témoigner.
Que faut-il faire concrètement pour mettre fin à ces pratiques ?
La ministre des Sports doit être ferme. Les primes vont aux joueurs, à ceux qui ont mouillé le maillot, et c’est tout. Les dirigeants, eux, ont bénéficié d’hôtels cinq étoiles, de repas et de voyages aux frais de la République. C’est largement suffisant. Si l’Etat veut saluer leur contribution, qu’il les décore de la grand-croix de l’Ordre National du Lion : c’est la plus haute distinction sénégalaise. C’est amplement mérité et ça ne coûte rien au Trésor.
Dix-huit supporters sénégalais ont été arrêtés au Maroc après la Can. Trois ont été libérés. On attend toujours une grâce royale. Vous qui connaissez bien les relations sénégalo-marocaines, comment analysez-vous cette situation ?
Ce qui s’est passé n’est pas bien. L’enjeu d’une coupe ne vaut pas qu’on détruise une amitié qui date de Mathusalem entre le Maroc et le Sénégal. J’ai entretenu des liens forts avec le Roi Mohamed VI. C’est un homme à qui je voue un immense respect. Mais il est malade et je ne suis pas certain que son entourage suive les traces de son père ou de son grand-père. Je me rappelle qu’en 1989, lors des événements sénégalo-mauritaniens, le Roi du Maroc n’avait pas hésité à envoyer plusieurs Transall pour rapatrier nos compatriotes piégés en Mauritanie. Il avait contribué à leur protection. Cette amitié-là, on ne peut pas l’effacer.
Aujourd’hui, certains dans l’entourage du Palais ne travaillent pas dans le sens d’un rapprochement. Le Maroc joue avec le feu : il a des intérêts économiques énormes au Sénégal, dans le secteur bancaire et ailleurs. On ne peut pas à la fois prospérer dans notre pays et maltraiter nos ressortissants à l’extérieur pour des raisons purement politiques. Je reproche aussi aux dirigeants de la Fédération de faire la fête pendant que ces supporters souffrent. C’est inacceptable. Ils auraient dû être présents tous les jours, faire des va-et-vient, pour signifier qu’on ne les abandonne pas.
La Caf a retiré le titre au Sénégal et l’a attribué au Maroc sur tapis vert, deux mois après la fin du tournoi. Comprenez-vous cette décision ?
Je ne vais pas m’y attarder. Ce que je veux, c’est qu’on m’explique comment on peut retirer une coupe à une équipe qui l’a gagnée sur le terrain. Ce qui nous préoccupe davantage, c’est le basket : ça fait des décennies qu’on attend un sacre. Parlons plutôt de ça.
Justement, quel regard portez-vous sur l’état actuel du basket sénégalais ?
Je suis très triste. Le basket sénégalais est mort. Quand je vois une Equipe nationale se préparer pour une qualification à la Coupe du monde en faisant seulement huit jours de regroupement avant d’affronter les Etats-Unis, la meilleure équipe du monde, je dis que ces gens se moquent de nous. Ça fait treize ans qu’on entend : «Ça va aller mieux.» Treize ans, pas treize jours, pas treize mois. Et pendant ce temps, on se fait battre par le Soudan du Sud, une Nation qui sort à peine d’une guerre civile et qui disputait son premier Championnat d’Afrique. Il y a sept ans, quand on a terminé quatrième, j’ai dit que le rêve était fini. Le Sénégal ne finit pas quatrième. Il est premier ou deuxième, c’est tout. Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est le point le plus bas de notre histoire.
Quelle en est la cause profonde ?
On a tué la formation des jeunes. De mon temps, on avait des championnats U16, U18, parfois U15. Quand je suis arrivé à la tête de la Fédération, il n’existait qu’un Championnat d’Afrique Seniors, hommes et femmes. J’ai pris sur moi d’organiser un Afrobasket U18. Le premier s’est tenu au Mozambique. Nos jeunes ont remporté le titre. Plusieurs jouent aujourd’hui en première division en France. On a reproduit la même chose chez les Filles. La génération Yacine Diop est née de ce travail-là. Aujourd’hui, plus rien de tout cela n’existe. On ne pense pas à l’avenir. On gère le présent, et encore mal.
Vous visez directement le président de la Fédération, Babacar Ndiaye ?
Oui, et je l’assume. Babacar Ndiaye n’a jamais joué au basket. Il gère la Fédération comme sa propre société, depuis treize ans, sans bilan probant. Lors de l’Afrobasket organisé ici à Dakar, on a collecté plus d’un milliard de francs Cfa. Il y avait vingt-cinq mille personnes dans la salle lors de la finale, huit mille dehors qui avaient acheté leur billet sans pouvoir entrer. Personne ne sait où est passé cet argent. Moi, quand j’organisais des compétitions, j’établissais un rapport comptable sur quatorze bases. Lui en présente deux. Et il n’y a jamais d’expert-comptable assermenté en Assemblée générale, pourtant exigé par les textes. Des postes de vice-présidents sont vacants depuis deux ans sans être pourvus. Ce qui lui laisse le champ libre pour faire ce qu’il veut avec ses proches.
Que demandez-vous concrètement au Président Diomaye Faye et au Premier ministre Ousmane Sonko ?
Je leur demande d’intervenir auprès de leur ministre des Sports. J’ai appelé son Secrétariat vingt fois. On ne m’a jamais reçu. Je voulais simplement lui dire ce que je peux faire pour le basket, lui proposer des solutions concrètes. En attendant, notre revendication est simple : que Babacar Ndiaye quitte la Fédération. Treize ans sans résultats, c’est assez. Et que des poursuites soient engagées pour clarifier la gestion financière. Le basket sénégalais mérite mieux que ça.
Le Quotidien
Je n’y vais pas par quatre chemins : je trouve ça scandaleux. Ça n’existe nulle part ailleurs dans le monde. Un dirigeant est là pour contribuer financièrement à la structure qu’il dirige, pas pour se servir. Je vais vous donner un exemple personnel. En 1981, quand je suis parti jouer à Toulon, le président du club était venu me chercher à l’aéroport, m’avait logé à l’hôtel, puis acheté de ses propres deniers tous les meubles de mon appartement : un lit, une armoire, un réfrigérateur, une gazinière. Et en plus, il m’avait remis 5000 francs français pour les menus dépenses. Voilà ce qu’est un président. Ce n’est pas une critique personnelle envers le président Fall, que j’apprécie sincèrement. Mais je dis que des dirigeants qui se partage un magot qui aurait dû revenir aux clubs formateurs, c’est indécent. Ces joueurs-là ont été formés quelque part. Et les clubs qui les ont formés tirent souvent le diable par la queue, au point de ne même pas avoir deux ballons.
Avez-vous jamais touché des primes durant votre mandat ?
Jamais. Je dis bien : jamais un seul franc. Au contraire. Le basket m’a tout donné. Je devais lui rendre la pareille. J’ai même sorti ma carte bancaire de ma poche lors d’un déplacement au Mozambique pour payer les repas de l’Equipe nationale, parce que la Fédération mozambicaine n’avait pas réglé sa facture à l’hôtel et que nos joueurs étaient obligés d’aller manger des restes à dix-huit kilomètres du site. Je suis allé voir le responsable de l’hôtel, j’ai posé ma carte sur la table et j’ai dit : «A partir de demain, l’Equipe du Sénégal mange ici.» Alphonse Bilé était présent ce jour-là, il peut en témoigner.
Que faut-il faire concrètement pour mettre fin à ces pratiques ?
La ministre des Sports doit être ferme. Les primes vont aux joueurs, à ceux qui ont mouillé le maillot, et c’est tout. Les dirigeants, eux, ont bénéficié d’hôtels cinq étoiles, de repas et de voyages aux frais de la République. C’est largement suffisant. Si l’Etat veut saluer leur contribution, qu’il les décore de la grand-croix de l’Ordre National du Lion : c’est la plus haute distinction sénégalaise. C’est amplement mérité et ça ne coûte rien au Trésor.
Dix-huit supporters sénégalais ont été arrêtés au Maroc après la Can. Trois ont été libérés. On attend toujours une grâce royale. Vous qui connaissez bien les relations sénégalo-marocaines, comment analysez-vous cette situation ?
Ce qui s’est passé n’est pas bien. L’enjeu d’une coupe ne vaut pas qu’on détruise une amitié qui date de Mathusalem entre le Maroc et le Sénégal. J’ai entretenu des liens forts avec le Roi Mohamed VI. C’est un homme à qui je voue un immense respect. Mais il est malade et je ne suis pas certain que son entourage suive les traces de son père ou de son grand-père. Je me rappelle qu’en 1989, lors des événements sénégalo-mauritaniens, le Roi du Maroc n’avait pas hésité à envoyer plusieurs Transall pour rapatrier nos compatriotes piégés en Mauritanie. Il avait contribué à leur protection. Cette amitié-là, on ne peut pas l’effacer.
Aujourd’hui, certains dans l’entourage du Palais ne travaillent pas dans le sens d’un rapprochement. Le Maroc joue avec le feu : il a des intérêts économiques énormes au Sénégal, dans le secteur bancaire et ailleurs. On ne peut pas à la fois prospérer dans notre pays et maltraiter nos ressortissants à l’extérieur pour des raisons purement politiques. Je reproche aussi aux dirigeants de la Fédération de faire la fête pendant que ces supporters souffrent. C’est inacceptable. Ils auraient dû être présents tous les jours, faire des va-et-vient, pour signifier qu’on ne les abandonne pas.
La Caf a retiré le titre au Sénégal et l’a attribué au Maroc sur tapis vert, deux mois après la fin du tournoi. Comprenez-vous cette décision ?
Je ne vais pas m’y attarder. Ce que je veux, c’est qu’on m’explique comment on peut retirer une coupe à une équipe qui l’a gagnée sur le terrain. Ce qui nous préoccupe davantage, c’est le basket : ça fait des décennies qu’on attend un sacre. Parlons plutôt de ça.
Justement, quel regard portez-vous sur l’état actuel du basket sénégalais ?
Je suis très triste. Le basket sénégalais est mort. Quand je vois une Equipe nationale se préparer pour une qualification à la Coupe du monde en faisant seulement huit jours de regroupement avant d’affronter les Etats-Unis, la meilleure équipe du monde, je dis que ces gens se moquent de nous. Ça fait treize ans qu’on entend : «Ça va aller mieux.» Treize ans, pas treize jours, pas treize mois. Et pendant ce temps, on se fait battre par le Soudan du Sud, une Nation qui sort à peine d’une guerre civile et qui disputait son premier Championnat d’Afrique. Il y a sept ans, quand on a terminé quatrième, j’ai dit que le rêve était fini. Le Sénégal ne finit pas quatrième. Il est premier ou deuxième, c’est tout. Ce que nous vivons aujourd’hui, c’est le point le plus bas de notre histoire.
Quelle en est la cause profonde ?
On a tué la formation des jeunes. De mon temps, on avait des championnats U16, U18, parfois U15. Quand je suis arrivé à la tête de la Fédération, il n’existait qu’un Championnat d’Afrique Seniors, hommes et femmes. J’ai pris sur moi d’organiser un Afrobasket U18. Le premier s’est tenu au Mozambique. Nos jeunes ont remporté le titre. Plusieurs jouent aujourd’hui en première division en France. On a reproduit la même chose chez les Filles. La génération Yacine Diop est née de ce travail-là. Aujourd’hui, plus rien de tout cela n’existe. On ne pense pas à l’avenir. On gère le présent, et encore mal.
Vous visez directement le président de la Fédération, Babacar Ndiaye ?
Oui, et je l’assume. Babacar Ndiaye n’a jamais joué au basket. Il gère la Fédération comme sa propre société, depuis treize ans, sans bilan probant. Lors de l’Afrobasket organisé ici à Dakar, on a collecté plus d’un milliard de francs Cfa. Il y avait vingt-cinq mille personnes dans la salle lors de la finale, huit mille dehors qui avaient acheté leur billet sans pouvoir entrer. Personne ne sait où est passé cet argent. Moi, quand j’organisais des compétitions, j’établissais un rapport comptable sur quatorze bases. Lui en présente deux. Et il n’y a jamais d’expert-comptable assermenté en Assemblée générale, pourtant exigé par les textes. Des postes de vice-présidents sont vacants depuis deux ans sans être pourvus. Ce qui lui laisse le champ libre pour faire ce qu’il veut avec ses proches.
Que demandez-vous concrètement au Président Diomaye Faye et au Premier ministre Ousmane Sonko ?
Je leur demande d’intervenir auprès de leur ministre des Sports. J’ai appelé son Secrétariat vingt fois. On ne m’a jamais reçu. Je voulais simplement lui dire ce que je peux faire pour le basket, lui proposer des solutions concrètes. En attendant, notre revendication est simple : que Babacar Ndiaye quitte la Fédération. Treize ans sans résultats, c’est assez. Et que des poursuites soient engagées pour clarifier la gestion financière. Le basket sénégalais mérite mieux que ça.
Le Quotidien


ITW Tandian sur les primes perçues par les fédéraux : «Un dirigeant n’est pas là pour se servir»
